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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayAuparavant, Alexandra et Clover pouvaient observer par la fenêtre de leur cuisine des feuillus matures et les passants sur la rue achalandée de Montréal. Mais, depuis quelques semaines, c’est une caméra de surveillance du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui leur saute aux yeux.
En août, une caméra s’est greffée au lampadaire devant leur bâtiment directement à la hauteur de la fenêtre. Je me suis sentie envahie, explique Alexandra en entrevue dans la cuisine exiguë de son vieil appartement situé dans l’arrondissement de Ville-Marie.
Par la fenêtre, on aperçoit l’objectif de l’appareil, qui fait partie du réseau de caméras de sécurité urbaine du SPVM. La police a accès en tout temps au flux vidéo.
Alexandra a contacté Radio-Canada puisqu'elle pensait qu’il s’agissait d’un appareil de type Flock, comme celui que le SPVM a retiré après notre reportage. Il s'agit plutôt d'une caméra de la gamme MIC de Bosch qui, bien qu'elle ne soit pas directement dotée de la lecture automatique des plaques d’immatriculation, a des capacités impressionnantes.
Elle filme en haute résolution, peut pivoter dans tous les sens, est dotée d’un zoom et peut reconnaître et suivre des objets définis par son opérateur grâce à l’intelligence artificielle. Elle est capable d’analyser les véhicules et les piétons qui croisent son chemin selon leur couleur, leur vitesse ou encore leur nombre, par exemple.

Sous la caméra, un panneau indique qu'il s'agit bel et bien d'une caméra appartenant au SPVM.
Photo : Radio-Canada / Charles Séguin
Alexandra raconte que, depuis son installation, ses habitudes ont changé.
Je m’assure un peu plus d’être habillée quand je marche dans ma maison et j’ouvre toujours la porte d’une armoire dans la cuisine pour ne pas que les policiers me voient, raconte-t-elle.
La caméra a aussi dans son champ de vision l’entrée de l’appartement. Je ne crois pas que je suis une cible spécifique de la police, assure-t-elle. Mais elle craint tout de même que ses allées et venues ou celles de ses proches soient documentées.
Je ne suis pas inquiète pour moi, mais je suis inquiète pour les personnes qui me rendent visite, indique-t-elle. Elle explique qu’elle connaît des personnes qui ont participé à des manifestations queers, dont certaines ont déjà été arrêtées par la police. Est-ce que je leur dis de ne pas venir chez moi?
Très intrusif
Clover, partenaire et colocataire d’Alexandra, déplore de son côté n’avoir reçu aucun préavis et aucune information avant l'installation. Nous taisons les noms de famille des deux partenaires parce qu’elle et iel* ne souhaitent pas que leur adresse soit trouvable publiquement.
Du jour au lendemain, nous avons de la surveillance devant notre porte et personne ne nous a demandé notre avis. Iel raconte que des itinérants errent régulièrement sur le trottoir devant sa porte et que, ces derniers mois, la violence et la consommation de drogue ont augmenté.
Selon Clover, c’est la raison pour laquelle la caméra a été installée. C’est un gaspillage de fonds et d’efforts : ils ne font rien de concret pour aider les personnes en situation d’itinérance, mais ils ont les moyens d’installer une caméra pour les surveiller.
Notre vie privée est soudainement violée parce qu’une communauté manque de ressources, et ça me semble très intrusif et très injuste.
Le SPVM fait des ajustements
Par courriel, le 9 octobre, le SPVM a assuré que cette caméra ne capte en aucun temps d’images de son appartement. Son champ de vision se limite au domaine public, poursuit-il.
Le service de police n’a toutefois pas expliqué pourquoi Alexandra et Clover n’ont pas reçu d’avis ou d'informations au sujet de l’appareil.
Le SPVM indique également qu’après avoir reçu les questions de Radio-Canada à ce sujet, le responsable des caméras de sécurité urbaine s’est rendu sur place afin de vérifier si l’emplacement de l’appareil répondait aux besoins opérationnels.
Lors de cette visite, certains éléments ont soulevé des questions quant à son installation. Des ajustements seront donc apportés au cours des prochains jours, conclut le SPVM.
Radio-Canada est retourné sur les lieux mercredi et la caméra a été retournée, de sorte qu'elle ne donne plus directement dans la fenêtre.
Montréal compte 46 caméras de sécurité urbaine sur son territoire. Le SPVM divulgue normalement leur emplacement sur son site web (nouvelle fenêtre), mais ce n’est pas le cas de celle qui a été fraîchement installée devant la fenêtre d’Alexandra et Clover.
Le SPVM a indiqué qu’il s’agit de l’une des caméras déjà en opération qui a été relocalisée dans le cadre de [ses] opérations, sans mentionner laquelle et sans expliquer pourquoi son site n’est pas à jour.

Une caméra de la gamme MIC de Bosch installée sur un lampadaire au centre-ville de Montréal. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Charles Séguin
Si le SPVM compte un réseau limité de caméras, des appareils de la gamme MIC de Bosch sont installées par dizaines sur le territoire de Montréal, principalement sur des poteaux de feux de circulation. Elles servent notamment à la gestion de la circulation et la police n'a pas accès en permanence à leurs images.
La disparition de la transparence
Radio-Canada a montré des photos du dispositif à Stéphane Leman-Langlois, professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en surveillance et en construction sociale du risque. Je n’ai jamais vu une chose pareille, a-t-il réagi d’emblée, je ne sais vraiment pas ce qui est passé par la tête des gens qui ont installé ça.
Même si on nous dit qu’il y a un masquage numérique qui est fait pour pas qu'on voie à l'intérieur, je pense à l'impression que ça donne à cette résidente-là. C'est une chose qui est tellement intimidante, qui bouche la vue!
Au-delà de l’histoire d’Alexandra et Clover, M. Leman-Langlois déplore surtout la disparition de la transparence des services de police au pays. Avec les avancées technologiques et l’intelligence artificielle, ces caméras-là sont 100 fois plus puissantes qu'il y a 10 ans, rappelle-t-il.
On n'a non seulement pas de justification, mais on n'a même pas d'explication sur les objectifs qui ont été sélectionnés puis sur la manière dont on pense que la caméra va s'attaquer à ces objectifs.
Quand on demande aux services de police ces informations-là, c'est silence radio, on n'a droit à rien.
Le SPVM indique sur son site web que ses caméras servent à accroître la sécurité publique et le sentiment de sécurité et à lutter contre la criminalité.
Stéphane Leman-Langlois croit que le SPVM devrait expliquer, a minima au voisinage immédiat d’une caméra, les objectifs précis visés par son installation.
Il rappelle d’ailleurs que les chiffres ne montrent pas des améliorations incroyables du taux de criminalité aux endroits où on a installé des caméras et demande que le SPVM prouve leur efficacité.
Beaucoup de crimes violents sont faits sans préparation : quelqu'un qui pète sa coche va péter sa coche, qu’il y ait une caméra ou qu’il n’y ait pas de caméra.
* Le pronom iel, formé à partir des pronoms il et elle, est employé dans ce texte afin de refléter l’identité de genre de Clover.


3 hours ago
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