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Les performances et les succès des athlètes cachent parfois des histoires plus sombres.
Le patineur artistique canadien Paul Ayer en sait quelque chose, car il a dû surmonter, au cours de sa carrière, de l’intimidation, de la stigmatisation et des idées suicidaires.
À l'école, il a longtemps caché qu’il était un patineur artistique. Ses problèmes ont commencé lorsque ses professeurs se sont mis à mettre en lumière ses performances.
Quand les gens de ma classe ont su que je faisais du patinage artistique, ils ont commencé à m’intimider en me traitant de divers noms. Des mots que tu ne devrais pas dire à quelqu’un, a partagé Ayer, double médaillé de bronze aux Championnats canadiens en danse sur glace avec Alicia Fabbri.

Paul Ayer et Alicia Fabbri lors de la saison 2025-2026. Ils ont mis un terme à leur association au printemps dernier.
Photo : Associated Press / Andy Wong
Le poids des mots
Les commentaires négatifs et désobligeants peuvent grandement nuire à la santé mentale, affirme le patineur albertain de 28 ans.
Même si tu dis quelque chose de méchant seulement une fois à une personne, ça peut avoir un grand impact sur quelqu’un qui reçoit le même commentaire une cinquantaine de fois dans la journée, lance-t-il.
Après avoir reçu des menaces de mort, Ayer a tenté de trouver une solution pour faire cesser la souffrance qu'il ressentait au quotidien.
Ne pas aller à l’école, ne pas aller au patin et ne pas être en vie étaient pour moi des solutions pour ne plus avoir à me sentir comme ça chaque jour, raconte-t-il.
Avant de commettre l’irréparable, il a réfléchi aux raisons pour lesquelles il devrait rester en vie, mais n'en trouvait aucune.
Juste avant de passer à l’acte, j’ai eu un flash de mon petit frère Alex, qui est quatre ans plus jeune que moi. Dès que j’ai eu cette vision dans ma tête, je savais que ce n’était pas une possibilité de me suicider, en raison des effets que ça aurait sur lui, confie l'athlète.
C’est à ce moment qu'il a décidé de parler de ce qu’il vivait. J’ai parlé à mes parents pour leur dire que j’étais proche "de partir" et ils ont tout de suite cherché un professionnel. Ça m'a vraiment aidé de parler à quelqu'un de ce que je vivais. Je me sentais moins seul.
Ce que j’ai vécu dans le passé m’a changé.
C’est extrêmement important d’en parler
Selon le directeur général de l'organisme Sport’Aide, Sylvain Croteau, il existe des contextes où les facteurs de risques pour l’intimidation sont plus grands parce que certains préjugés sont encore présents dans la société.
De plus, il constate que la santé mentale dans le sport est encore un sujet tabou. Il y a beaucoup trop de gens qui ne réalisent pas que nos sportifs et nos sportives sont d’abord et avant tout des êtres humains et qu’ils ont des émotions, explique Sylvain Croteau.
Il soutient que lorsqu’un athlète se confie sur ce qu’il vit, il faut démontrer beaucoup de bienveillance, être à l’écoute, le laisser parler et ne pas être dans le jugement.
La performance et la quête de succès rendent souvent la tâche difficile aux athlètes qui souhaitent s’ouvrir sur ce qu’ils vivent.
C’est un sujet très difficile pour n’importe qui, pas juste pour la personne qui le partage, mais aussi pour la personne qui écoute, indique Ayer.
Aujourd’hui, le patineur originaire de Calgary assure qu’il va bien. Il souhaitait profiter du mois de la sensibilisation à la prévention du suicide pour raconter son histoire afin d'ouvrir la discussion sur la santé mentale.
J'ai entendu beaucoup de gens dire qu'ils avaient de la difficulté avec leur santé mentale. Et, quand j’ai décidé de partager mon histoire […], plusieurs personnes se sont ouvertes à moi pour me raconter ce qu’ils ont vécu, dit-il.
Ayer a donc décidé d’utiliser sa voix afin de dénoncer la stigmatisation autour de la santé mentale.
Comme athlètes, on ne peut souvent pas dire : "Tu sais quoi, aujourd’hui, je ne vais pas bien." Mais on devrait pouvoir le faire.
Sylvain Croteau abonde dans le même sens. Il pense surtout que les athlètes doivent se donner le droit de demander de l’aide.
Avec les informations de Josie-Anne Taillon


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