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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLa pression américaine sur la gestion de l’offre risque de déboucher sur un changement concret pour les consommateurs : davantage de produits laitiers américains pourraient se retrouver sur nos tablettes.
Une source de l’industrie a confirmé à CBC qu’un responsable du gouvernement lui avait indiqué que l’entente potentielle avec Washington prévoit une modification du mode d'attribution des permis d’importation.
Les détails n’ont pas été précisés, mais ce changement pourrait permettre aux commerçants canadiens d’obtenir eux-mêmes des permis, offrant une nouvelle porte d'entrée aux produits américains de ce côté-ci de la frontière.
Il ne s’agirait donc pas nécessairement d’ouvrir davantage le marché canadien, mais de modifier qui peut utiliser les accès déjà accordés aux États-Unis.
Donald Trump assure que l’accord en préparation éliminera des barrières tarifaires sur les produits agricoles américains. Ottawa, de son côté, soutient que la gestion de l’offre demeure protégée. Jeudi, le ministre responsable du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, indiquait que les deux pays étaient « très près » d’une entente.
Une lutte qui dure depuis 2020
Avec l’entrée en vigueur de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), Ottawa a accordé aux Américains un accès représentant environ 3,6 % de la production laitière canadienne. Mais depuis six ans, Washington reproche au Canada son mécanisme d'allocation des permis. Une grande partie est accordée à des transformateurs canadiens.
Nous n’avons jamais demandé l’abolition de la gestion de l’offre, assure Jaime Castaneda, du National Milk Producers Federation et du U.S. Dairy Export Council. Nous demandons au moins d’obtenir ce qui nous a été promis dans l’ACEUM.
Selon lui, un transformateur canadien qui fabrique déjà du fromage, du beurre ou du yogourt a peu d’intérêt à importer un produit américain concurrent. Les Américains soulignent aussi une différence avec l’Europe : l’accord commercial avec l’Union européenne permet à des détaillants canadiens d’obtenir des permis pour importer du fromage en provenance d'Europe.
Cette différence de traitement constitue un irritant pour les Américains.
Les récriminations des Américains concernant les quotas d’importation, je peux les comprendre, affirme Maurice Doyon, professeur d’agroéconomie à l’Université Laval. Pour lui, le problème porte surtout sur la gestion des contingents et non sur la quantité de produits autorisés à entrer au Canada. On parle des mêmes volumes, mais on fait juste les allouer de façon différente, explique-t-il.
Un taux d'importation faible
Dans l’ensemble, les Américains utilisent environ 40 % des contingents laitiers qui leur sont accordés. Mais ce taux varie énormément selon les produits. Pour le lait, par exemple, à peine 17 % du volume permis a été importé en 2024-2025. Pour le fromage, c’est presque l’inverse : 98 % du contingent a été utilisé. Le taux atteint 94 % pour le beurre et la poudre de crème. Autrement dit, les Américains utilisent presque tout l’espace disponible pour certains produits, mais très peu pour d’autres.
Avoir le droit d’importer un produit ne veut donc pas dire qu’il trouvera nécessairement un acheteur au Canada. Pour certains produits, il y a simplement peu de demande. C’est le cas de la poudre de lait écrémé, nous en avons beaucoup chez nous. Il n’y a vraiment aucune raison d’en importer davantage, souligne Al Mussell, économiste agricole et chercheur associé au C.D. Howe Institute.
Une nouvelle distribution des droits d'importation pourrait néanmoins faire augmenter les importations américaines.
Je suis convaincu que, si on change la façon dont ces quotas-là sont alloués, ça va augmenter, estime Maurice Doyon. Il précise toutefois que tous les contingents ne seront jamais remplis, puisque la demande canadienne varie beaucoup d’un produit à l’autre. Mais demain matin, qui a le goût d’acheter une pinte de lait avec un petit drapeau américain dessus?, illustre-t-il.
Inquiétude chez les producteurs
Chez les producteurs laitiers québécois, les informations qui circulent depuis quelques jours – et les messages contradictoires véhiculés de part et d'autre de la frontière – créent beaucoup de nervosité.
Pour l’instant, le gouvernement canadien ne nous parle pas. Donc, on ne sait pas ce qui est sur la table.
Leur crainte est surtout de devoir céder encore davantage de place aux produits étrangers. Le marché laitier canadien a déjà été ouvert à plusieurs reprises.

Les négociations inquiètent les producteurs laitiers au Québec. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi
Ottawa a compensé les producteurs avec des milliards de dollars, justement parce qu’ils allaient faire face à plus de compétition, rappelle toutefois Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.
Critique du système de gestion de l’offre actuel, il estime que les présentes négociations poussent à réfléchir à l'avenir du système. Il est temps d'avoir un débat ouvert et transparent sur les enjeux de conserver la gestion de l'offre dans sa forme actuelle.
Les Américains viseraient plus
Régler aujourd’hui le différend sur les permis d’importation ne signifie pas que la pression américaine disparaîtra.
Une fois qu’ils auront gagné ça, s’ils l’obtiennent, il est fort possible que, dans quelques années, ils nous reviennent en disant : "Maintenant, j’aimerais avoir des accès supplémentaires", prévient Maurice Doyon de l’Université Laval.
Une possibilité que confirme Jaime Castaneda. Celui qui représente les intérêts des producteurs laitiers américains ne cache pas qu’il aimerait voir une ouverture beaucoup plus importante du marché canadien. Je serais satisfait d’avoir au moins 10 % du marché canadien, dit-il.
Mais, selon lui, ce n’est pas ce que Washington demande actuellement. Nous ne demandons pas ça maintenant. Ce que nous voulons, c’est corriger la situation pour pouvoir au moins utiliser le faible pourcentage qui nous a été accordé en 2020.


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