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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayC’est une industrie qui brasse des centaines de millions de dollars et qui représente environ 5000 emplois directs et indirects. Pourtant, elle reste relativement peu connue. Les choses sont toutefois en train de changer depuis la modernisation de la consigne et la création d’un réseau structuré, qui a désormais pignon sur rue. Bienvenue dans les coulisses de « Con$igne inc. ».
Modèle privé - l’écosystème derrière Consignaction
Au Québec, il se jette chaque année près de 4,2 milliards de contenants consignés, de quoi remplir deux fois le Stade olympique à ras bord.
Coordonner leur récupération en vue de leur valorisation, c’est le travail de l'Association québécoise de récupération des contenants de boissons (AQRCB), une organisation privée sans but lucratif créée par l'industrie en vertu de la Responsabilité élargie des producteurs (REP). L’idée étant que le système doit s’autofinancer sans l’aide du gouvernement.
L’organisation de 1500 employés gère 170 centres de récupération Consignaction et équipe 130 Zones Consignaction, majoritairement dans des épiceries. À cela s'ajoute plus d'un millier de lieux de retour chez des détaillants participants.
Si l'AQRCB est en retard sur l'échéancier d'ouvertures fixé par le gouvernement, son porte-parole Jean-François Lefort fait remarquer qu'on a ouvert 170 lieux en 26 mois. Malgré les défis liés au déploiement, le rythme demeure élevé. À titre de comparaison, la SQDC [Société québécoise du cannabis] a ouvert 100 boutiques depuis sept ans.

Les clients découvrent les services de la succursale Consignaction+ de Val-d'Or. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jessica Lesage
Consignaction, c'est un système relativement unique et le plus avancé au monde, affirme-t-il avant de préciser que des délégations d'élus et d'entrepreneurs sont venues du Canada, d'Europe et des États-Unis pour l'étudier.
L’écosystème comprend aussi un centre de tri automatisé de 67 000 pieds carrés (soit environ 6224 mètres carrés, l’équivalent en superficie de deux épiceries) à Sorel-Tracy. Il appartient et est administré par Machinex (une entreprise de Plessisville) et reçoit environ 15 000 semi-remorques de contenants par an.
Des entreprises derrière la consigne
L’industrie emploie directement ou indirectement environ 5000 employés répartis tout le long de la chaîne. Toutes ces entreprises ne font pas forcément affaire avec Consignaction.
- Chef d’orchestre : l'AQRCB, qui gère notamment les points de dépôt Consignaction;
- Équipementiers : Machinex (construction et opération du centre de tri de Sorel), TOMRA (fournit les machines dans les dépôts Consignaction) et Envipco (gobeuses de certaines épiceries);
- Logistique, tri et courtage : Waste Management et Ricova, qui récupèrent le contenu des bacs de recyclage, ont vu leur volume d’activité diminuer depuis l’arrivée de Consignaction. De son côté, Echo-Logique se charge de la récupération de contenants consignés lors d’événements et de festivals et Go Consigne fait de la collecte, notamment à domicile;
- Transformateurs : les débouchés pour les contenants ne manquent pas, avec notamment Plastrec et Soleno (pour le plastique), Rio Tinto et Novelis (pour l’aluminium) ou Owens-Illinois et Verallia (pour le verre).
Toutefois, la centralisation de l'AQRCB, à plusieurs échelons de la chaîne, hérisse certains entrepreneurs, notamment dans le domaine du verre, où certains ont craint d'être écartés. D'autres se demandent si Consignaction sera capable d'absorber les quantités de bouteilles de vin et de contenants multicouches (lait et jus) qui s'ajouteront quand la consigne sera encore élargie, le 1er mars 2027.
On est très confiants, répond Jean-François Lefort, porte-parole de l'AQRCB. La deuxième phase, déployée au printemps 2025, a représenté un changement majeur : plus d'un milliard de contenants de plastique ont été ajoutés au système de consigne. Mais les citoyens sont au rendez-vous et les lieux de retour modernisés sont déjà prêts pour la troisième phase, mentionne M. Lefort, qui est aussi le vice-président Stratégie de l'AQRCB.
Pour financer ses activités, l’AQRCB dispose en gros de trois sources de revenus :
Source 1 : L’AQRCB garde les sommes non réclamées de la consigne. Donc, plus les gens récupèrent leurs 10 cents, moins il reste d’argent dans la cagnotte de l’organisation.
C’est ce qui se passe à l'heure actuelle.
Depuis le déploiement du réseau de Consignaction et le doublement de la valeur de la consigne à 10 cents, fin 2023, le taux de récupération des contenants consignés est en hausse marquée. Là, c’est 81 % de récupération. Or, le système ne s’autofinance plus au-delà d'un certain pourcentage de récupération, explique Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED).
Un rapport de la firme KPMG daté de 2022, soit avant la modernisation de la consigne, estimait que, dès que le taux de récupération serait meilleur que 75 %, le système ne serait plus capable de s'autofinancer sans avoir recours à un financement accru de la part des producteurs (voir plus bas).
Source 2 : Une fois qu’elles ont été nettoyées et compactées chez Machinex, les matières sont vendues à de grands joueurs de l’industrie, comme Rio Tinto (aluminium) ou Plastrec (plastique), qui vont réutiliser la matière.

L'usine de conditionnement des contenants de boisson consignés de Machinex à Sorel-Tracy a ouvert ses portes en avril 2025.
Photo : Consignaction
Source 3 : Pour compenser d’éventuelles pertes et garder le système à flot, l'AQRCB peut demander aux producteurs une contribution (entre 2 et 4 cents actuellement) en plus de la consigne. Certains producteurs de boissons refilent parfois la facture au consommateur, une pratique qui fait tiquer Karel Ménard. En théorie, refiler les écofrais supplémentaires aux consommateurs va techniquement à l’encontre d’une REP [Responsabilité élargie des producteurs], souligne-t-il.
Si l’AQRCB brasse des millions de dollars, il faut dire qu’elle a aussi d'importantes dépenses. Il y a quatre ans, le rapport de la firme KPMG estimait ses dépenses à 249 millions de dollars pour 2025.
Quant aux estimations des principaux postes de dépenses, on saura cet automne, à la publication du rapport annuel de l'AQRCB, si les prévisions quant à leur importance étaient exactes :
- Manutention des matières (coûts reliés aux points de dépôt et collecte des contenants) : 30 % du budget
- Transport et logistique (les contenants viennent de partout au Québec) : 35 %
- Conditionnement (dernier tri, nettoyage, compactage et mise en ballots à Sorel-Tracy) : 20 %
Modèle coopératif et social – la réussite des Valoristes

Marica Vazquez Tagliero a cofondé la coop de solidarité Les Valoristes en 2012.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
La coop de solidarité Les Valoristes est une organisation sans but lucratif, mais, en matière d’efficacité, elle compétitionne avec les fleurons du Québec inc. de la consigne. La coopérative traite entre 30 000 et 50 000 contenants consignés par jour.
Si la tendance se maintient, Les Valoristes distribueront cette année, à coup de 10 cents, près de 1 million de dollars aux quelque 1200 ramasseurs de canettes qui seront passés au dépôt situé dans l’ancienne gare d’autocars de Montréal.
Les Valoristes se comparent ainsi avantageusement avec les points de chute de Consignaction. Pas mal pour une organisation gérée par des personnes marginalisées.
L’entreprise d’économie sociale, qui fêtera l’année prochaine ses 15 ans d'existence, a été créée parce que les glaneurs de canettes étaient souvent malvenus dans les commerces lorsqu'ils arrivaient avec de gros volumes de contenants consignés. Le plus actif d'entre eux est capable de générer 600 $ par semaine.
Selon une étude menée en 2014 auprès de 50 valoristes (nouvelle fenêtre), plus de 60 % d'entre eux ont déclaré avoir d'importants problèmes de santé nuisant à leur employabilité. Par ailleurs, l'argent récupéré grâce à la consigne sert dans la moitié des cas à payer les dépenses de base, signe de leur précarité. On trouve aussi plusieurs retraités, comme Robert, pour qui ramasser les canettes permet de se garder en forme et de se payer des extras.
Aujourd’hui, la coop emploie sept personnes, et depuis peu une intervenante sociale, en plus de compter sur une quinzaine de bénévoles. Les trois quarts des gens qui travaillent au dépôt ont été ou sont encore valoristes. Il y a des gens qui ont perdu leur emploi, qui sont sans-abri, avec des problèmes de santé, d’anciens prisonniers ou des retraités, explique Marica Vazquez Tagliero, cofondatrice de la coopérative.

Serge cumule trois emplois. « En tant que surveillant d'édifice, je suis surtout devant des écrans. Je me cherchais une job physique proche de chez moi », dit-il à propos de son emploi chez Les Valoristes, qui lui offre une certaine flexibilité.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Mais quel est leur plan d’affaires? Pour financer ses activités, la coopérative Les Valoristes a le droit depuis deux ans de facturer à Consignaction 2,5 cents en frais de manutention par contenant récupéré, comme le font les épiceries, par exemple. Revenus escomptés cette année : 250 000 $.
À cela s'ajoutent des ententes avec de grands producteurs de contenants consignés : le complexe Desjardins, les kiosques alimentaires du Carré Saint-Laurent, le Club Soda, la TOHU ou encore le Village au Pied-du-Courant. La coop se charge de les récupérer, en vélo électrique, et reverse à certains de ses partenaires 25 % du montant des consignes récoltées durant l’année. Elle garde le reste, c’est-à-dire environ 80 000 $.
Un autre 100 000 $ vient de subventions et de dons divers.
Outre les salaires, le reste des dépenses est minime. Après avoir passé les huit premières années sous le pont Jacques-Cartier, la coop Les Valoristes bénéficie d’un toit gratuit dans l'ancienne gare d’autocars de l'Îlot Voyageur depuis 2020. Mais elle devra bientôt quitter cet endroit, car la Ville veut y faire construire 1000 logements.

L’arrière de l’Îlot Voyageur était occupé par des squatteurs avant que Les Valoristes ne s'y installent, il y a quatre ans.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
La Ville devrait les aider en leur donnant un local, car ils font un travail social exemplaire, permettant à de nombreuses personnes de ne pas tomber dans l’itinérance, souligne Karel Ménard, du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.
Ces appels ont été entendus, car la Ville de Montréal a offert cette semaine un délai supplémentaire de six mois aux Valoristes. Ils nous proposent aussi quatre sites, alors c'est un réel soulagement, confie Marica Vazquez Tagliero.
Ce qu’ils disent de Consignaction
Plusieurs des valoristes rencontrés évitent de monnayer leurs canettes au Consignaction de la rue Sainte-Catherine pour plusieurs raisons. Même si la boutique a l’avantage d’être ouverte le dimanche, les machines qui y lisent les codes QR des contenants sont trop lentes, selon eux. Et l’attente se compterait souvent en dizaines de minutes, voire en heures, quand l’une des deux machines est brisée et que de prolifiques glaneurs de canettes sont déjà en file.
En comparaison, un employé des Valoristes a trié et compté devant nous, à la main, un sac de 240 contenants en 1 minute 13. Le même sac prendrait 10 fois plus de temps à être traité par la machine qui scanne chaque canette une à une, explique Alex Pena, un Salvadorien vivant au Québec depuis 40 ans.

Le valoriste Alex Pena en pleine action, dans cette équipe où le travail à la main et la force du nombre donnent des résultats spectaculaires en matière de quantités traitées.
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Régulièrement aussi, la machine de Consignaction manque de monnaie et les utilisateurs ne découvrent cela que quand toutes leurs canettes sont gobées. On se fait alors donner un ticket à encaisser la fois suivante. Mais souvent, nous, on a besoin de l'argent immédiatement et les toxicomanes encore plus, confie Serge, 63 ans. Le risque est plus grand aussi de perdre son ticket, donc le fruit de plusieurs heures de travail.
C’est pour cette raison que plusieurs glaneurs dans le besoin n’utilisent pas le service Retour express de Consignaction, qui permet pourtant d'accélérer le rythme. Le paiement se fait entre 2 et 14 jours plus tard et il est nécessaire de se créer un compte en ligne chez Consignaction, alors que plusieurs glaneurs n’ont pas de téléphone cellulaire, ou alors manquent de compétences pour utiliser ce genre d’interface.
Lors du passage de Radio-Canada dans ce point de dépôt Consignaction, tout marchait rondement, sous l'œil vigilant de deux gardiens de sécurité. Un client mentionnait toutefois à un employé de Consignaction à quel point il était difficile de trouver un site proche de chez lui dans l'arrondissement de LaSalle, depuis que la plupart des épiceries avaient retiré leurs gobeuses dans son quartier.
Des commentaires qu'on retrouve aussi sur les avis Google reliés aux différents lieux de Consignaction à Montréal, où les notes varient majoritairement entre 2,2 et 3,5 étoiles (sur 5).
Le porte-parole de l'AQRCB explique que le réseau est encore en phase de transition et que les problèmes sont rapidement réglés. L'AQRCB a ouvert son premier lieu de retour Consignaction en avril 2024. En juillet dernier, nous avons enregistré plus de deux millions de visites dans notre réseau, rappelle-t-il. Selon lui, le taux de retour de 81 % des contenants consignés est un des signes que le système fonctionne.
Quant aux plaintes reçues par la Ville de Montréal au 311 au sujet de points Consignaction, elles concernent très majoritairement l'abandon de bacs roulants sur le domaine public, mentionne Camille Bégin, une porte-parole de l'administration municipale. Plusieurs glaneurs de canettes ont en effet tendance à abandonner les poubelles qu'ils ont volées après avoir terminé leur run au Consignaction... ou chez Les Valoristes.


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