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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayVendredi soir, à Seattle, la Coupe du monde présente son affrontement le plus politique jusqu'ici. Ironie du sort, l'unique « match des fiertés » du tournoi opposera l'Iran et l'Égypte, deux nations où l'homosexualité est criminalisée.
Au Centre international des médias, juste en face du stade Lumen Field de Seattle, la vice-présidente à l’héritage du comité organisateur local de la Coupe du monde, Hedda McLendon, avait le cœur à la fête. Le match de vendredi, une célébration de la diversité sexuelle et de genre, reflète l’ADN de Seattle, à la fois cosmopolite et progressiste.
Dès le premier jour, lorsque nous avons soumis notre candidature, l'inclusion faisait partie de ce message pour Seattle, a-t-elle rappelé.

La vice-présidente à l’héritage du comité organisateur local de la Coupe du monde, Hedda McLendon
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Hedda McLendon a toutefois tenté d’abaisser les attentes, soulignant que le comité local était d'abord responsable de créer une expérience inclusive et communautaire à l’extérieur du stade.
À l'intérieur, aucune cérémonie officielle n'est prévue par la FIFA. Les partisans seront toutefois autorisés à porter des vêtements aux couleurs de l'arc-en-ciel et à agiter des drapeaux de la Fierté. Un compromis qui reflète les vives tensions en coulisses depuis que le tirage au sort a désigné, pour ce match, l'Iran et l'Égypte, deux pays qui répriment sévèrement l'homosexualité.
La FIFA prise à son propre jeu
Les fédérations sportives des deux pays ont formellement exigé auprès de la FIFA l'annulation des festivités et l’interdiction des drapeaux arc-en-ciel.
En réponse à ces demandes, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a assuré que le tournoi ne prévoyait aucun match des fiertés officiel. Il s'agit plutôt d'un simple match de la Coupe du monde coïncidant avec des événements locaux de la ville.
Du même souffle, la FIFA a pris la décision d'autoriser les drapeaux arc-en-ciel dans les gradins, alors qu’elle a refusé, pour des raisons politiques, à la diaspora iranienne d’agiter le drapeau prérévolutionnaire du Lion et du Soleil. Ce dernier est devenu un symbole de la contestation au régime.

Le directeur du Global Sport Lab de l'Université de Washington, Ron Krabell, affirme que la FIFA n'a plus le pouvoir de s'opposer aux initiatives locales, comme celle de Seattle.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Selon Ron Krabill, directeur du Global Sport Lab de l’Université de Washington, la FIFA s'est retrouvée prise au piège : en déléguant l'organisation de la Coupe du monde à des comités locaux dans 16 villes différentes, elle ne pouvait plus dire non à une initiative célébrant la culture inclusive de Seattle.
À ses yeux, le match de vendredi est ainsi devenu un immense laboratoire où se côtoient sport et géopolitique mondiale. C'est pourquoi l'amateur de soccer a accepté de débourser 340 $ américains pour un billet sur le marché de la revente, même s'il n’avait pas prévu assister à la Coupe du monde.
C'est fascinant, dit-il. Ce match rassemble des enjeux de guerre et de paix internationale, des questions de droits LGBTQIA+, ainsi que des enjeux d’allégeance et de valeurs pour la diaspora.
Face à l’imprévisibilité de l'événement, les autorités ont mis en place des zones de protestation à proximité du stade afin que les manifestants et le public puissent interagir en toute sécurité.
De son côté, l'entourage de l'équipe égyptienne préfère ignorer ce choc des valeurs.
Rencontré sur place, le journaliste sportif égyptien Belal Elsisi balaie la controverse politique, alors que l’Égypte, forte d’une première victoire historique en Coupe du monde, est en tête de son groupe. Nous sommes ici juste pour jouer au football. Il n'y a pas de mélange entre la politique et le sport, affirme-t-il, tout en prédisant une victoire de 2 à 0 pour les Pharaons.

Bookda Gheisar, une Irano-Américaine queer engagée au sein de la communauté de Seattle, a hâte de célébrer à la fois son identité et son pays.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Le dilemme de la diaspora
L’Irano-Américaine Bookda Gheisar reflète bien la complexité de ces allégeances. Arrivée aux États-Unis en 1981, cette directrice de l’équité au Port de Seattle s’affiche ouvertement comme lesbienne.
Je suis incroyablement heureuse que l'Iran soit là. Je serai présente pour les soutenir et les encourager, tout en sachant que, bien sûr, l'Iran ne soutient pas systématiquement les voix queers, dit-elle.
Bien qu'elle soit déçue de la manière dont l’équipe iranienne a été traitée par les autorités américaines – pour l'obtention des visas, notamment –, elle estime néanmoins que l’Iran et l’Égypte doivent respecter les valeurs de la ville hôtesse.
Dans les gradins, elle compte ainsi fièrement afficher son écharpe aux couleurs de l’arc-en-ciel, pour que les Iraniens en Iran puissent regarder et savoir que nous les voyons, que nous les entendons, que nous reconnaissons qu'ils sont là, et que nous célébrons avec eux notre identité queer.
Un refuge endeuillé
C’est aussi pour envoyer ce message qu'Andrew Ashiofu appuie la tenue de l’événement à deux jours du défilé annuel de la Fierté de Seattle, où 300 000 personnes sont attendues, malgré le malaise des gouvernements iranien et égyptien.
S'ils doivent être mal à l'aise juste pendant le match, c’est très bien, juge-t-il. Il y a des gens dans ces pays pour qui c'est la seule opportunité de voir ce qu'est une ville qui célèbre la Fierté.

Andrew Ashiofu est commissaire à la Commission LGBTQ+ de Seattle. Il appuie l'initiative d'un « match des fiertés ».
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Rencontré à Capitol Hill, le cœur historique de la culture queer de la métropole, ce commissaire à la Commission LGBTQ+ de Seattle rappelle que ce match survient à un moment charnière.
Depuis deux ans, l'État de Washington est devenu un sanctuaire pour de nombreuses personnes fuyant les lois anti-trans adoptées dans des États conservateurs américains, comme le Texas et la Floride.
Submergés, les banques alimentaires, les refuges et les cliniques de soins d’affirmation de genre de la métropole ont sonné l’alarme. Si bien qu’en mai dernier, la Commission a demandé à la ville de déclarer un état d'urgence civil pour débloquer des ressources.

Des gerbes de fleurs et des messages ont été déposés au pied d'un monument du campus de l'Université de Washington, à Seattle, en mémoire d'une étudiante trans de 19 ans assassinée dans sa résidence universitaire.
Photo : Radio-Canada / Francis Plourde
Dans cette ville reconnue pour son ouverture, le meurtre récent d’une étudiante transgenre de 19 ans, Juniper Blessing, poignardée à mort dans sa résidence étudiante, a suscité une violente onde de choc.
La perte de Juniper est vraiment survenue à une époque où le gouvernement fédéral américain tentait de persécuter et de faire passer les personnes trans pour des terroristes. Et cela nous a ébranlés, confie Andrew Ashiofu.
Dans ce contexte, il estime que le match de vendredi, en pleine journée de la Fierté trans de Seattle, deviendra une forme de résistance contre l'oppression, en particulier celle que subissent les personnes trans.


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