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« Perdant », « dictateur » : les mots de Doug Ford lourds de conséquences pour le Canada

3 hours ago 3

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Un président américain « perdant », « dictateur », « roi de la faillite » dont les politiques commerciales feraient « vomir » Ronald Reagan : le coloré premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, ne mâche pas ses mots à l’égard de Donald Trump depuis l’échec des négociations commerciales avec les États-Unis. Toutefois, ces déclarations chocs sont un couteau à double tranchant pour le Canada si l’on espère revenir un jour à la table des négociations.

Depuis samedi matin, les couteaux volent bas entre Doug Ford et Donald Trump. Sur les ondes d’une radio commerciale de Toronto, lundi, le premier ministre ontarien est même allé jusqu’à dire que Donald Trump pouvait embrasser son derrière.

Le président Trump ne donne pas non plus sa place lorsqu’il s’agit d’insulter ses adversaires politiques. Sur son réseau social, Donald Trump a qualifié les sorties de Doug Ford de fanfaronnade, ajoutant que M. Ford était surtout connu pour être le frère moins charismatique, intelligent et globalement moins impressionnant [que le] regretté Rob Ford.

Il a également insulté Mark Carney en qualifiant le premier ministre du Canada de gouverneur du Canada, rappelant le sobriquet qu’il avait autrefois donné à Justin Trudeau.

Pour le premier ministre de l’Ontario, l’escalade de la guerre commerciale est un cadeau qui tombe à point nommé.

Doug Ford parlant à un lutrin devant des travailleurs de la construction portant gilet orange et casque sur un chantier de Hamilton le 24 août 2026.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, affirme avoir la « peau dure » face aux insultes de Donald Trump. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

En baisse dans les sondages avant l’échec des négociations,Doug Ford peut ressortir son habit de Capitaine Canada et employer ses formules colorées pour dire tout haut ce que plusieurs Ontariens pensent tout bas, prouvant ainsi aux électeurs qu’il est encore l’homme de la situation et proche du peuple.

C’est d’ailleurs en s’appuyant sur la menace tarifaire venue des États-Unis que Doug Ford avait remporté une troisième victoire électorale et une nouvelle majorité à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Le dernier sondage de la firme Liaison Stratégies indique que les déclarations de Doug Ford portent ses fruits. En juillet, la cote de popularité de M. Ford s’élevait à 24 % et les libéraux de l’Ontario menaient par cinq points. Aujourd’hui, l’approbation du premier ministre atteint 36 % et les progressistes-conservateurs devancent leurs rivaux avec 39 % d’intérêts de vote contre 35 % pour les libéraux, parmi les électeurs décidés.

Méthodologie

Ce sondage a été mené les 23 et 24 août 2026 auprès d’un échantillon aléatoire de 1500 résidents de l’Ontario. Les données ont été recueillies à l’aide de la technologie de réponse vocale interactive (RVI), et les participants ont été joints sur des réseaux de téléphonie fixe et cellulaire grâce à la méthode de composition aléatoire (RDD) afin d’en assurer la représentativité. Les résultats obtenus ont ensuite été pondérés pour correspondre aux cibles démographiques du recensement de 2021. Pour l’ensemble de l’échantillon, la marge d’erreur maximale est de ±2,5 points de pourcentage, 19 fois sur 20, cette marge étant plus élevée pour les sous-échantillons.

Toujours selon la firme, 82 % des Ontariens appuient l’imposition de tarifs douaniers équivalents à ceux des États-Unis et 85 % soutiennent le retrait de l’alcool américain des magasins de la province.

Mais la patience des Ontariens a ses limites. Les pertes d’emplois pourraient s’accumuler en Ontario si le conflit commercial se prolonge pendant plusieurs mois, ce qui pourrait forcer M. Ford à modifier sa stratégie face aux États-Unis.

Donald Trump.

Le président américain Donald Trump s’en prend ouvertement à l’Ontario et à Doug Ford depuis l’échec des négociations de son pays avec le Canada. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / Jim Watson

Si l’Ontario tombe en récession et que les mesures présentées par Ottawa et Queen’s Park ne suffisent pas à préserver l’économie canadienne, les sorties virulentes de Doug Ford pourraient revenir le hanter au moment de rétablir des négociations de bonne foi.

Devrait-il changer de ton?

Questionné par les médias lundi à savoir si Mark Carney lui avait demandé de modérer ses propos, Doug Ford a assuré que ce n’était pas le cas, avant de se lancer immédiatement dans une autre tirade.

Au lieu d’adopter une posture plus neutre, le premier ministre ontarien en a rajouté en affirmant qu’il y avait amplement de place sur son derrière pour venir l’embrasser.

Pour Doug Ford, le choix est simple : soit l’on cède et on laisse [Donald Trump] prendre le contrôle de notre pays, soit l’on se bat.

Une carte publiée par Donald Trump sur son réseau social Truth social, où le nom du lac Ontario est rayé et renommé « lac de l’Amérique ».

Dans une carte publiée par Donald Trump sur son réseau social Truth Social, le président des États-Unis a proposé de renommer le lac Ontario le « lac de l’Amérique ».

Photo : Donald Trump via Truth Social

Le bouillonnant premier ministre a choisi de se battre, refusant de plier face aux tactiques d’intimidation de Donald Trump.

J’ai plus de courage dans mon petit orteil que lui dans tout son corps, a-t-il martelé devant les journalistes.

Mardi, c’est toutefois un premier ministre plus conciliant qui a admis sur les réseaux américains que le ton était devenu personnel entre les deux dirigeants.

Les choses se sont envenimées.

Comme le rappelait David Soberman, professeur à l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto, face aux États-Unis, la réalité est qu’ils sont un éléphant et que [le Canada est] une souris.

Si l’éléphant décide de bouger, nous serons écrasés, a-t-il expliqué au microphone de Radio-Canada. Embêter ou provoquer l’éléphant n’est peut-être pas une bonne idée.

Comme le soulignait notre collègue Gérald Fillion dans son analyse plus tôt cette semaine, il faudra bien, tôt ou tard, revenir à la table des négociations.

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