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« Un fossé trop large » entre le Canada et les États-Unis, Ottawa prépare sa riposte

11 hours ago 5

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À la suite de l’échec des négociations commerciales avec les États-Unis, le premier ministre canadien Mark Carney a expliqué samedi la riposte prévue d'Ottawa aux nouveaux droits de douane de 50 % imposés par l’administration Trump sur une vaste gamme de produits canadiens.

Ces nouveaux contre-tarifs canadiens entreront en vigueur le 8 septembre prochain, soit après la fête du Travail, afin de protéger les travailleurs, les agriculteurs, les familles et les entreprises canadiennes, a affirmé M. Carney.

22:43

Revoyez la conférence de presse de Mark Carney

Ceux-ci viseront principalement des secteurs tels que l’acier, les produits laitiers, l’appareillage ménager, le matériel agricole, les pâtes et papiers ainsi que l’électronique, a précisé le chef du gouvernement. Il s'agit d'une réponse ciblée visant à protéger et à défendre nos industries et à leur permettre de rivaliser avec les produits américains sur le marché canadien.

M. Carney a aussi dit que des mesures d'aide fédérales seront annoncées dans les prochains jours.

Dans la nuit de samedi à dimanche, le président américain a réagi sur Truth Social au sujet de l'échec des négociations entre les deux pays.

Le Canada veut profiter des avantages liés au statut d'État, sans en être un!!! De plus, depuis de nombreuses années, il impose à nos formidables agriculteurs des droits de douane exorbitants. Ça, c'est fini!!!, a-t-il écrit.

Qu’est-ce qui a fait échouer les négociations?

En conférence de presse samedi, le premier ministre canadien a donné davantage d'explications sur les raisons qui l'ont motivé la veille à suspendre les négociations commerciales avec les États-Unis. Il a mentionné une accumulation de demandes américaines qui reflétaient, selon lui, une réticence de la part des États-Unis à l'égard d'un véritable partenariat économique.

Dans les dernières heures des négociations, les États-Unis auraient tenté de restreindre la capacité du Canada de conclure d’autres accords commerciaux avec d’autres pays, selon le premier ministre. Il a qualifié cette demande d’inacceptable, tout en soulignant l’importance pour le Canada de diversifier ses relations commerciales.

De plus, les négociateurs américains proposaient de réduire les tarifs sur les voitures, à l'exception des véhicules de taille moyenne et des camions lourds, a déclaré M. Carney. Les États-Unis n’auraient offert aucune justification pour cette distinction, a-t-il ajouté.

Aussi, les États-Unis auraient tenté de limiter des mesures canadiennes protégeant la langue française, notamment la découvrabilité de contenu francophone sur des plateformes de diffusion et l'affichage en français sur certains produits, a expliqué Mark Carney plus tôt samedi. Ce n’est pas acceptable, jamais acceptable. À cause de ça, c’est la fin de cette étape des négociations, a-t-il ajouté.

Il a aussi accusé le gouvernement américain d'avoir violé l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) avec l’imposition de différentes salves de tarifs au cours de la dernière année. Il a également pointé du doigt les nombreux changements d’arguments de Donald Trump pour imposer ou menacer d'imposer des droits de douane, tels que :

Questionné sur la possibilité que les États-Unis ripostent à ces contre-tarifs, M. Carney a déclaré qu’Ottawa ferait tout ce qu’il faut pour protéger nos travailleurs et nos entreprises. Il a également soutenu que le Canada avait une grande marge de manœuvre budgétaire pour faire face à une éventuelle riposte et continuerait d’augmenter ses accords commerciaux à l’international, notamment avec l’Inde et l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN).

Front quasi uni des premiers ministres provinciaux

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a déclaré samedi que Trump s’attaque à notre sécurité économique. Elle a également annoncé deux programmes d’aides aux entreprises, alors que ces nouveaux tarifs toucheraient 7,7 milliards de dollars d’exportations québécoises, selon elle. Cela représente plus de 9 % des exportations québécoises vers les États-Unis.

11:48

Revoyez la conférence de presse de Christine Fréchette

En Alberta, la première ministre, Danielle Smith, s'est dite profondément déçue que le Canada et les États-Unis n'aient pas pu conclure un accord, ajoutant que l'Alberta est en faveur d'une relation sans tarifs. Toutefois, l'industrie pétrolière albertaine n'est pas assujettie aux tarifs, ce qui réduit les répercussions de ces nouveaux droits de douane sur l'économie de la province.

Le premier ministre manitobain, Wab Kinew, a quant à lui souligné l'importance de protéger la langue française, notant que ce n'est pas une question que M. Trump ou son équipe pourraient changer, tout en ajoutant qu'il soutenait lui la riposte d'Ottawa.

Son homologue néo-démocrate de la Colombie-Britannique, David Eby, a qualifié Donald Trump d'intimidateur et réaffirmé son soutien à l'industrie du bois d'œuvre. La Colombie-Britannique est d'ailleurs la province la plus touchée par ces nouveaux tarifs américains, proportionnellement à ses exportations vers les États-Unis.

En Ontario, Doug Ford a vivement critiqué le président américain. [Donald Trump], c’est le genre de personne qui vous volerait votre argent de poche dès le premier jour. Le deuxième jour, il vous volerait votre tuque et, le troisième jour, il vous volerait vos souliers de course. Il a également affirmé qu'Équipe Canada doit se montrer plus unie que jamais et que Mark Carney avait tout son soutien.

Même son de cloche chez les dirigeants des provinces de l'Atlantique. Les premiers ministres progressistes-conservateurs, Tim Houston, de la Nouvelle-Écosse, Rob Lantz, de l'Île-du-Prince-Édouard, et Tony Wakeham, de Terre-Neuve-et-Labrador, ont tous appelé à l'unité canadienne et offert leur soutien à M. Carney.

Sur les réseaux sociaux, la première ministre libérale du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a de son côté qualifié les tarifs d'injustifiés et a plaidé en faveur de l'achat local pour soutenir les entreprises et les travailleurs du Nouveau-Brunswick.

Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan, a pour sa part mentionné une violation manifeste de l'ACEUM et une preuve évidente qu'on ne peut pas faire confiance à l'administration américaine, tout en appuyant la riposte dollar pour dollar d'Ottawa aux droits de douane des États-Unis.

9:24

La classe politique fédérale réagit

Dans une réaction publiée samedi matin sur les réseaux sociaux, le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, a exprimé sa déception quant à la décision des États-Unis d'imposer de nouveaux tarifs injustifiés au Canada. Ces tarifs menacent le gagne-pain de familles partout au pays, a souligné le chef conservateur. Il a également appelé à l’unité canadienne, notant que le Canada ne peut pas non plus accepter une mauvaise entente.

En entrevue à ICI RDI, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a lui aussi appuyé la décision de M. Carney de ne pas signer d’accord avec les États-Unis. Il estime que le Canada devrait donc annuler les concessions qu’il a effectuées ces derniers mois, tel que l’annulation de la taxe sur les services numériques.

M. Blanchet a également douté de la sincérité de l’argument du premier ministre des menaces américaines envers la langue française et la culture canadienne comme raison de quitter la table des négociations. Soudainement, il vient de découvrir la découvrabilité de la musique en français sur les plateformes, je n’en crois pas un mot, a-t-il déclaré, alors qu’Ottawa avait notamment annoncé payer sa propre taxe sur les diffuseurs numériques dans l’espoir de conclure un accord.

De son côté, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Avi Lewis, a également salué la décision de M. Carney. Mieux vaut aucun accord qu’un mauvais accord, a-t-il écrit sur X. Il s'est d'ailleurs rangé derrière le premier ministre manitobain Wab Kinew en déclarant que Donald Trump est faible et que le Canada ne peut pas se fier sur lui pour signer un accord. M. Lewis a ajouté que le NPD souhaite une aide rapide et substantielle aux travailleurs et industries touchés par les tarifs.

Finalement, Elizabeth May, la cheffe et unique députée du Parti vert du Canada, appuie les mesures d’Ottawa, mais note que les contre-tarifs ont un effet négatif sur sur les consommateurs. Lorsque l’on se retrouve sur un ring face à un tyran, dont l’économie est environ 12 fois plus importante que celle du Canada, notre riposte doit viser les points sensibles de ce tyran de manière à lui faire mal, a-t-elle déclaré.

Avec des informations d'Ariane Émond et de Simon Bérubé

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