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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayOubliez les records au thermomètre. Le vrai drame de l’été 2026 est humain, il se lit dans le regard de citoyens dont la vie a basculé.
Ceux qui pleurent un proche décédé à cause des canicules en France. Ceux qui ont vu leur maison partir en fumée dans les incendies au Canada ou en Europe. Ceux qui cultivent la terre et qui ne peuvent pas le faire, faute d’eau.
Des trajectoires de vie déviées de force par les effets du climat.
Avec 52 jours de canicule répartis en trois vagues depuis la mi-juin, la France a vécu un été 2026 sans précédent.
Entre mai et juillet, la France a subi la plus grande anomalie thermique de la planète : la température moyenne a été de 2,8 degrés Celsius plus élevée que la moyenne entre 1991 et 2020. En termes climatiques, près de 3 degrés d’écart, c’est majeur… et meurtrier.
En un mois à peine, entre le 17 juin et le 22 juillet, les canicules ont entraîné plus de 7000 décès excédentaires, la différence entre le nombre réel de personnes décédées durant cette période et le nombre de décès statistiquement attendu. À l’échelle européenne, la surmortalité a dépassé 10 000 décès pour le mois de juin seulement.
Dix mille vies disparues, probablement beaucoup plus si on inclut les mois de juillet et d'août, mais combien de proches touchés à jamais par ces départs?

Une aînée dans un centre pour personnes âgées profite d'un ventilateur pendant la canicule à Chauvigny, en France.
Photo : hans lucas/afp via getty images / JEAN-FRANCOIS FORT
En parallèle des canicules, les feux de forêt ont dévasté des communautés entières.
Au Canada, plus de 4 millions d’hectares de forêt ont été dévorés par les flammes depuis le début de 2026, l’équivalent de la superficie de la Suisse. À Summerland, dans la vallée de l’Okanagan, les résidents réintègrent à peine leur communauté, après plusieurs jours d’évacuation forcée. Ils y retrouvent les stigmates du brasier : 150 maisons et bâtiments calcinés ou endommagés.
La situation a aussi été très critique dans le nord de l’Ontario, dans les Territoires-du-Nord-Ouest et au Manitoba. Et les citadins n’ont pas été épargnés : la densité de la fumée a tellement détérioré la qualité de l’air que des métropoles comme Vancouver ou Toronto se sont retrouvées parmi les villes les plus polluées du monde.

Un incendie de forêt particulièrement violent près de Summerland, en Colombie-Britannique, a entraîné des évacuations à grande échelle. Cette photo a été prise le 7 août à 17 h (heure du Pacifique), à l'intersection de Fish Lake Road et de Princeton Summerland Road.
Photo : Photo fournie par Ashley Jestin
Ces phénomènes ne doivent rien au hasard : ils sont alimentés par les changements climatiques d’origine humaine, comme le démontrent les travaux du réseau World Weather Attribution.
À titre d’exemple, selon ces chercheurs, les dérèglements du climat causés par les activités humaines ont multiplié par deux les chances que les incendies extrêmes de l’été 2026 au Canada se reproduisent.
Même si les Québécois ont été relativement épargnés par l'été infernal qui a ravagé une partie du Canada et l'Europe, ils n'ont pas échappé au choc des images.
Omniprésentes sur nos écrans, ces scènes ont frappé notre imaginaire et animé les conversations tout l'été.
Est-ce que cet été 2026 hors norme sera un déclic pour ramener la question climatique au cœur des priorités politiques et citoyennes? Ou alors, allons-nous oublier cette saison estivale brûlante aussitôt passée, comme si rien n’était arrivé?
On pourrait croire que vivre de près une catastrophe climatique nous rendrait plus sensibles aux bouleversements du climat.
Mais, selon les chercheurs qui étudient depuis longtemps cette question, les effets d'une telle expérience sont assez limités.
À la suite d’une catastrophe, plusieurs mécanismes entrent en jeu. Le cerveau humain est une formidable machine à fabriquer l’oubli et le déni, pour éviter l’anxiété et la culpabilité.

Un feu de forêt a détruit la ville de Paradise, dans le nord de la Californie, en 2018. Les citoyens de cette ville nourrissent un « déni cultivé » des changements climatiques, selon une chercheuse française qui a passé 7 mois sur le terrain.
Photo : Getty Images / Justin Sullivan
1 – Le déni cultivé
L’anthropologue française Élise Boutié, de l’École des hautes études en sciences sociales en France (EHESS), a passé sept mois sur le terrain dans la communauté de Paradise, dans le nord de la Californie.
Ce village a été complètement détruit en novembre 2018 par le pire feu de l’histoire de l’État. Le puissant brasier Camp Fire a tué 85 personnes, rasé 19 000 bâtiments et forcé l’évacuation de plus de 50 000 personnes.
Élise Boutié voulait savoir si cette catastrophe avait changé le rapport de cette communauté aux changements climatiques, et y a consacré sa thèse de doctorat.
Elle y a constaté ce qu’elle appelle le déni cultivé : les victimes du sinistre ne nient pas ce qui s'est passé, mais reconstruisent les événements vécus en un récit qui permet d’éviter d’avoir à en tirer les leçons.
Il n'y a pas de conscience écologique qui se réveille au cœur des flammes, disait-elle en entrevue à l’hebdomadaire Le Nouvel Obs en juillet dernier. Très vite, l'événement est relativisé, fragmenté : “s'il y avait eu moins de vent; si les pompiers étaient arrivés plus tôt”, etc. On parle de ce qui a mis le feu à la forêt plutôt que du réchauffement climatique. Pour la majorité, il s'agit de revenir le plus vite possible à son mode de vie antérieur, en espérant pouvoir jouir de la même manière des lieux, explique-t-elle.
2 – La distance psychologique
Un autre mécanisme similaire, bien documenté par la recherche, s'enclenche après une catastrophe climatique : celui de la distance psychologique.
Une des plus récentes études sur le sujet a été menée par l'historienne des sciences Viktoria Cologna (École polytechnique de Zurich) et une vaste équipe internationale, qui ont recueilli des données dans 68 pays. Publiée dans la revue Nature Climate Change il y a un an, l’enquête démontre que vivre une catastrophe n'accroît pas automatiquement l'engagement politique des citoyens.
Pour que cela se produise, les citoyens doivent d’abord établir un lien cognitif clair entre le choc vécu et les changements climatiques, concluent les chercheurs. Bref, ne pas juste être informés que la catastrophe est un effet des dérèglements climatiques, mais le ressentir, le croire et le comprendre.
Sans ce lien profond, une distance psychologique s’opère. Les changements climatiques deviennent ainsi un problème lointain dans le temps (ça arrivera dans le futur), dans l’espace (ça se passera ailleurs) et socialement (ça arrivera aux autres, mais pas à moi).
Selon les chercheurs, il ne suffit donc pas d’expliquer aux citoyens que la catastrophe qu’ils ont vécue est liée aux changements climatiques. Tout se joue dans la perception et les émotions. Pour qu’une catastrophe se transforme en changement politique, citoyens et décideurs doivent être intimement convaincus, bien au-delà d'un état passager, que la menace climatique est réelle et qu’elle va se répéter souvent dans l’avenir pérenne.
Dans une autre étude publiée en mai dernier sur le même thème dans le Journal of Environmental Psychology, des chercheurs français abondent en ce sens : si la prise de conscience climatique stimule l'intention d'agir, transformer ces intentions en actions individuelles s'avère beaucoup plus complexe, et en engagement politique collectif encore plus.

Le feu de Bald Range, dans la région du sud de l'Okanagan en Colombie-Britannique, a contraint des milliers de personnes à quitter leur domicile dans les secteurs de Peachland et de Summerland. (Penticton, le 9 août 2026)
Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK
3 – Les humains, ces amnésiques climatiques
Nous transformons le monde, mais nous ne nous en souvenons pas, a dit dans une conférence TED Daniel Pauly, en 2010.
Le célèbre biologiste canadien, vedette mondiale et expert de renommée mondiale de l’environnement marin à l’Université de la Colombie-Britannique a grandement contribué à l’élaboration du concept de l’amnésie environnementale.
Une idée qui nous aide à mieux comprendre aujourd’hui pourquoi nous oublions la catastrophe qu’on vient de vivre, pourquoi les années moins intenses sur le plan climatique nous donnent un faux sentiment de sécurité.
Daniel Pauly a initialement lancé cette idée en 1995 pour comprendre l’appauvrissement des stocks de poissons dans l’océan. À l’époque, il constate que les biologistes prennent comme référence la taille des stocks et la composition des espèces telles qu’elles existaient au début de leur carrière, et s’appuient sur ces données pour évaluer les changements. Lorsque les biologistes de la génération suivante commencent leur carrière, les stocks encore diminués servent de nouvelle référence.
Daniel Pauly parle du syndrome de la base de référence changeante, une idée qui aide à comprendre pourquoi l’expérience de catastrophes climatiques ne se traduit pas nécessairement par des changements de comportements ou de politiques publiques.
Le concept décrit notre tendance à normaliser un environnement dégradé. D’une génération à l’autre, d’une année à l’autre même, notre seuil de référence se décale, et l’exceptionnel devient la nouvelle norme acceptable.
Les feux finiront par s’éteindre et le thermomètre reviendra à la normale. La fumée et la chaleur quitteront les écrans. Mais après?
Tout cela laisse à penser que l’amnésie collective l’emporte une fois de plus, et que l’été 2026, même s’il fut dantesque, pourrait rapidement être relégué aux oubliettes de notre mémoire collective.


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