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Récit au micro de l'émission Panorama, de Dominique Gaudet, un pompier forestier au Service d'incendie de la Colombie-Britannique, BC Wildfire, sur l'île Salt Spring, chargé de la coordination de la protection des structures.
Après 14 jours, vous êtes sur la route du retour. Quel est votre état d'esprit?
Cela prend quelques jours. Chaque décision que l'on prend est intense, et ce niveau d'intensité devient la norme. Comme officier, je prends une décision et je la donne. C'est un environnement paramilitaire. Je dis : Let's go, on part la pompe, fais attention, le feu s'en vient! La réponse, c'est toujours : Oui, copy, je comprends.
Mais quand tu arrives chez vous avec les enfants et que tu leur dis : ''Va brosser tes dents'', ça marche pas de même! Quand (je) reviens, ce n'est pas pareil, elle me dit : "OK, calme-toi, y'a pas le feu!".

Dominique Gaudet, pompier forestier au Service d'incendie de la Colombie-Britannique, rentre chez lui après 14 jours en mission sur le front de plusieurs feux de forêt dans le sud de la province.
Photo : Radio-Canada
En plus, on travaille loin dans les montagnes et la nature, c'est beau. Quand t'arrives en ville, le monde ne comprend pas toujours. Leur quotidien, ce n'est pas la même chose. D'habitude, la première chose que je fais en arrivant, c'est ma lessive. Il faut que tout soit prêt au cas où je repars. Je vais à l'épicerie. Après, je reste chez nous pendant trois ou quatre jours.
Comment gérez-vous l'aspect de santé physique et mentale?
Quand tu y vas, c'est stressant. Des fois, on est dans des situations assez délicates, et c'est tout le temps imprévu. C'est sûr que cela affecte les pompiers à différents niveaux. On parle de choc post-traumatique.
Parfois, face à la quantité de destruction, des villes au complet ou des fermes détruites avec des animaux, c'est sûr que ça affecte le monde, et il faut que tu continues à travailler. Mais on est chanceux, cela commence à être reconnu.
L'exposition à la fumée et le côté santé mentale, on en parle. Il y a beaucoup de ressources en place, des programmes pour aider à la décontamination des toxines. C'est encouragé. C'est pour cela qu'on est limités sur nos heures de conduite dans une journée.

La médecin hygiéniste en chef de la Colombie-Britannique, Bonnie Henry, s'inquiète des effets à long terme sur la santé de la fumée des feux de forêt.
Photo : Avec la permission de Kenny Skerritt
Ça prend des heures de repos minimum entre les shifts. Ils ne peuvent pas juste dire : « Go go go! » À un moment donné, il faut prendre un break.
Ce n'est pas comme un feu de maison pour des pompiers de ville, qui va prendre peut-être quatre ou cinq heures. Un feu de forêt, c'est un marathon. Ça dure des semaines, des mois.
Quand on est là-bas, j'ai des alarmes qui sonnent toutes les deux heures. Il faut que je fasse un check-in. Quand tu deviens occupé, tu oublies, cela nous permet d'être supervisés de loin.
Le côté sécurité, on passe beaucoup de temps là-dessus, ça fait partie de l'entraînement. Le but, c'est d'être le plus sécuritaire possible, prévenir les blessures, parce qu'on veut que les pompiers reviennent l'année d'après.

La Colombie-Britannique dispose d’un centre d’entraînement et de formation pour les pompiers forestiers.
Photo : Radio-Canada / Ben Nelms
À quoi ressemble une journée type?
Habituellement, on se lève à 5 h 30 et on a une réunion à 6 h 30. On mange vite, puis je relaie l'information à mes équipes. On est beaucoup sur la route, souvent sur des chemins non identifiés. Tu es dans la brousse. Ce n'est pas tout le temps facile. On fait un minimum de 12 heures par jour.
Parfois, cela peut aller jusqu'à 15 ou 16 heures, selon des journées. Notre bloc de travail, c'est habituellement 14 jours. On fait 14 jours de 14 heures, puis, après cela, on a quatre jours de congé et ça repart.

Les pompiers forestiers réalisent un brûlage dirigé en plusieurs étapes près de Clinton, pour préparer le retour des évacués en lien avec le feu de Pear Lake.
Photo : BC Wildfire
Et quand vous êtes en mission, qu’emportez-vous?
Quand on part en déploiement, on est censé être autosuffisant pendant 48 heures. Il faut des rations d'eau et de nourriture de camping, une tente, un sac de couchage. Certains amènent un petit poêle de camping.
On a aussi des batteries d'extra pour la radio, parce qu'on est tout le temps en contact avec un centre. Si l'incident grossit, ils vont bâtir un gros camp au complet. Présentement, on fait partie du complexe de Big Bar. Il y a un gros camp de BC Wildfire là-bas, c'est quasiment une ville, on est peut-être 800 personnes.
Par rapport aux années précédentes, les feux sont-ils plus gros?
Ce sont des cycles de trois, quatre ans. Cette année, on est dans la crête d'un cycle élevé. On remarque que cela dure plus longtemps. Avant, cela commençait peut-être au mois d'avril, présentement, notre saison va jusqu'à la mi-octobre, fin octobre.
On est le 18 août, il reste un autre 2 mois. On n'a pas fini tout de suite.
Savez-vous déjà où vous serez redéployé dans quatre jours?
Ça va être la surprise. Des fois, on le sait d'avance. Mais, quatre jours dans notre milieu, c'est loin. Ça peut tellement changer vite, ça fait que je ne sais pas encore.
Les propos de cette entrevue ont été révisés ou raccourcis à des fins de clarté et de concision, avec des informations de l'émission Panorama.


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