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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a choisi d'investir massivement dans Nemaska Lithium malgré des « avis défavorables » et des « risques importants » évoqués par le ministère des Ressources naturelles. Le problème majeur, selon l’opposition, c’est le manque de transparence de la part du gouvernement. Miser sur Nemaska pourrait-il quand même s’avérer payant à long terme?
Ce projet est évalué à 4 milliards de dollars; le gouvernement du Québec a déjà injecté 1,2 milliard dans l’aventure. Nemaska exploite la mine Whabouchi, dans le Nord-du-Québec, où se trouve un gisement de lithium, en plus d’une usine de production, à Bécancour, qui aura pour fonction de convertir le concentré de spodumène produit à la mine en hydroxyde de lithium.
L’usine est construite à 70 %, mais le projet, mené par Rio Tinto, qui possède la moitié de Nemaska Lithium, est au ralenti pour une période d'optimisation, selon la direction. À l'heure actuelle, c'est plus de la moitié des 1600 travailleurs du chantier qui sont en congé forcé.
Dans son rapport déposé il y a une semaine, et qui a rebondi à l’Assemblée nationale dans les derniers jours, la commissaire au développement durable évoque des lacunes dans le travail du ministère des Ressources naturelles pour veiller à la réalisation responsable des activités minières liées aux minéraux critiques et stratégiques.
Elle souligne un manque d’efficacité dans les interventions de l’État, alors que les avis déposés au préalable soulevaient une série de risques qui auraient peut-être dû mener à une révision de la stratégie gouvernementale dans le développement du projet de Nemaska Lithium.
Pour la commissaire, il y a plusieurs choses qui clochent dans les choix qui ont été faits par Québec.
D’abord, outre la filière batterie, qui était au cœur de la vision de François Legault et de Pierre Fitzgibbon, le gouvernement n’a pas su démontrer quelles étaient les chaînes de valeur potentielles pour le développement économique en lien avec les minéraux critiques.
En réalité, il n’y en avait que pour la filière batterie. Ce qu’on a vu, c’est qu’il y a eu une concentration de l’énergie vers cette filière-là, disait la commissaire Janique Lambert, à Zone économie, le 7 mai dernier. Et tout le reste semble avoir été négligé.
Par exemple, au sujet de l’exploitation des minéraux critiques, la commissaire souligne dans son rapport qu’on n’a pas assez travaillé sur l’acceptabilité sociale, alors que le ministère exclut d’emblée certaines préoccupations des collectivités, par exemple de nature environnementale, lors de la délivrance d’autorisations.
Elle ajoute aussi qu’on surveille peu les activités d’exploration minière. En entrevue, elle affirmait que seules deux inspections avaient été effectuées sur 402 autorisations de travaux à impacts depuis 2024 au Québec. C’est un faible nombre, a-t-elle dit à Zone économie. C’est peu dire...
Tout cela vient accroître le risque pour le gouvernement de devoir assumer des coûts supplémentaires liés à la restauration de sites miniers en cas de défaut de sociétés minières, écrit-elle dans son rapport.
Beaucoup d’argent public
Et donc, puisque le gouvernement semblait obnubilé par la filière batterie, très peu de balises ont été mises en place pour encadrer le processus de recommandations d’investissements dans les projets miniers à partir du fonds Capital ressources naturelles et énergie.
En 2023, un investissement de 250 millions de dollars américains dans Nemaska était en préparation. Le ministère des Ressources naturelles a alors soulevé des risques importants, susceptibles d’avoir des impacts considérables, notamment sur les coûts et les échéanciers du projet. La version préliminaire de l’avis du ministère prévoyait une recommandation défavorable.
Mais des échanges ont eu lieu entre le ministère de l’Économie (celui de M. Fitzgibbon, à l'époque), Investissement Québec et le ministère des Ressources naturelles. Et un avis favorable avec conditions a alors été envisagé. Mais après de nouveaux échanges, écrit la commissaire, des intervenants du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie ont demandé de retirer les conditions de la recommandation de l’avis sectoriel.
Le ministère des Ressources naturelles a donc remplacé ces conditions par des mesures susceptibles d’atténuer les risques et a émis un avis favorable à l’investissement, sans condition.
La commissaire affirme que les modifications successives aux recommandations dans l’avis sectoriel pour cette demande d’investissement n’ont pas été justifiées et que des considérations liées, par exemple, à la volonté de développer la filière batterie ont influencé la modification de la recommandation dans l’avis sectoriel.
Par la suite, le ministère des Ressources naturelles a recommandé à son ministre d’appuyer sans condition trois demandes d’investissements supplémentaires totalisant environ 672 millions $ US pour ce même projet, alors que des risques importants sont toujours soulevés dans ses avis sectoriels.
C’est donc 922 millions de dollars américains qui ont été investis, soit un peu plus de 1,2 milliard de dollars canadiens.
Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain
Si le gouvernement n’a pas bien fait ses devoirs dans ce dossier, comme le souligne la commissaire au développement durable, doit-on pour autant cesser d’investir dans le projet de Nemaska Lithium et dans l’exploitation et la transformation des minéraux critiques du Québec?
L’échec de Northvolt a été traumatisant pour les Québécois et pour les leaders politiques, notamment la première ministre Christine Fréchette, qui a tout fait pour se dissocier de l’ère Legault en promettant d’être beaucoup moins interventionniste.
En même temps, les élus sont là pour prendre des décisions audacieuses et avisées, qui auront des répercussions pour les prochaines générations. Le Québec serait-il ce qu’il est si les décideurs d’une autre époque n’avaient pas osé créer Hydro-Québec et nationaliser l’hydroélectricité, de même que lancer la Régie des rentes du Québec et la Caisse de dépôt et placement?
Quand on voit le premier ministre du Canada, Mark Carney, annoncer qu’il souhaite doubler la production d’électricité au Canada au cours des 25 prochaines années, on doit se rappeler que la transition énergétique est toujours en cours, malgré les reculs des derniers mois à la suite du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Doubler la production d’électricité nécessitera une hausse du côté des énergies renouvelables. Ainsi, dans une optique d’électrification des transports et de l'économie, les minéraux critiques demeurent absolument névralgiques. Ils sont également essentiels dans la défense, où le Canada va investir massivement, et dans le développement de l’intelligence artificielle, avec les puces graphiques et les centres de données.
À quelques mois des élections, les partis d’opposition, qui ont raison de questionner le gouvernement sur sa transparence dans le dossier de Nemaska, gagneraient à nous expliquer leur propre stratégie en matière de transition énergétique.
Il serait dommage que le rapport de la commissaire au développement durable mène à jeter le bébé avec l’eau du bain. On y trouve des constats clés pour cheminer vers une stratégie claire, détaillée et avisée sur l’exploitation de nos minéraux critiques, sur les filières d’avenir et les stratégies d’investissement de l’État.


3 weeks ago
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