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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ 23 ans, Valérie souffre d’un trouble de stress post-traumatique aussi sévère que celui de vétérans de retour du front.
J’ai vécu beaucoup d’agressions physiques et psychologiques quand j'étais jeune. J’ai vécu dans huit ou neuf familles d’accueil. Ces actes-là ont une répercussion dans ma vie adulte, nous confie-t-elle d’une voix calme, dans la sécurité de son logement qu’elle a parfois du mal à quitter.
Dissociations, anxiété, fibromyalgie : ses symptômes sont nombreux et incapacitants.
J’ai tout essayé : psychiatre, psychologue, une dizaine d’antidépresseurs. J’avais juste envie de m’enfermer dans ma chambre et de ne plus jamais en ressortir.
À court de solutions, son médecin lui a prescrit un chien d’assistance psychologique, dans l’espoir qu’il puisse l’aider à gérer ses symptômes invalidants.
Cette aide de dernier recours est remboursée par l’IVAC, le programme québécois d’indemnisation des victimes d’actes criminels, dont Valérie est bénéficiaire. Mais l’expérience a tourné au cauchemar.
C'est qu'au Québec, n’importe qui peut se déclarer dresseur de chiens d’assistance. Un secteur que des experts qualifient de far west.
Cette faille ouvre la porte aux abus et cause du tort à des personnes vulnérables. Tout cela, aux frais des contribuables. La facture a découvert que le gouvernement est non seulement au courant du problème, mais qu’il l'a laissé perdurer pendant des années.
Un chien agressif et malade
Valérie n’a eu aucune difficulté à trouver son chien.
En quelques clics, elle est tombée sur une école de Granby qui offrait des chiens aux bénéficiaires de l’IVAC. Au téléphone, un certain Benjamin Knight lui a vendu l’idée d’un compagnon exceptionnel.

Une capture d’écran du site web de l’entreprise
Photo : La Meute
Il me disait que mon chien allait me réveiller pendant mes cauchemars. Que lorsque je faisais une crise de panique, il viendrait me réconforter. Il m’a même affirmé qu’il m’apporterait mes médicaments.
La soumission comprend l’achat du berger allemand Shadow, des cours de dressage pour Valérie et des séjours de formation. Coût estimé : 25 000 $, payables en plusieurs versements.
Mais le chien qu’on lui remet est gravement malade. C'était de la diarrhée liquide explosive que je devais ramasser jour et nuit, sans arrêt, explique-t-elle.
Et malgré des entraînements répétés, Shadow demeure incapable d’exécuter les tâches décrites par Benjamin Knight.
Il me sautait dessus. J’avais les bras et les jambes en sang. Benjamin m’a expliqué que c’était ma faute, que j’étais trop douce avec lui.
Le dresseur pose alors un geste qui bouleverse Valérie.
Il est venu chez moi et a battu Shadow dans mon appartement. Mon chien a uriné partout, tellement il avait peur. Ensuite, il lui a mis un collier électrique. Les cris qu’il a poussés… c’était horrible.
Valérie raconte aussi qu’au cours d’un entraînement en public, alors que son chien tirait trop sur sa laisse, Benjamin Knight lui aurait asséné un coup de pied.
Il me disait : "Quand le chien fait ça, tu te caches et tu lui donnes un coup de pied". Quand le chien n’obéissait pas, il le frappait, lui piétinait la patte et la queue.
Une situation grave, explique la professeure de psychologie de l’Université Laval, Geneviève Belleville, qui a étudié l'impact des chiens d'assistance chez les personnes atteintes d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Être exposé à de la maltraitance animale est éprouvant pour n’importe qui. Mais lorsqu’une personne est déjà vulnérabilisée par des symptômes post-traumatiques chroniques, assister à une telle violence peut entraîner une retraumatisation, explique-t-elle.
En d'autres mots, être reconfronté à de la violence peut réactiver et empirer les symptômes. Si la personne doit en plus gérer un chien inadéquat, bien là, on ajoute à la difficulté.

Geneviève Belleville, professeure à l'École de psychologie de l'Université Laval
Photo : Radio-Canada / Martin Brunette
Un délinquant récidiviste
Valérie avait l’impression d’être prise au piège par son contrat avec l'école de dressage.
Avec le recul, j’aurais dû m’affirmer avant, mais je n’étais pas forte mentalement et j’avais aussi beaucoup de peur, confie-t-elle.
Elle a brièvement tenté l’expérience avec un deuxième chien, qui s’avère encore plus incontrôlable, puis coupe les ponts avec l’école, avant de faire une découverte qui la trouble.
Benjamin Knight s’appelle en réalité Marc Boisvert. Il se présente comme un expert en chiens d’assistance pour les victimes de violence conjugale, mais il a lui-même été condamné à trois reprises pour violence conjugale et voies de fait, en 2006, 2012 et 2022.
Ses crimes et ses méthodes controversées ont fait couler beaucoup d’encre à Granby. Marc Boisvert est d’ailleurs en attente de procès pour agression armée.

Marc Boisvert a souvent défrayé la manchette à Granby en lien avec des allégations de maltraitance animale et ses condamnations pour violence conjugale.
Photo : Les Coops de l'information, Le Granby Express
Pour masquer ce parcours peu reluisant, Marc Boisvert multiplie les alias et change plusieurs fois le nom de son entreprise. Le dresseur a ainsi réussi à duper près d'une quinzaine d’anciens clients qui se sont confiés à La facture, presque toutes des personnes vivant avec des traumatismes.
Comme Valérie, ces personnes racontent avoir été témoins de maltraitance animale, de menaces verbales ou encore avoir été aux prises avec des chiens malades, agressifs ou incapables d’accomplir leurs tâches.
Ensemble, elles ont versé près de 150 000 $ aux écoles de Marc Boisvert, des sommes en grande partie remboursées par l’État québécois.
Toutes racontent avoir été ébranlées par leur expérience. Certaines disent en avoir fait des cauchemars ou avoir souffert de crises d’anxiété.
Ça a déclenché des choses à l’intérieur de moi. J’ai été hospitalisée. Je travaille fort pour essayer de m’en remettre, explique Marianne, qui a été bouleversée par la découverte de la véritable identité de Marc Boisvert.
La professeure Geneviève Belleville ne doute pas que le choc a été immense.
Pour les victimes de violence conjugale, c’est très important de s’entourer de gens qui ont à cœur leur sécurité. Si un organisme leur offre un chien d’assistance avec la promesse qu’il leur permettra de se sentir en sécurité, et que non seulement ce n’est pas le cas, mais qu’en plus la personne derrière a commis des agressions, eh bien, la trahison est immense, explique-t-elle.
Marc Boisvert, qui a nié des allégations de maltraitance animale à son endroit par le passé, a refusé notre demande d’entrevue. Par courriel, il écrit prendre ces témoignages avec sérieux et empathie, mais affirme qu'ils ne reflètent qu’une très faible portion de notre clientèle.
Il affirme avoir fermé son entreprise et soutient être victime d’un traitement médiatique biaisé.
L’IVAC ne peut rien faire
Plusieurs bénéficiaires disent avoir dénoncé Marc Boisvert à l’IVAC.
Ils savaient qu’il battait les chiens et que son nom n’était pas Benjamin. Mais ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire, déplore Valérie.
Ce n'est pas un cas isolé. La facture a recueilli de nombreux témoignages concernant d'autres écoles de dressage qui ne formeraient pas adéquatement leurs chiens, ou qui ne posséderaient pas l’expertise requise pour accompagner des personnes qui vivent avec un TSPT.
L’IVAC refuse de commenter. Des documents internes obtenus par la Loi sur l’accès à l’information révèlent toutefois que le gouvernement est au courant du problème depuis des années et qu'il a attendu l’automne dernier pour agir.
En 2021, lors de sa réforme de l’IVAC, le gouvernement Legault a facilité l’accès aux chiens d’assistance pour les victimes d’actes criminels, sans toutefois prévoir de balises ni de montant maximal.

Le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette a piloté, en 2021, la réforme de l'IVAC. (Photo d'archives)
Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot
Résultat : la demande a explosé et au moins 16 nouvelles écoles de dressage de chiens d’assistance ont ouvert un peu partout au Québec, selon un décompte de La facture.
Mais en raison du manque de réglementation, l’IVAC a été contrainte d’autoriser des chiens à des tarifs exorbitants, allant jusqu’à 50 000 $ peu importe la qualité de la formation, révèle une note interne de l’organisme gouvernemental.
L’IVAC documente d’ailleurs de graves allégations visant Marc Boisvert et des écoles non identifiées, dont de la maltraitance animale et un stratagème frauduleux consistant à facturer à l’IVAC des services non rendus.
Malgré ces allégations, l’organisme a continué de verser des sommes importantes à ces écoles. L’IVAC a même choisi de ne pas prévenir ses bénéficiaires afin d’éviter d’éventuelles poursuites judiciaires.
L'IVAC doit éviter de décourager le recours à un fournisseur en particulier. Elle engagerait alors sa responsabilité [...] et pourrait être appelée à rembourser d’éventuels dommages, peut-on lire.
Au fil des ans, l’IVAC a demandé au ministère de la Justice d’intervenir, en citant des risques de fraude importants.
Ça me met en colère de voir que des personnes qui souffrent soient dirigées vers des gens qui ne leur offrent pas les services auxquels elles ont droit, mais qui vont en plus empirer leur situation.
Ce n’est qu’à l’automne dernier, alors que les Coops de l’information allaient médiatiser le problème (nouvelle fenêtre), que le gouvernement a décidé de suspendre le programme.
Selon une estimation interne de l’IVAC qui remonte à mars 2025, au moins 1,2 million de dollars ont été versés en frais liés aux chiens d’assistance, mais le montant total risque d'être plus élevé. Dans les documents internes, on apprend en effet que l’IVAC n’a pas tenu à jour son répertoire de demandes.
Le directeur général de La Fondation Mira, Nicolas St-Pierre, dénonce la situation.
C’est le bordel. Le gouvernement a voulu bien faire, mais ils ont ouvert la porte à des gens qui exploitent des personnes vulnérables. Ça porte ombrage à tout le monde qui travaille dans le monde des chiens d'assistance.

Les chiots de la Fondation Mira sont placés chez une famille d'accueil jusqu'à leur premier anniversaire. Le port d'un foulard rouge signifie que le chien est en phase de socialisation.
Photo : Richard Provost
Le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette, a refusé notre demande d’entrevue.
Des mécanismes d’enquête sont prévus à la loi et donnent à la Direction générale de l’IVAC les recours nécessaires pour recouvrer toute somme versée sans droit, écrit par courriel son cabinet.
Début février, après une suspension de quelques mois, son ministère a relancé le programme, cette fois avec une limite de 6000 $ par chien. Aucune nouvelle mesure n’a été incluse pour s’assurer de la compétence des dresseurs.
Une réforme en chantier
Seules deux écoles de chiens d’assistance au Québec sont accréditées par des organismes internationaux : la Fondation Mira, qui ne forme pas de chiens pour le TSPT, et l’organisme Les chiens Togo, qui s’adresse aux vétérans et aux intervenants de première ligne.
Les personnes à qui l’on prescrit un chien d’assistance psychologique et qui ne relèvent pas de ces catégories, notamment les bénéficiaires de l’IVAC, se retrouvent ainsi sans accès à des écoles accréditées au Québec.
L’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) dit plancher sur une solution : créer des normes et une certification québécoise pour les écoles de chiens d’assistance, explique son directeur général Daniel Jean.
Il y a des écoles qu'on trouve douteuses et d'autres, moins douteuses. Je veux travailler sur un projet de loi qui va régler cet élément-là.

Daniel Jean, directeur général de l'Office des personnes handicapées du Québec
Photo : Radio-Canada / Martin Brunette
Il y a de plus en plus de plaintes liées aux chiens d’assistance, parce qu’il y a de la fraude partout!
En effet, en quelques clics, n’importe qui peut s’acheter un dossard et une fausse attestation de chien d’assistance en ligne.
Les chiens mal ou pas du tout formés, avec leurs comportements agressifs ou inappropriés en public, nuisent à la crédibilité des véritables chiens d’assistance, déplore Daniel Jean.
Le directeur de la Fondation Mira est du même avis.
J’ai peur que les bénéficiaires finissent par perdre leur droit de circuler librement avec leurs chiens, affirme Nicolas St-Pierre, qui constate une réticence grandissante de la part des commerçants à accepter ces animaux.
Il reviendra au prochain gouvernement de décider s’il appliquera ou non la réglementation proposée par l’OPHQ. Ce chantier pourrait toutefois prendre plusieurs années, concède Daniel Jean.
En attendant, bien que le programme ait été relancé, l’IVAC n’a toujours pas d’outil pour vérifier si les dresseurs sont qualifiés pour intervenir auprès de cette clientèle vulnérable.
Il n’existe pas non plus de mécanisme pour informer les bénéficiaires lorsqu’une école fait l’objet de plaintes sérieuses.
Ce qu’on aimerait voir, ce sont des intervenants avec une double expertise, autant en comportement canin qu’en intervention sensible au trauma, souligne Geneviève Belleville.
Nicolas St-Pierre partage cette perspective.
Travailler avec des personnes qui vivent avec un TSPT, ça demande une expertise. On ne peut pas s’improviser. Mira est approchée depuis plusieurs années par différentes organisations pour le faire, mais nous n’avons pas cette spécialisation. Nous travaillons déjà auprès de personnes ayant des handicaps physiques, de personnes non voyantes et de jeunes sur le spectre de l’autisme.
Ça nécessite beaucoup de professionnels. Ce n’est pas seulement le chien, la solution, c’est toute l’équipe autour, ajoute-t-il.
Avec la collaboration de Mélissa Pelletier


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