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Le combat pour une presse libre à Hong Kong se poursuit en exil

4 hours ago 5

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Dans une salle d'un centre culturel de Taipei, capitale de Taïwan, deux journaux sont placés côte à côte derrière une vitrine.

L’un d’eux est le tout premier numéro de l'Apple Daily publié en 1995, et l’autre, le dernier, imprimé le 24 juin 2021, quelques heures seulement avant la fermeture forcée du quotidien par les autorités de Hong Kong.

Une autre une attire aussi le regard. Il s’agit d'une page presque entièrement blanche.

On peut y lire cette unique phrase : Lorsque la liberté de la presse est supprimée sans raison, c'est tout ce qu'il reste à voir.

Pour Shirley Leung, ancienne journaliste du quotidien et cofondatrice du média Pulse HK à Taipei, cette exposition ne raconte pas seulement l'histoire d'un journal disparu.

Ce n'est pas seulement l'histoire de l'Apple Daily, c'est l'histoire de Hong Kong. Pendant 26 ans, le journal a documenté la société hongkongaise, sa culture, ses débats et ses transformations, explique-t-elle.

Dans ses pages, l'Apple Daily a témoigné des grands combats pour la liberté de la presse et la démocratie, de la rétrocession de Hong Kong à la Chine aux immenses manifestations prodémocratie de 2019, en passant par l'épidémie de SRAS, les vigiles du 4 juin pour commémorer le massacre de la place Tiananmen et le Mouvement des parapluies de 2014.

Pendant un mois, les visiteurs peuvent voir et revoir quelque 250 objets et éléments d’archives, comme des vestes de journalistes, et même des dessins réalisés en prison par le fondateur de l'Apple Daily, Jimmy Lai, encore emprisonné aujourd’hui pour sédition en vertu de la loi sur la sécurité nationale chinoise imposée par Pékin.

On y trouve aussi une série de photographies de l'ancien siège du quotidien. On y voit des bureaux vides, des corridors désertés et un escalier où quelqu'un a laissé une chaise solitaire.

Quand j'ai vu ces photos pour la première fois, j'ai pleuré. Ce n'est pas seulement un bâtiment. C'est le symbole de ce que nous avions autrefois, une liberté de parole qui n'existe plus aujourd'hui à Hong Kong, dit Shirley Leung.

Shirley Leung, ancienne journaliste du quotidien et cofondatrice du média Pulse HK à Taipei.

Shirley Leung, ancienne journaliste du quotidien et cofondatrice du média Pulse HK à Taipei

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Parmi les visiteurs se trouve Grace, un Hongkongais de 25 ans installé à Taïwan depuis deux ans.

J'ai de la difficulté à croire ce que je vois. Quand on regarde les premières pages de l'époque, on constate que l'Apple Daily parlait de Hong Kong, mais aussi de la Chine. Voir comment tout cela s'est terminé est vraiment regrettable, se désole-t-il.

Comme plusieurs jeunes Hongkongais qui ont quitté leur ville après les bouleversements politiques des dernières années, il garde un souvenir vif des manifestations prodémocratie de 2019.

Selon lui, Hong Kong a profondément changé.

Avant 2019, les rues étaient pleines de vie jusque tard dans la nuit. Aujourd'hui, plusieurs de mes amis me disent qu'à 21 h il n'y a presque plus personne. Beaucoup de gens sont partis. On a l'impression que ce n'est plus le Hong Kong que nous connaissions, dit-il.

Des leçons pour Taïwan

L'exposition attire également d'anciens artisans de la filiale taïwanaise de l'Apple Daily, qui a elle aussi cessé ses activités il y a cinq ans.

Pour Chen Yu-hsin, premier rédacteur en chef d'Apple Daily Taïwan, cette exposition ravive des souvenirs douloureux, mais il estime qu’elle doit servir à autre chose qu'à la nostalgie.

L'important n'est plus seulement de regarder en arrière. Il faut tirer des leçons de cette période et transformer cette mémoire en moteur pour défendre la liberté de la presse et la démocratie, affirme-t-il.

 Chen Yu-hsin, premier rédacteur en chef d'Apple Daily Taïwan.

Chen Yu-hsin, premier rédacteur en chef d'Apple Daily Taïwan

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Selon lui, l'histoire de l'Apple Daily trouve un écho particulier à Taïwan.

Beaucoup de personnes connaissent le dicton "Le Hong Kong d'aujourd'hui pourrait être le Taïwan de demain". En voyant cette exposition, plusieurs personnes se demandent ce qui arriverait si Taïwan suivait le même chemin, dit-il.

Combler le vide laissé par l'Apple Daily

Les organisateurs de l’exposition sur l'Apple Daily pensent eux aussi à l'avenir.

Shirley Lung et Li Ka Chung, lui aussi un ancien journaliste d'Apple Daily pendant plus de dix ans, ont cofondé Pulse HK.

Le média numérique basé à Taipei regroupe des journalistes hongkongais en exil et d’autres qui étaient autrefois employés par Radio Free Asia avant les compressions du gouvernement Trump.

Mais Pulse HK se défend d’avoir pour mission de devenir un Apple Daily 2.0.

Beaucoup de gens nous demandent si nous essayons de recréer l'Apple Daily. C'est impossible. Il fallait un contexte particulier, des ressources immenses et surtout un espace véritablement libre, soutient Li Ka Chung.

Li Ka Chung, ancien journaliste d'Apple Daily.

Li Ka Chung, ancien journaliste d'Apple Daily et cofondateur de Pulse HK

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Le média numérique Pulse News HK tente plutôt de combler le vide laissé par la disparition des grands médias prodémocratie à Hong Kong.

De Taïwan, l'équipe couvre l'actualité de Hong Kong, de la Chine et de la diaspora hongkongaise dispersée dans le monde.

Des centaines de milliers de Hongkongais ont quitté leur ville depuis l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale chinoise. Leurs voix ne devraient pas être effacées. Pourtant, elles sont largement absentes des médias traditionnels de Hong Kong, affirme Li Ka Chung.

Une presse sous pression

La fermeture de l'Apple Daily s'inscrit dans un contexte plus large de détérioration de la liberté de la presse à Hong Kong.

Selon Reporters sans frontières (RSF), le territoire est passé de la 18e à la 140e place de son classement mondial de la liberté de la presse en seulement deux décennies.

L'organisation estime qu'au moins 900 journalistes ont perdu leur emploi entre 2020 et 2024 à la suite de la fermeture de nombreux médias indépendants.

Pulse HK affirme avoir déjà été visé par des cyberattaques et des campagnes de pression depuis son lancement.

Malgré tout, Li Ka Chung estime que leur travail demeure nécessaire.

Nous ne changerons probablement pas les grands enjeux de la société à nous seuls, mais dans dix ou vingt ans, lorsque des chercheurs voudront comprendre ce qui se passait à Hong Kong à cette époque, ils ne disposeront pas seulement de la version officielle. Ils auront aussi accès à d'autres récits, soutient-il.

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