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La guérison au bout de la ligne

3 hours ago 1

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Simon se dirige vers l’arrière de sa camionnette et en ouvre la boîte de fibre de verre. Il farfouille dans ses affaires et en extirpe sa canne à mouche. Une soie de taille no 6 est enroulée sur le moulinet. Parfaite pour la truite. Il en sort ensuite avec fierté son nouvel ensemble de pêche, ses waders – pantalons étanches – et sa veste assortie.

Le passionné de pêche ne semble pas découragé par le ciel qui se couvre au-dessus de la zec Bas-Saint-Laurent ni par les averses qu’on annonce pour la fin de semaine. Son excitation est palpable, il ne peut s’empêcher de sourire à l’idée du séjour qui l'attend avec ses consœurs et confrères levés à l’aube pour venir pêcher et, si possible, cheminer vers leur rétablissement.

Pour le moment, la camionnette de Simon est l’endroit où il se sent le mieux. Il y est un peu plus libre. Son habitacle abrite un lit de camp, quelques boîtes de rangement, des sacs pêle-mêle, de la nourriture sèche, un brûleur au gaz. Malgré la simplicité de son chez-soi, sa bonne humeur est inentamable. Il est entouré de ses frères et sœurs d'armes. Il est chez lui.

Simon, à la pêche comme à la guerre

Simon, à la pêche comme à la guerre

Simon, à la pêche comme à la guerre

Pour Simon comme pour plusieurs de ses partenaires de pêche – des vétérans et des vétéranes des Forces armées canadiennes qui tentent de se remettre de leurs traumatismes –, ce séjour a une signification particulière. Il va bien au-delà du simple loisir. C’est un processus de guérison.

Même si une partie des gens ne se connaissent pas, la camaraderie s’installe aisément au sein des participants et participantes du programme Soigner nos braves par la mouche. Ça papote ici et là de l’état de la route, de la météo, les menaces de pluie faisant l’objet de débats. Ils et elles échangent sur leur ancien statut militaire, leur régiment, leur lieu d’affectation. Des fanions de leur organisme ondulent dans la brise. Plusieurs affichent fièrement leurs couleurs.

Une forêt dense où les conifères dominent encercle les plans d'eau. Des peupliers apportent une touche claire, leurs jeunes feuilles tendres tirant sur un vert pomme contrastant dans la sapinière d'une couleur plus profonde. Seule une quarantaine de minutes de route sépare cette zec de la ville de Rimouski, mais le béton et ses tourments semblent bien loin d'ici.

Simon est un homme curieux, joueur. On devine son goût inné, quasi enfantin, de l'exploration. Il est avenant, aime rencontrer l'autre, le connaître. Sitôt installé, il s’empresse de faire un tour de canot pour aller taquiner la truite. La balade devient rapidement une expédition, et il mène l'embarcation vers une embouchure du lac.

La coque du canot effleure le bas-fond alors qu’il se dirige vers de hautes herbes qui, peut-être, cachent un affluent. Rien, finalement. Mais sa curiosité est satisfaite.

Des pêcheurs dans une chaloupe sur un lac.
L’un des ateliers de pêche à la mouche s’est tenu dans la zec Bas-Saint-Laurent.  Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Il a quitté les forces armées il y a six ans. Six années de tumulte pendant lesquelles de dures épreuves ont fait trembler son être. Elles l’ont laissé seul, un sentiment d’échec dans la conscience.

Je me voyais [être militaire] pour 25 ans. Ça fait que, quand il faut que tu sortes parce que t'as des problèmes, là, tu tombes de haut. Et puis après ça, avec la maladie, ça n'a pas toujours été facile. Ça l'est toujours pas.

À 44 ans, Simon recommence à neuf, rebâtit sa vie. Son séjour de pêche est une occasion de reprendre ses esprits. Il est conscient qu’il est encore dans les secousses de son traumatisme. Mais quand il se retrouve ici avec ses camarades et que le calme plat du lac reflète, en teintes de gris et de noir, la silhouette des arbres, il relativise sa situation.

Un vétéran à la pêche.Les échos de son bataillon sont lointains. Mais ils l’habitent toujours. Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Simon a été déployé en Afghanistan. Il a fait partie des dernières missions au sol de l'implication canadienne dans ce conflit, en 2010-2011, au sein du groupement tactique du Royal 22e Régiment. Il faisait partie de la compagnie de parachutistes. Il a connu le combat en première ligne.

« Définitivement, je serai plus jamais la même personne. Ça change ta personnalité, puis ta perspective de la vie d'une façon que tu ne peux pas revenir en arrière, tu peux juste l'accepter, puis vivre avec. »

L’expérience du combat est d’une intensité difficile à saisir. Lorsqu’il en parle, Simon se contente de dire que c’était pareil comme dans les films, le regard un peu fuyant. Il raconte le choc des premiers échanges de tirs, rapidement remplacé par les réflexes développés par son entraînement. Il avait été préparé pendant un an, spécifiquement pour cette mission. C'est ça qui te sauve, tu sais.

Selon un rapport du gouvernement du Canada, environ 7,6 % des vétérans de la force régulière présentent des symptômes liés au trouble de stress post-traumatique. Une étude publiée dans le journal médical BMJ estime cependant ce taux à 12 %. Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Ce type de vécu peut entraîner ce que Guy Boucher, neuropsychologue et psychologue, appelle une blessure de la mémoire. L’évènement se fixe dans une mémoire différente, qui réagit beaucoup plus rapidement et cherche à protéger son hôte. Le cerveau interprète différemment le monde, voit des menaces là où il n’y en a pas. Le traumatisme pulse dans la conscience de façon incontrôlée, entraîne des reviviscences (flashback) de jour comme de nuit.

En situation dangereuse, l’attention est ailleurs, on revit les cascades d’adrénaline suivies de l’ivresse des endorphines, explique Guy Boucher. Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

La victime d’un syndrome de stress post-traumatique cherche alors, à tout prix, à éviter de provoquer les intrusions du traumatisme. Plusieurs s’isolent complètement, tentent de réduire le plus possible les stimuli extérieurs. D’autres recourent à des moyens de compensation qui les détruisent petit à petit : alcool et drogues, dépendances de toutes sortes qui redirigent l’attention et mettent en sourdine, le temps d’une consommation, le hurlement de la mémoire.

D’autres composent différemment avec le traumatisme et cherchent à en reproduire l’intensité. Une fois hors des forces armées, qui carburent à la discipline et l’action, le quotidien devient fade, dénué de couleurs. Quand tu reviens dans le civil, tu sais, t'essayes de chercher ça. Puis il y en a qui prennent des risques exagérés, explique Simon.

Les nuages gorgés d’eau semblent sur le point de céder, mais il ne pleut toujours pas. Plutôt, une brise fraîche fait valser les nuées de moustiques, vaporeuses, autour des pêcheuses et pêcheurs que les insectes ne semblent pas trop incommoder.

Quand on commence à faire du lancer à mouche, ce qui est vital, c'est d'apprendre à sentir sa soie, explique Simon à ceux et celles qui s’initient et dont les lancers, maladroits, mettent en relation pour la première fois la canne et la personne qui lance. L’enthousiasme de Simon pour le partage de ses connaissances avec les néophytes est débordant. Les pêcheuses et pêcheurs à la mouche sont notoirement passionnés par leur art.

Un homme qui tient une canne à pêche.
La pêche à la mouche est souvent associée à une activité méditative.  Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Le murmure de la soie

La pêche à la mouche n’est peut-être pas devenue par hasard l’activité prisée par les vétérans et vétéranes qui cheminent sur le sentier de la guérison. Pêcher impose la patience, demande à l’esprit de se calmer, de ralentir la cadence. Il faut poser des gestes soignés. Le maniement de la canne exige de la concentration, la recherche d’un alignement sur le rythme naturel de l’instrument.

Simon explique : C'est comme la pleine conscience forcée, parce qu'on n'a pas le choix de bien regarder notre environnement pour savoir où lancer la mouche, se concentrer sur notre technique, puis d'observer le fond de la rivière, les courants pour savoir où bien envoyer notre mouche.

La méditation n’est pas très éloignée de cette pratique. Elle implique une attention soutenue, mais sans en forcer la direction. Un regard qui ne se focalise pas, mais qui demeure conscient, dans le moment présent. Une corde ni trop tendue, ni trop lâche.

Des mouches de pêche sur une veste.« On a tous cette même réalité-là. On se retrouve, oui, entre blessés, mais on n’a pas besoin d’en parler. On se comprend », explique Nedia Coutinho, porte-parole de Soigner nos braves par la mouche Canada. Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

C’est quand il vivait à Gatineau que Simon s’est joint à Soigner nos braves. Dans cette région, d’anciens membres des forces armées recrutent leurs pairs, parfois dans la rue, pour les initier à la fabrication de mouches et à la pêche.

C’est un prétexte pour les rassembler, les réunir autour d’une activité commune. Simon était loin de se douter qu’il mettait les pieds dans un monde où la rémission et le sens de la communauté devenaient possibles.

Au fur et à mesure que les amitiés prennent forme, que les savoirs s’échangent, la solitude des membres du groupe devient plus légère. Ils et elles disposent d’un espace hors de leur tumulte intérieur. La partie de pêche, où toutes ces mouches seront mises à l’épreuve, revêt ainsi une importance certaine.

Ça aide à tisser des liens! résume Simon. C'est à force d'en faire que, un moment donné, tu veux faire des belles mouches, tu veux pousser ta perfection, puis, vu qu'il faut que tu te concentres à attacher ton fil, bien tu ne penses pas à tes problèmes.

Quelques membres du regroupement se dispersent sur le territoire pour mettre leur lancer en pratique. Simon, lui, installe son campement pour la nuit. Ce soir, il mangera frugalement. Il n'y aura pas de poisson pour accompagner ses nouilles instantanées. Qu’importe.

Mélodie, dissiper la brume du mal

Mélodie, dissiper la brume du mal

Mélodie, dissiper la brume du mal

Mélodie déjeune en silence au chalet principal. Elle est légèrement en retrait des autres. Ses gestes sont délicats et posés. On sent chez elle une grande sensibilité, presque à fleur de peau. Elle se tient en équilibre entre son monde intérieur et celui qui l'entoure. Son cheminement de psychothérapie remonte à plusieurs années, bien qu’elle n’ait que 26 ans. Sa voix est frêle, son débit, hésitant, légèrement saccadé, mais ses mots sont choisis avec soin.

Mélodie s’est enrôlée au Collège militaire de Saint-Jean en 2017. Quatre ans plus tard, elle a été transférée à Valcartier, où elle a travaillé en finances. Elle a été libérée de ses fonctions en 2023, après un arrêt de travail provoqué par un trouble de stress post-traumatique. Ses symptômes mêlent une profonde anxiété, une crainte de se retrouver en groupe, ainsi que des troubles de concentration et de mémoire.

Bien qu’elle ne souhaite pas révéler la source de son traumatisme, elle sait qu’elle est entourée de personnes bienveillantes, qui l’écoutent sans porter de jugement. Il y a une certaine compréhension de la part des autres. Même si c'est différent. On a les mêmes référents. Le silence qui suit cette phrase est lourd. Sans qu’il soit nommé, le traumatisme pèse dans son discours.

« J'ai eu l’impression de perdre ma carrière, mon plan de vie. »

Mélodie replace une mèche de ses cheveux frisottés et s’ouvre sur son amertume d’avoir dû mettre de côté la vision qu’elle avait de son épanouissement professionnel. Une brume l’a engloutie, emprisonnée. Tu vois rien. Jusqu'où ça va? Tu ne le vois pas. Étant devenue hypersensible, tout ce qu’elle perçoit peut dorénavant déclencher une panique irrépressible.

Des bruits soudains, des odeurs deviennent des catalyseurs de son traumatisme. Pour elle, le danger est imminent, partout et nulle part à la fois. Le sentiment d’être restreinte, coincée, entraîne la claustrophobie. Se retrouver prise dans un embouteillage est un cauchemar. Je pensais que je me sentirais toujours comme ça, laisse-t-elle tomber, la gorge nouée.

« J'étais plus dans l’isolement. Quand j’étais en arrêt de maladie, voir les gens, leur parler, c’était très difficile. »

En 2022, Mélodie était en processus pour quitter les forces armées. À cette époque, se retrouver en groupe constituait un défi en soi. Et le monde de la pêche à la mouche lui était totalement étranger. C’est dans l’appréhension qu’elle s’est initiée à Soigner nos braves, invitée par une collègue.

De semaine en semaine, se joindre au groupe lui permet de mieux gérer son anxiété sociale. Chacun est sur son propre chemin, mais il y a une volonté d’aider, de communauté, d’être ensemble et de se supporter chez les vétérans, explique-t-elle. L’activité hebdomadaire devient une raison de sortir du lit, une façon d’apporter du sens à son quotidien.

La complicité des vétérans et des vétéranes est d’ailleurs palpable sur le site de la zec. Lorsqu’on les voit interagir, à travers leurs références communes, on constate le respect qu’ils et elles ont les uns envers les autres. Entre les échanges, les silences ne sont pas inconfortables. Ce sont des espaces où les gens peuvent simplement être eux-mêmes.

Simon va rejoindre Mélodie et lui propose d’aller explorer le lac Chic-Chocs durant l’après-midi. Des pêcheurs ont eu quelques belles prises ce matin, c’est prometteur. Elle accepte avec joie.

Manier la soie et se retrouver

À cause de la lenteur des pas de Mélodie et Simon, leur avancée dans le lac ressemble à une procession. Leurs pieds cherchent une prise sur le fond avec précaution. L’eau impose sa masse et ralentit leur progression solennelle. Les sons de la nature prennent le dessus. On se laisse bercer par le pépiement des oiseaux, les petites vagues qui caressent le rivage, le souffle du vent de l’est.

Mélodie longe le rivage, de l’eau jusqu’à la taille. Elle sent la soie sous ses doigts, observe le plan d’eau, en scrute les détails pour dénicher l'endroit où se trouverait la truite. Puis vient le lancer.

Une femme à la pêche à la mouche dans un lac.Mélodie se passionne pour la pêche à la mouche depuis son initiation à cette pratique il y a quelques années.  Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Elle projette la canne vers l'arrière. Tout est dans l'épaule. La mouche glisse, quitte son champ de vision, puis tout devient une question de tension, d'écoute, de synchronisme.

Elle sent le moment approprié pour faire le mouvement inverse, sans forcer. Il ne faut pas fouetter la canne : l'essentiel, ici, est de respecter son propre mouvement. Il faut s'harmoniser avec lui. L'attention est entière. Le rythme commande un lâcher-prise.

Le brouillard de son esprit se disperse. Elle observe le monde différemment. La mouche se dépose au bout de sa ligne, qui s'échoue élégamment sur la surface de l'eau. Un pas est fait vers la guérison. Elle recommence.

Une femme tient une canne à pêche.
« Quand on va sur le lac, c’est dégagé, on voit partout. Ça aide à l’aspect méditatif de voir le vent sur l’eau, les petits moustiques, le pollen qui se dépose sur l’eau», souligne Mélodie.  Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Pour moi, il y a un certain calme, un certain silence qui s'installe dans ma tête, puis des fois, je ne pense même plus à pêcher. Je regarde les arbres. Ça me permet d'exister. Elle ajoute : Le bruit des oiseaux, ça devient plus fort que la voix de l’anxiété.

Simon lance sa mouche un peu plus loin. La soie décrit une courbe gracieuse dans les airs. La valse du fil semble se déployer au ralenti. Simon est attentif aux moindres détails. Il est en équilibre, sans effort apparent. Sa mouche sèche ne pèse pas, c’est la soie elle-même qui fournit l’inertie nécessaire au lancer. Son geste est sûr, résultat d’un mouvement mille fois répété. Lui aussi, un lancer à la fois, calme son esprit.

Un homme et une femme pêchent à la mouche.

La lumière embrasse le ciel, les arbres, le lac. Elle n'aveugle pas. Plutôt, elle devient diffuse et vernit chaque détail d'un chatoiement particulier. Le vert clair des feuilles d'un début d'été. Les herbes aquatiques qui ploient et s'enfoncent dans le lac sous la brise qui fait frémir la surface de l'eau. Le gris du ciel qui s’y reflète, déformé. L'eau qui apaise. L’eau qui guérit. Le tableau s'imprime dans la conscience de Simon et vient doucement remplacer ses pensées envahissantes.

On essaye de reprogrammer le cerveau à penser différemment. Puis, pour ça, il faut analyser comment on est, faire un peu de psychanalyse, d'introspection sur nous autres. À la mouche, le fait de se concentrer sur l'environnement, de se concentrer juste sur ça, de faire abstraction du reste, je pense que ça peut aider dans notre vie de tous les jours, avance le vétéran.

« Des fois, on vient avec des pensées un peu obsessives, mais quand on pratique ça, on ne les a pas, ces pensées-là, parce qu’on atteint une certaine zénitude que tu ne pourrais pas avoir avec un médicament. »

Les mouvements répétitifs de la pêche à la mouche, son aspect méditatif et apaisant peuvent contribuer à éliminer les sillons creusés dans l'esprit où s'enfoncent les traumatismes, selon le psychologue Guy Boucher.

Les nombreux passages des souvenirs traumatisants, qui assaillent leur victime sans relâche, ont rendu ces sillons profonds. Il faut les remplir petit à petit, jusqu'à ce que les pensées cauchemardesques ne puissent plus les emprunter. Répétition et concentration sont capitales à cette approche. Il faut revisiter le souvenir, et le transférer de la mémoire traumatique à la mémoire autobiographique, plus saine. Une longue préparation axée sur l’auto-apaisement, la relaxation et la visualisation est nécessaire.

Au sortir de l'eau, on s'interpelle comme on le fait dans une partie de pêche.

– Ça n'a pas trop pogné?

– Non, mais c'est pas grave.

Les yeux de Simon sont plus clairs. Peut-être est-ce la lumière qui a changé. Mais on jurerait qu'il y a quelque chose qui a magnifié son regard. À défaut de le nommer, on continue de parler. Des détails sur la berge. Il y avait une grosse souche, au fond. Ça promettait. Le vent n’était pas trop dérangeant, même si le lancer était plus difficile à réaliser. Et puis, ça faisait fuir un peu les brûlots.

– On va au souper?

La suite du monde

La suite du monde

La suite du monde

Les gouttes qui tombaient petit à petit accélèrent dramatiquement de tempo. La pluie qui se faisait attendre se libère d’un coup, inondant le terrain. Les pêcheurs et pêcheuses qui reviennent de leur sortie s’abritent dans le chalet principal. Certains sont bredouilles, d’autres ont quelques belles truites à présenter à leurs comparses.

Le séjour tire à sa fin. Un dernier rassemblement est organisé. La camaraderie qui s’est développée durant la fin de semaine se fait sentir. Les vétérans et les vétéranes de Québec et de Rimouski s’attablent sans interrompre leurs conversations qui coulent, sous le tambourinement enveloppant des gouttes de pluie sur la toiture de tôle.

Le chemin du retour attend les participants. Mélodie reprend peu à peu son droit d’exister, de faire partie du monde. Le plan, c’est : c’est Mélodie qui décide, affirme-t-elle sans détour, prête à quitter l’observation pour l’implication.

La relation d’aide dont elle a bénéficié s’est transformée en projet de vie. Elle souhaite redonner à son prochain, et est en voie de devenir paire aidante pour les vétérans et les vétéranes. Un retour progressif aux études en travail social est envisagé.

Simon, lui, doit poursuivre sa quête du recommencement et donner à sa vie un nouveau sens. Son intermède dans la zec Bas-Saint-Laurent lui aura permis de souffler un peu.

C'est pas une route facile, mais il y a des belles journées. Des opportunités comme on en a en fin de semaine, ça met du bonheur dans le cœur.

Un homme rit en s'adressant à la caméra.« Tranquillement pas vite, on remonte la pente. C'est un processus, c'est pas une finalité », confie Simon, philosophe. Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Son rire qui éclate ensuite est franc, on sent que la joie qu’il ressent est authentique. Sa lumière, malgré toutes les ombres qui l’ont fait vaciller, se répand, contagieuse.

Avant d’affronter les épreuves du quotidien, Simon rejoindra d’autres membres de Soigner nos braves dans la réserve faunique des Laurentides, au nord de Québec, pour un autre séjour de pêche. De lancer en lancer, il chemine vers la paix intérieure.

De nombreuses ressources sont disponibles pour les vétérans et vétéranes. Pour accéder aux services offerts par le gouvernement, vous pouvez consulter la page suivante : https://www.veterans.gc.ca/fr/services (Nouvelle fenêtre)

Une assistance spécialisée en santé mentale est accessible en tout temps, sans frais, au 1-800-268-7708.

La silhouette d'un homme sur un quai devant un lac.
Des vétérans des forces armées retrouvent petit à petit la paix intérieure grâce à la pêche à la mouche. Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau
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