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Trump rattrapé par les interrogations sur son état de santé

5 hours ago 7

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Donald Trump est devenu, à 78 ans et 220 jours, le président le plus âgé à prêter serment lors de son retour au pouvoir, en janvier 2025.

Certains changements physiologiques et comportementaux qu’on observe chez lui alimentent les spéculations, allant de questions légitimes jusqu’aux théories les plus loufoques.

Une situation qui a été amplifiée par les explications parfois contradictoires, voire farfelues, fournies par son administration.

Des manifestations visibles de l’âge

Le locataire de la Maison-Blanche – qui dit dormir peu, admet trouver l’exercice physique ennuyeux, affiche une prédilection pour la restauration rapide et le cola diète et présente un indice de masse corporelle élevé – semble jouir d’une génétique favorable : sa mère et son père sont morts respectivement à 88 et 93 ans.

Malgré les dénégations officielles, celui qui a célébré son 80e anniversaire le mois dernier présente des signes évidents de l’âge – ce que reconnaissent en privé des personnes de son entourage.

Les ecchymoses sur ses mains, souvent recouvertes de maquillage ou de bandages, comptent parmi les signes les plus visibles.

Gros plan de la main droite de Donald Trump, maquillée de façon à camoufler une marque.

La main droite de Donald Trump, maquillée de façon à camoufler une marque, le 19 mai 2026.

Photo : Getty Images / KENT NISHIMURA/AFP

La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a d’abord attribué les contusions sur sa main droite à de très nombreuses poignées de main, avant que la gauche n’en présente à son tour, en début d’année. Il a heurté le coin d’une table, a alors soutenu la Maison-Blanche.

Donald Trump a lui-même expliqué ces marques par la prise quotidienne de 325 milligrammes d’aspirine – soit quatre fois la faible dose généralement prescrite.

Ces ecchymoses, un effet secondaire possible de l’aspirine, sont compatibles avec une irritation mineure des tissus mous liée à des poignées de mains fréquentes dans le contexte d’une prise d’aspirine à des fins de prévention cardiovasculaire, a affirmé son médecin, le capitaine de la marine Sean Barbarella, dans des sommaires médicaux rendus publics en juillet 2025 et en mai 2026.

On dit que l’aspirine est bonne pour fluidifier le sang, et je ne veux pas de sang épais qui coule dans mon cœur, s’est justifié Donald Trump au Wall Street Journal.

Gros plan d'un pied et d'une cheville de Donald Trump avec, en avant-plan, ceux de Mark Carney.

Les chevilles de Donald Trump sont enflées, comme le montre cette photo prise lors de la visite du premier ministre Mark Carney, le 7 octobre 2025.

Photo : Reuters / Evelyn Hockstein

Ses chevilles sont enflées, un signe que son médecin attribue à une « insuffisance veineuse chronique » – une affection fréquente chez les personnes âgées. Il porte aussi des chaussures plus confortables que par le passé.

Si le président s’adresse fréquemment aux médias du bureau ovale, il le fait désormais assis plutôt que debout derrière un lutrin, comme lors de son premier mandat. Sa démarche semble également moins assurée.

Il paraît avoir parfois de la difficulté à entendre les questions des journalistes. Des sources du Wall Street Journal affirment d’ailleurs devoir désormais parler plus fort en sa présence.

Un épisode survenu en juin a par ailleurs soulevé des questions sur sa dextérité. Après une trentaine de secondes d’essais infructueux pour attacher le fermoir derrière le cou d’un militaire lors d’une remise de la Médaille d’honneur, il a finalement formé une boucle avec le ruban.

Une somnolence apparente

Selon une analyse du New York Times publiée en novembre 2025, ses journées de travail se sont nettement raccourcies. Durant les dix premiers mois de son second mandat, ses engagements publics débutaient en moyenne à 12 h 08, soit près d’une heure et demie plus tard qu'à la même époque en 2017.

Autre constat du quotidien : son calendrier comptait l'an dernier près de 660 événements de moins qu'en 2017.

En outre, les épisodes où le président américain semble peiner à rester éveillé se multiplient.

Celui qui avait surnommé son prédécesseur Joe l’endormi ferme souvent les yeux pendant de longues secondes lorsque d’autres personnes prennent la parole – lors d’annonces officielles ou de rencontres du Cabinet – ou quand il assiste à certains événements publics.

Longtemps restés muets face au déclin de Joe Biden, les démocrates tentent désormais cet angle d’attaque contre leur adversaire.

Le président des États-Unis ne va pas bien. Nous pouvons le constater de nos propres yeux. Il a énormément de difficulté à rester éveillé dans l’exercice de ses fonctions.

Le président américain et la Maison-Blanche oscillent entre dénégations et justifications : réunions ennuyeuses, technique de relaxation, signe d’une écoute active ou mauvaise foi des journalistes.

Sur l’un de ses comptes officiels, la Maison-Blanche a attaqué un journaliste qui a publié une photo montrant le président apparemment assoupi lors d’une annonce officielle, en mai dernier.

Il clignait des yeux, espèce d'imbécile fini.

La scène avait pourtant duré une quinzaine de secondes.

Des questions sur sa santé cognitive

À bord d'Air Force One, Donald Trump montre quelqu'un du doigt devant des journalistes.

Donald Trump a lancé « Tais-toi, la truie! » à une journaliste qui lui posait une question sur le dossier Epstein à bord d'Air Force One, le 14 novembre 2025.

Photo : Getty Images / JIM WATSON

Les lapsus sont aussi plus nombreux. Par exemple, lors de son discours à Davos, en janvier, Donald Trump avait réaffirmé ses visées sur le Groenland en le désignant à plusieurs reprises comme l’Islande.

Au plus récent sommet de l’OTAN, il a affirmé que la République islamique du Japon – au lieu d’Iran – avait lancé une série de missiles vers un porte-avions américain.

Déjà peu enclin à la retenue, il fait par ailleurs preuve d’une plus grande désinhibition verbale dans son deuxième mandat. Il a par exemple intimé à une journaliste de se taire en la traitant de « truie » et s’est réjoui de la mort du procureur spécial Robert Mueller.

Le chef de l’État américain s’est même dit prêt à anéantir une « civilisation entière », après avoir menacé, à coups de vulgarités et de jurons, de bombarder des infrastructures civiles iraniennes.

Mardi sera le Jour de la centrale électrique et le Jour du pont, tout en un, en Iran. [...] Ouvrez ce putain [fuckin’] de détroit, bande de bâtards cinglés, ou vous vivrez en enfer — REGARDEZ BIEN! Loué soit Allah.

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, certains médecins ont dit voir dans cette tendance à s’exprimer sans filtre un possible affaiblissement des mécanismes d’inhibition, parfois associé à certains troubles neurocognitifs.

Une analyse du Washington Post publiée en mai 2026 montre un recours à un langage cru et aux insultes nettement plus marqué ainsi que des propos plus décousus. Dans la première année et demie de son premier mandat, environ 40 % de ses allocutions contenaient au moins un terme vulgaire. À période égale depuis son retour au pouvoir, la proportion a bondi à 93 %.

Le Washington Post note également une forte hausse des coq-à-l’âne dans ses allocutions : leur nombre médian est passé de 10 à près de 40.

L’une des digressions les plus commentées est survenue en mars, lors d’une cérémonie de remise de la Médaille d’honneur, peu après le lancement de l’offensive en Iran. Prenant la parole pour la première fois sur ce conflit, qui avait alors coûté la vie à six militaires américains, il s’était longuement attardé sur les rideaux dorés de la pièce et la future salle de bal.

Une trentaine de professionnels de la santé, dont des psychiatres, qui ne l’ont pas examiné ont écrit au Congrès pour signaler ce qu’ils perçoivent comme un déclin qui s’aggrave rapidement.

Plusieurs démocrates, mais aussi l’ex-représentante républicaine Marjorie Taylor Greene, ont pour leur part pressé le Cabinet de Donald Trump– particulièrement après ses menaces visant l’Iran – d'invoquer le 25e amendement de la Constitution, qui permet d'écarter du pouvoir un président jugé inapte à gouverner.

En entrevue au New York Magazine, Donald Trump a assuré ne pas être atteint d’alzheimer, dont a souffert son père à la fin de sa vie. Selon le média new-yorkais, il s’est toutefois tourné vers sa porte-parole pour qu’elle lui rappelle le nom de la maladie.

De nombreux examens médicaux

Donald Trump descend l'escalier d'un hélicoptère militaire tandis que deux soldats en uniforme le saluent.

Le président américain, Donald Trump, arrive au centre médical militaire national Walter Reed, à Bethesda, au Maryland, pour une évaluation médicale, le 10 octobre 2025.

Photo : Reuters / Kent Nishimura

À l’issue de l’évaluation médicale du président américain réalisée à la fin mai, le Dr Sean Barbarella a assuré que son patient demeure en excellente santé, avec de solides fonctions cardiaques, pulmonaires et neurologiques.

Mais la fréquence inhabituelle des visites médicales de Donald Trump à l’hôpital militaire Walter Reed – quatre depuis avril 2025 – contribue à alimenter les questions sur sa santé. En l’absence d’un problème particulier, les présidents s'y rendent habituellement une fois par an.

Le dernier compte rendu médical fait état de 22 spécialistes – un record –, sans préciser leur spécialité ni les raisons des consultations. C’est plus que les 14 spécialistes consultés lors de son évaluation d’avril 2025.

Le cardiologue Jonathan Reiner, qui a suivi l’ancien vice-président américain Dick Cheney, s’est interrogé sur une deuxième tomodensitométrie quelques mois après celle d’octobre. Ce test n’est généralement pas represcrit aussi rapidement, sauf en cas de résultat suspect à l’examen initial, a-t-il expliqué sur X.

On ignore en outre si la liste de médicaments rendue publique – aspirine et deux comprimés contre le cholestérol – est exhaustive. Interrogée par le Washington Post sur l'absence d’un médicament contre la perte de cheveux mentionné dans les rapports médicaux communiqués pendant le premier mandat, la Maison-Blanche est restée évasive.

Le présent rapport fait état de tous les médicaments dont la divulgation est jugée cliniquement pertinente à l'heure actuelle.

Sa réponse laisse en suspens la possibilité que d'autres médicaments ne soient pas divulgués.

Le Dr Reiner et d’autres médecins qui n’ont pas examiné le président jugent d’ailleurs les informations rendues publiques incomplètes, relevant par exemple l’omission des nombreux épisodes où Donald Trump semble assoupi.

Tout comme les démocrates, ils s’interrogent sur le recours fréquent au Montreal Cognitive Assessment (MoCA), un test cognitif que Donald Trump présente à tort comme un examen de haut niveau.

Le président américain dit l’avoir passé à trois reprises depuis avril 2025, après s’y être soumis en 2018, affirmant avoir obtenu chaque fois un résultat parfait qui atteste d’une extrême intelligence.

Le MoCA, qui demande par exemple d’identifier trois animaux ou de répéter des phrases, est plutôt un outil de dépistage des troubles cognitifs légers.

[La Maison-Blanche] doit expliquer pourquoi Donald Trump se rend si souvent à l’hôpital et pourquoi on lui fait passer des tests cognitifs. Le peuple américain mérite de connaître la vérité.

On voit un questionnaire montrant notamment un cheval, un tigre et un canard.

Une des versions (en français) du Montreal Cognitive Assessment (MoCA), utilisé pour dépister des déclins cognitifs légers.

Photo : https://www.ciusss-capitalenationale.gouv.qc.ca

Une perception qui évolue

Tous ces éléments ont somme toute attiré moins d’attention médiatique que les signes de vieillissement de Joe Biden. Les détracteurs du chef de file républicain accusent d’ailleurs les médias américains de complaisance.

Jusqu’ici, les Américains se montrent toutefois moins sévères à l’égard de leur président actuel qu’ils ne l'étaient envers son prédécesseur démocrate, contraint de mettre un terme à sa campagne présidentielle de 2024, après un débat désastreux venu renforcer les doutes sur ses capacités cognitives.

Leurs perceptions tendent toutefois à changer.

Deux hommes combattent dans un ring octogonal devant une foule, avec à l'avant-plan le mot « liberté ».

Pour ses 80 ans, le 14 juin 2026, Donald Trump s'est offert un gala d’arts martiaux mixtes sur la pelouse de la Maison-Blanche. Une mise en scène musclée, à l’image de la force que cherche à projeter le président américain au moment où se multiplient les interrogations sur sa santé.

Photo : Reuters / SAUL LOEB

D’après un sondage Reuters–Ipsos* publié en février dernier, 61 % des Américains – dont près du tiers des républicains – croient que Donald Trump devient incohérent avec l’âge.

Selon un sondage du Pew Research Center mené en avril 2026, une majorité d’Américains (56 %) sont en désaccord avec l’affirmation Donald Trump est alerte mentalement, un chiffre en augmentation constante depuis sa réélection en novembre 2024.

Le changement le plus marqué s’observe chez ceux qui estiment que cette description ne s’applique pas du tout. Leur proportion est passée de 27 % à 38 % en moins d’un an et demi.

Une série de sondages du Washington Post/ABC News–Ipsos publiés depuis septembre 2025 constate la même tendance, tant à l’égard de ses capacités cognitives que de sa santé physique.

Selon le plus récent, publié en mai, une majorité d’Américains estime désormais qu’il ne possède ni l’acuité mentale (59 %) ni la santé physique (55 %) nécessaires pour exercer efficacement ses fonctions.

Plus d’énergie qu’un simple mortel

Insistant sur un emploi du temps chargé et des apparitions publiques fréquentes, ses collaborateurs le décrivent sur toutes les tribunes comme un bourreau de travail à la vitalité exceptionnelle – voire digne d'une divinité.

Il peut travailler plus fort, il a une meilleure mémoire, plus d’endurance et plus d’énergie qu’un simple mortel, a affirmé son conseiller Stephen Miller à un journaliste du New York Magazine, en lui suggérant de titrer son article Le président surhumain.

Une image générée par intelligence artificielle où Donald Trump regarde en souriant un jeune Donald Trump à peine sorti de l’adolescence sous le message « Même gars. Encore plus d’énergie maintenant! »

Une image générée par intelligence artificielle et publiée sur Truth Social en mai 2026 montre Donald Trump regarder en souriant une version beaucoup plus jeune de lui-même sous le message « Même gars. Encore plus d’énergie maintenant! »

Photo : https://truthsocial.com/@realDonaldTrump

Donald Trump cherche lui-même à projeter cette image. Le président Trump RAJEUNIT, a-t-il clamé en mai sur sa plateforme, Truth Social, au-dessus d’une photo de lui aux côtés du président chinois, Xi Jinping.

Même gars. Encore plus d’énergie maintenant! affirme une autre image, générée par intelligence artificielle, où il regarde en souriant un jeune Donald Trump à peine sorti de l’adolescence.

Autant de signes que le président et son équipe semblent bien conscients du regard que porte un nombre croissant d’Américains sur son âge et son état de santé.

Méthodologie des sondages mentionnés

  • Reuters–Ipsos : sondage en ligne mené auprès de 4638 adultes du 18 au 23 février 2026, avec une marge d’erreur de 2 points de pourcentage
  • Pew Research Center : sondage en ligne et téléphonique réalisé auprès de 5103 personnes du 20 au 26 avril 2026, avec une marge d’erreur de 1,6 point de pourcentage
  • Washington Post/ABC News–Ipsos : sondage mené auprès de 2560 adultes du 24 au 28 avril 2026, avec une marge d’erreur de 2 points de pourcentage
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