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Un budget du Québec à saveur de fin de mandat

2 months ago 35

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Malgré l'incertitude qui plombe l'économie et un gouvernement qui s'apprête à changer de chef, le ministre des Finances, Eric Girard, promet aux Québécois un budget responsable et un déficit contrôlé, le tout à un peu plus de six mois des élections générales.

Le ministre Girard déposera son huitième budget mercredi après-midi, à 16 h.

Lorsqu'il a annoncé la date du dépôt de son budget 2026-2027, le 6 mars dernier, M. Girard a promis d'adopter une approche sobre et ciblée axée sur des investissements en infrastructures et le financement adéquat des missions de l'État plutôt qu'un budget électoral.

Il n'y aura pas de promesses électorales ou de choses comme ça. On est vraiment dans la gestion responsable de l'État.

C'est le dernier budget avant le cycle électoral. C'est un budget qui va être modéré avec [...] un financement adéquat en santé, en éducation, et un rehaussement des investissements en infrastructures, avait détaillé le ministre au micro d'ICI RDI.

À quelques mois du scrutin d'octobre, le ministre Girard affirme vouloir consolider les acquis et offrir de la prévisibilité en cette période de grande incertitude économique.

Mardi, le gouvernement a donné le ton en annonçant que 5000 places en garderies non subventionnées de plus seront financées par l'État québécois dès 2026-2027.

Contexte difficile

Menacée par les tensions tarifaires avec les États-Unis, le renouvellement incertain de l'ACEUM et la récente flambée du prix des carburants – conséquence de la guerre israélo-américaine contre l'Iran –, l'économie québécoise ralentit depuis un moment déjà. Et les entreprises et les ménages s'en ressentent.

Les salaires ont beau être en hausse ces dernières années, ils n'ont pas compensé la hausse du coût de la vie. Et ce n'est pas tout le monde qui a vu son chèque de paye augmenter, par ailleurs.

Différents produits dans une épicerie.

La hausse importante du coût de la vie plombe les finances de plus en plus de ménages québécois. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Selon la Banque du Canada, depuis 2022, les prix à l’épicerie ont grimpé d’environ 22 %, alors que les autres prix à la consommation ont progressé en moyenne de 13 %. Ajoutons à cela une augmentation de 67 % du prix médian des propriétés depuis cinq ans, des hausses de loyer à l'avenant et un litre d'essence maintenant à près de 2 $.

C'est sans compter une hausse de 3 % des tarifs résidentiels d'Hydro-Québec à compter du 1er avril prochain. Et oui, ça n'arrête jamais.

Bref, l'appauvrissement est la réalité d'un nombre croissant de ménages québécois.

Si elle a eu jusqu'à maintenant un impact limité sur l'emploi, la guerre tarifaire américaine rattrape le Québec. En février, le taux de chômage dans la province a bondi de 0,7 point de pourcentage, à 5,9 %, sous l'effet de la perte de 57 000 emplois. Soit le plus important changement mensuel observé au Québec depuis 2022.

Un ralentissement qui fait d'autant plus mal aux jeunes de 15 à 24 ans, dont le taux de chômage excède les 14 % au pays.

Le 10 mars dernier, les deux candidats à la direction de la CAQ, Christine Fréchette et Bernard Drainville, ont proposé de rendre aux Québécois une partie de la taxe sur l'essence, une option écartée mardi par Eric Girard.

Faible croissance des revenus

Pour ce qui est de l'augmentation de ses revenus, le gouvernement ne pourra compter en 2026 que sur une maigre croissance d'environ 0,9 %, selon de récentes prévisions de BMO Capital Markets.

Ce qui place le Québec au dernier rang parmi les provinces en termes de croissance économique, selon les analystes, principalement en raison des tarifs douaniers américains sur l'aluminium, le bois et les produits manufacturés.

Des prévisions qui ne laissent guère de marge de manœuvre au gouvernement du Québec pour augmenter ses revenus sans devoir hausser les impôts ou les taxes. Et c'est déjà commencé.

Le gouvernement ira notamment chercher 300 millions de dollars de plus dans les poches des contribuables en 2027 en augmentant la taxe sur les primes d'assurance automobile et habitation, les assurances collectives et les assurances de la SAAQ.

Le déficit

Aux dernières nouvelles, le déficit pour 2025-2026 était de 12,4 milliards de dollars, en incluant les versements au Fonds des générations. Un manque à gagner qui représente environ 1,9 % du PIB, selon la dernière mise à jour économique du gouvernement, en novembre. Un ratio qui devrait atteindre 1,4 % en 2026-2027, selon le ministre.

Dans son dernier budget, Eric Girard avait présenté un plan qui devait lui permettre d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2030, toujours après le versement au Fonds des générations.

Un plan que le ministre a toujours l'intention de suivre, même s'il avait fait sourciller le vérificateur général en novembre dernier.

Rappelons tout de même que la CAQ disposait d'un surplus de 4 milliards de dollars lorsqu'elle a pris le pouvoir, en 2018.

Maintenir les services et infrastructures

Mais même en déposant un budget sobre et ciblé, le ministre des Finances a du pain sur la planche pour maintenir la qualité des services publics à bout de souffle, tout en finançant la rénovation de son parc d'écoles, de routes et d'hôpitaux, dont certains, tel l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, ont largement excédé leur durée de vie utile.

Vue arrière de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Le projet de rénovation de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont est évalué à plus de 5 milliards de dollars. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À ces missions de l'État s'ajoutent aussi celles de financer et de soutenir la construction massive de logements à prix abordable partout sur le territoire, tout en trouvant des solutions pour endiguer une crise de l'itinérance directement liée à la rareté, voire à l'absence, de logement abordable.

Sans oublier le développement du transport collectif qui stagne et les efforts de décarbonation des transports qui doivent réduire de 37,5 % les émissions québécoises de GES d'ici 2035.

Pour ne nommer que ces quelques thématiques budgétaires.

D'un chef à l'autre

Un autre aspect particulier de ce budget est qu'il sera déposé en pleine course à la direction de la CAQ, soit près d'un mois avant l'élection, prévue le 12 avril prochain, de la personne qui succédera à François Legault.

Bernard Drainville et Christiane Fréchette dans un montage photo.

Bernard Drainville et Christiane Fréchette sont les candidats à la succession de François Legault à la tête de la CAQ. (Photos d'archives)

Photo : La Presse canadienne

Rappelons que le premier ministre Legault a annoncé sa démission le 14 janvier dernier.

Le ministre Girard a donc dû élaborer son budget avec un chef de gouvernement sur le départ – qui a promis de demeurer en poste jusqu'à ce que la personne qui va lui succéder soit élue – et sans savoir si son budget aura l'appui de Bernard Drainville ou de Christine Fréchette.

Plus tôt ce mois-ci, M. Girard avait expliqué qu'il avait passé plusieurs heures à présenter et à expliquer son budget aux deux candidats afin de s'assurer de leur collaboration, car une fois la course à la chefferie terminée, il leur faudra rapidement former un Conseil des ministres et gouverner.

Parfum de fin de mandat

Au plus bas dans les sondages depuis des mois, la CAQ doit par ailleurs composer avec une hémorragie importante dans ses rangs.

François Legault, pensif, pendant une conférence de presse dans le hall de l'Assemblée nationale du Québec, sous le regard de sa femme, Isabelle Brais, qui est à ses côtés.

François Legault a annoncé sa démission à titre de premier ministre du Québec et de chef de la CAQ, le 14 janvier 2026. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Outre le départ annoncé de François Legault, de nombreux députés et ministres ont abandonné le navire caquiste au cours des derniers mois – en quittant la politique ou en siégeant comme indépendants – alors que d'autres ont annoncé leur volonté de ne pas se représenter aux prochaines élections.

Notons parmi eux les ministres Sonia LeBel, Geneviève Guilbault, Caroline Proulx, Jonatan Julien, Suzanne Roy et André Lamontagne.

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