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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPerché sur une pente rocheuse au nord de la municipalité de Saint-Damien, dans Lanaudière, un arbre remarquable domine la vallée du Crique-à-David.
Cette vallée est au cœur d'un projet d'aire protégée à l'étude depuis 2024 dans le cadre de l'appel à projet du gouvernement du Québec visant à protéger 30 % du territoire de la province d'ici 2030.
C'est d'ailleurs pour faire connaître leur projet que l'association les Ami.e.s de la biodiversité du Crique-à-David a invité un spécialiste des arbres et Radio-Canada à venir voir le mastodonte.
Le crique à David est un petit cours d'eau qui débute au lac à la Pluie avant de se jeter dans la rivière Noire, quelques kilomètres plus au sud. À noter que l'emploi du mot crique au masculin est ici reconnu par la Commission de toponymie du Québec comme un usage régional qui désigne un petit cours d'eau.
Le pin blanc a survécu non seulement aux coupes forestières des derniers siècles, mais aussi au gigantesque feu de forêt qui a dévasté le nord de Sainte-Émélie-de-l'Énergie et de Saint-Damien en 1903.

La carte du feu de forêt qui a dévasté le nord de Sainte-Émélie-de-l'Énergie et de Saint-Damien en 1903. Le pin blanc se trouve dans une toute petite zone épargnée sous le lac Raquette.
Photo : site internet Forêt ouverte du gouvernement du Québec
Le spécialiste des arbres Gabriel Grenier a accepté de faire le voyage depuis la région de Mégantic, où il enseigne la foresterie, jusqu'à Saint-Damien dans Lanaudière parce que les photos de l'arbre qu'on lui avait envoyées laissaient présager un spécimen exceptionnel, mais pas à ce point!
L'arbre aurait peut-être 600, 700 ans. C'est quand même un chiffre qui est astronomique. J'aime aussi bien le recompter avant, sabler la carotte comme il faut, juste pour être sûr de pas dire n'importe quoi!
Pour évaluer son âge, Gabriel Grenier a utilisé une tarière de Pressler, une sonde qui permet d'extraire une petite carotte jusqu'au cœur de l'arbre. Il a compté environ 200 cernes de croissance uniquement sur les premiers 17 centimètres du tronc, car le centre de l'arbre est pourri, donc creux.
Le rayon de l'arbre étant de 1,2 mètre, la carotte aurait dû faire 60 cm de long, ce qui est loin d'être le cas. La part d'extrapolation est donc grande, précise en riant Gabriel Grenier.
Les plus vieux pins blancs du Canada (Pinus strobus) ont été répertoriés en Ontario, où cet arbre est d'ailleurs l'emblème arboricole de la province. Ils ont autour de 500 ans.

La carotte extraite de l'arbre ne fait que 17 cm et compte 200 cernes.
Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis
Comment évaluer son âge avec plus de précision?
La Direction des inventaires forestiers du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, située à Québec, dispose de carottes de pins blancs âgés d'environ 300 ans et est intéressée à analyser la carotte du pin de Saint-Damien, soutient Gabriel Grenier.
Le professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique Guillaume Moreau est aussi intéressé à analyser l'échantillon au Laboratoire de dendrochronologie de l'Université Laval.
L'analyse dendrochronologique consiste à reconstruire la chronologie de la vie de l'arbre en comparant ses cernes de croissance à ceux d'autres carottes prélevées dans le même secteur, précise le professeur.
Son laboratoire dispose de milliers de carottes déjà mesurées et datées pour faire de l'interdatation. L'interdatation est une méthode scientifique qui consiste à déterminer l'âge d'un échantillon à partir d'une chronologie de référence des motifs de croissance d'arbres de la même région.
L'organisme les Ami.e.s de la biodiversité du Crique-à-David est aussi prêt à organiser une deuxième expédition pour se rendre au vieux pin afin de prélever une carotte plus en hauteur, là où l'arbre est moins susceptible d'être creux, ce qui permettrait de réduire le niveau d'extrapolation de son âge. Il faudrait pour cela y retourner avec un harnais et un grimpeur.
En attendant les résultats d'analyses plus poussées, il ne fait aucun doute pour Gabriel Grenier qu'il s'agit d'un arbre remarquable. Le motif d'écorce en carapace de tortue ne se retrouve que sur des arbres très anciens. Il a un bon élagage naturel, donc pas de branches en bas, précise celui qui a sondé des pins de 300 ans ailleurs au Québec et publié, en début d'année, un livre sur les forêts anciennes du Québec.
C'est sûr que c'est le plus vieux pin que j'aie rencontré, ça c'est sûr.

Gabriel Grenier au pied du vieux pin blanc de Saint-Damien.
Photo : Thibaut Quinchon
Pourquoi cet arbre a-t-il survécu?
Il y a sur le côté du pin une entaille bien visible faite à la hache il y a de cela fort longtemps, peut-être même plus de 100 ans. Lors d'une coupe forestière, des bûcherons semblent avoir renoncé à le couper, probablement parce qu'il penche du côté du cap rocheux où il serait tombé.
Le pin a aussi une grosse loupe, c'est-à-dire une excroissance que l'on voit à l'occasion sur le tronc des arbres et qui le rend moins intéressant pour de la planche bien droite.

La loupe, ou excroissance, du vieux pin de Saint-Damien est ici bien visible.
Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis
Enfin, il a perdu sa cime il y a de cela fort longtemps, car elle n'est plus au sol. L'équipe sur place l'a cherchée, en vain, afin d'y prélever une carotte. Le fait que l'arbre ait perdu sa tête l'empêche de prendre au vent et d'être déraciné lors de tempêtes, ce qui a contribué à sa longévité.
Ces différents facteurs expliquent qu'il se soit rendu jusqu'à nous. En général, le pin blanc est connu pour vivre de 300 à 400 ans, mais il peut vivre plus longtemps dans des conditions propices, précise Gabriel Grenier. Il existe même des mentions de pins de 800 ans aux États-Unis, ajoute-t-il.
Le pin a été découvert à l'hiver 2007 par le pépiniériste de Saint-Damien Jonathan Bordeleau, à l'époque où il entraînait ses chiens de traîneau. Déjà de loin, par comparaison avec l'érablière qu'il y a derrière, on peut voir le diamètre exceptionnel qui culmine sur le bout du cap. Alors, je m'étais bien promis d'aller faire un tour en raquettes. J'ai travaillé longtemps en forêt et je n'ai jamais rien vu qui s'approche de ça. Son diamètre est imposant, mais c'est l'aspect général de l'arbre qui le rend exceptionnel et qui témoigne de son long passé.

Le pin blanc de Saint-Damien photographié en hiver à l'aide d'un drone.
Photo : Amplifier Films
Bien que le pin de Saint-Damien puisse être le plus vieux du Québec, même si cela reste à confirmer, il n'est pas le plus gros avec sa circonférence de 3,77 mètres. Le vieux pin blanc du village de La Patrie, dans les Cantons-de-l'Est, est plus imposant, tout comme celui du parc régional du Haut-Pays de Kamouraska avec ses 4 mètres de circonférence.
Ce dernier est d'ailleurs considéré comme le plus grand pin blanc du Québec et son âge est estimé à entre 255 et 550 ans.
À lire dimanche : Où en est le projet de création du parc naturel du Crique-à-David et des autres projets d'aires protégées soumis en 2024 pour protéger 30 % du territoire du Québec d'ici 2030?


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