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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayUne filiale américaine du géant mondial de la sécurité privée GardaWorld, dont le siège social est situé à Montréal, a obtenu à la fin du mois d’août deux nouveaux contrats du gouvernement américain pour la détention et le transport de migrants au Texas.
Les deux contrats octroyés par le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) à GardaWorld Federal Services, basée en Virginie, ont une valeur minimale combinée dépassant 117 millions $ US (163 millions $ CA), révèlent des informations publiques sur les dépenses du gouvernement américain.
C’est la deuxième fois depuis un an que cette filiale américaine de GardaWorld reçoit des contrats de l’Agence fédérale de contrôle de l’immigration (ICE), cette police migratoire dont les méthodes suscitent de plus en plus d'inquiétude et de critiques aux États-Unis, notamment en ce qui a trait aux conditions dans ses centres de détention.
Ni GardaWorld ni sa filiale américaine n’avaient répondu aux questions de Radio-Canada au moment de publier cet article.
Détention et transport
Le premier des deux nouveaux contrats de GardaWorld Federal Services, octroyé le 27 août dernier, donne à la filiale américaine la mission de rénover un bâtiment appartenant à l’ICE dans la ville de San Antonio, au Texas, pour en faire un centre de détention. Il la mandate également de fournir l'ensemble des services d'accompagnement nécessaires au fonctionnement de ce centre.
D’une valeur minimale de 17 millions $ US (24 millions $ CA), ce contrat sera en vigueur jusqu’au 27 août 2027, avec un plafond établi à 1 milliard $ US (1,3 milliard $ CA).
GardaWorld Federal Services, l’ICE et le DHS n’ont pas donné suite à une demande d’informations de Radio-Canada sur l’entente ou le centre en question.

L'ICE, qui relève du département américain de la Sécurité intérieure, a pour mission de faire appliquer les lois sur l’immigration à l’intérieur du pays. Elle est notamment chargée de la détention et de l'expulsion de personnes en situation irrégulière.
Photo : Getty Images / BLAKE FAGAN / AFP
Le deuxième contrat, octroyé le 31 août dernier, confie au géant de la sécurité le transport terrestre armé de personnes qui sont détenues par les forces de l’ordre locales du Texas en lien avec des infractions liées à l’immigration pour qu’elles soient transférées vers des centres de l’ICE.
Dans la plupart des États américains, dont le Texas, les forces policières locales et étatiques peuvent conclure avec l’ICE des partenariats qui leur permettent d’assister l'agence dans l’identification et la détention de personnes soupçonnées d’infractions liées à l’immigration.
Selon le plus récent appel d’offres pour le projet, consulté par Radio-Canada, GardaWorld Federal Services sera chargé de mettre sur pied une opération de transport 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par année permettant à des gardes armés d'assurer la prise en charge de personnes se trouvant sous la garde des forces de l'ordre locales et étatiques partenaires ainsi que leur transport vers des bureaux de l'ICE ou des centres de détention désignés au Texas, au Nouveau-Mexique et en Oklahoma.
D’une durée d’un an, ce contrat est d’une valeur minimale de 100,5 millions $ US(139 millions $ CA). Il pourrait toutefois être prolongé jusqu’en 2030, et sa valeur pourrait atteindre 382 millions $ US (530 millions $ CA).
Dans les jours suivant l’annonce de l’attribution du contrat, le compte LinkedIn officiel de GardaWorld Federal Services a publié plusieurs offres d’emplois basés au Texas dont la description correspond de près aux informations qui figurent dans le plus récent appel d’offres pour le projet.
On compte notamment sept offres pour des postes d'agent de transport armé dans diverses localités de cet État du sud des États-Unis, avec une entrée en fonction à la fin de 2026 ou au début de 2027.
Une agence controversée
Au début de l’année 2026, l’ICE a été sous le feu des critiques après qu’un de ses agents a abattu en plein jour Renee Nicole Good, une Américaine de 37 ans, à Minneapolis.
Puis, en juillet, ses agents ont à nouveau abattu deux hommes, Lorenzo Salgado Araujo, au Texas, et Joan Sebastian Durán Guerrero, dans le Maine, au cours d'opérations.
Par ailleurs, des organisations, dont Amnistie internationale, Human Rights Watch, et l’American Civil Liberties Union (ACLU) ont à de multiples reprises sonné l’alarme sur ce qu’elles décrivent comme des violations des droits de la personne qui seraient commises par cette agence.
Elles soutiennent notamment que les immigrants n'ont pas droit à une procédure régulière, sont détenus dans des conditions inadéquates et ont un accès insuffisant aux soins de santé.

À la suite de la mort de Renee Nicole Good, tuée par un agent de l'ICE à Minneapolis en janvier, des manifestations contre l'ICE ont eu lieu à travers les États-Unis.
Photo : Getty Images / Stephen Maturen
Depuis le retour au pouvoir du président Donald Trump, le budget de l’agence a explosé. Grâce à l’octroi d’un financement additionnel de 75 milliards $ US (104 milliards $ CA) sur quatre ans par le Big Beautiful Bill, l’ICE est devenue l’agence de forces de l’ordre la mieux financée au pays, loin devant le Bureau fédéral d'enquête (FBI).
Elle en a profité pour intensifier ses opérations, s’étant donné l’objectif ambitieux de déporter un million de personnes en un an.
L’ICE espère augmenter de manière substantielle l’espace dans ses centres de détention. Dans un document rendu public en février 2026, l’agence exposait son plan pour atteindre 92 600 places de détention d’ici à la fin de l’exercice financier 2026, notamment en faisant l’acquisition de bâtiments à travers le pays pour les convertir.
L’administration Trump compte également sur une mobilisation des forces de l’ordre un peu partout au pays, par l’intermédiaire de partenariats avec des agences locales qui permettent à leurs employés d’assister l’ICE dans ses opérations, et même, dans certains cas, d’intégrer l’application de la loi sur l’immigration à leurs activités courantes.
De telles ententes sont particulièrement courantes au Texas, un État qui, aux dires de Sarah Cruz, stratège en défense des droits des migrants et des personnes à la frontière à l’ACLU du Texas, est devenu un modèle du programme d'expulsions de masse de Donald Trump.
Ça a vraiment accru la peur, parce que maintenant, il ne s’agit plus d’un seul organisme. On a désormais affaire à plusieurs organismes qui ont le pouvoir de faire entrer potentiellement des personnes dans cet engrenage de l’expulsion, explique-t-elle.
Dans une déclaration envoyée à Radio-Canada, un porte-parole du département de la Sécurité intérieure des États-Unis, dont relève l’ICE, a indiqué que le DHS agit rapidement pour utiliser les capacités de détention EXISTANTES en collaboration avec [ses] partenaires des États et des comtés.
Il a ajouté que les efforts de l’agence étaient principalement concentrés sur l'expulsion des pires parmi les pires criminels étrangers clandestins.
Cette affirmation est pourtant contredite par les données mêmes de l’agence fédérale.
En août, par exemple, une analyse de ces données réalisée par le New York Times démontrait que la majorité des personnes arrêtées par des agents de l’ICE le mois précédent n’avaient été ni inculpées ni condamnées pour un crime. La proportion de personnes interceptées qui avaient déjà été reconnues coupables d’un crime violent était de moins de 4 %.
Pas une première
Ce n’est pas la première fois que GardaWorld, qui a déjà bénéficié de plus de 300 millions $ de fonds publics par l’intermédiaire d’Investissement Québec, participe aux efforts de l’administration Trump pour détenir et expulser des immigrants aux États-Unis.
En 2025, le Miami Herald avait révélé que des filiales de l’entreprise avaient été impliquées dans le controversé centre de détention surnommé Alligator Alcatraz, en Floride, à hauteur de 8 millions $ US (11 millions $ CA). Une enquête de Radio-Canada avait révélé que ce montant était en réalité beaucoup plus élevé.

La prison Alligator Alcatraz a ouvert ses portes en Floride, dans le parc des Everglades, en juillet 2025.
Photo : Radio-Canada / Romain Schué
En avril dernier, Radio-Canada a également rapporté que l’entreprise de sécurité avait signé un contrat de 313 millions $ US (plus de 430 millions $ CA) avec le DHS pour rénover et exploiter un centre de détention de migrants en Arizona. À ce jour, près de 4 millions $ US (5,4 millions $ CA) ont été déboursés dans le cadre de ce contrat, selon les informations publiques sur les dépenses du gouvernement américain.
Par ailleurs, le Globe and Mail avait rapporté en 2025 que GardaWorld faisait partie de 40 entreprises sélectionnées par le DHS pour obtenir des contrats fédéraux en vue d'exploiter des centres de détention d’urgence de migrants, à hauteur de 138 millions $ US (191 millions $ CA).
Au total, sa filiale américaine GardaWorld Federal Services a décroché près de 545 millions $ US (756 millions $ CA) en contrats gouvernementaux aux États-Unis, dont 431 millions $ US (597 millions $ CA), soit près de 80 %, ont été conclus avec l’ICE, selon les données publiques sur les dépenses du gouvernement américain.
Des inquiétudes au Québec
Pour Amnistie internationale Canada, les activités de l'entreprise en sol américain sont alarmantes.
Quelles sont les politiques de reddition de comptes pour une entreprise canadienne qui participe à des activités menées par une organisation — ici l'ICE, en l'occurrence — dont il a été démontré, par nos rapports d'Amnistie internationale, que cette organisation viole gravement les droits humains?, demande Josée Marie Robitaille, directrice des affaires publiques et des relations gouvernementales pour Amnistie internationale Canada francophone. Il n'y en a pas beaucoup, et ça c'est très préoccupant pour nous.
La conclusion de ces nouveaux contrats, souligne-t-elle, ne fait que renforcer encore notre inquiétude.
La question de l’argent public versé à l'entreprise par l’intermédiaire d’Investissement Québec en 2022 rend ces activités d’autant plus préoccupantes, explique-t-elle.
Est-ce que moi, comme contribuable, je suis d'accord à ce qu'on finance une entreprise qui va participer — ou qui est à haut risque de participer ou de complicité — à des violations des droits humains dans les activités d'une organisation comme l'ICE?
C'est pour ça qu'il me semble que les contribuables sont en droit d'obtenir des réponses sur quelles sont exactement les activités menées par GardaWorld dans ses contrats avec l'ICE, poursuit-elle.
Contacté par Radio-Canada, le ministère québécois de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie n’a pas souhaité commenter les activités de GardaWorld à l’étranger. Il a rappelé que le financement de l’entreprise par Investissement Québec est antérieur à son implication avec l’ICE, et a assuré que GardaWorld respecte tous ses engagements liés à ce financement.


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