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Les élus du Québec vous ressemblent-ils?

8 hours ago 8

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Le profil type des députés élus au Québec s'est diversifié depuis 1923. Mais à quel point sont-ils aujourd'hui le reflet de la population qu'ils représentent?

Ils lui ressemblent suffisamment pour qu’on soit satisfaits de l’état actuel des choses, lance d’entrée de jeu Marc André Bodet, professeur titulaire en science politique à l'Université Laval.

Il y a de l'amélioration à apporter, c’est sûr, nuance-t-il. Mais, lorsqu'on se compare, on peut quand même être fiers de ce que nous renvoie l'Assemblée nationale en termes de représentation.

L’avancée la plus notable, selon lui : la place des femmes au sein de la députation québécoise, qui a rejoint la zone paritaire aux précédentes élections générales.

Lorsqu'on s'imagine une personne qui fait de la politique, on va plus souvent s’imaginer un homme, intervient Joanie Bouchard, professeure adjointe à l'École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, même si, depuis 2018, on est allé chercher une représentation supplémentaire des femmes en politique.

C’est aussi pourquoi la Coalition avenir Québec et Québec solidaire ont la part de femmes élues la plus élevée. Ils ont fait élire la majorité de leurs députés à une époque où la parité est devenue une préoccupation des partis dans la sélection de leurs candidats.

Autre constat : l'âge « avancé » des députés.

L’âge moyen d’un élu au Québec, entre 1923 et 2022, est de 48 ans. La moyenne d’âge est quelque chose qui demeure assez stable au fil du temps, constate Joanie Bouchard.

Quand on regarde seulement l’année de naissance, on a l’impression que ça ne varie pas tant, souligne à son tour Marc André Bodet. Mais quand on s’intéresse à l’état de santé ou à la perception de l’âge, on a des assemblées plus jeunes aujourd’hui que par le passé.

Avoir 50 ans en 2026, ce n’est pas comme avoir 50 ans en 1923. Donc, pour moi, la députation est plus jeune aujourd’hui.

L’âge moyen d’un député est supérieur à 40 ans pour tous les partis, mais est fortement influencé lui aussi par le nombre d’élus envoyés à l’Assemblée nationale au fil du temps.

Marc André Bodet soulève par ailleurs un effet de cohorte lié aux réélections.

Au Québec, les députés sont élus, en moyenne, pour 2,4 mandats.

Tout le monde vieillit en même temps, souligne-t-il. Avec les doubles mandats, on observe souvent une petite montée de l’âge moyen, suivie d’un remplacement générationnel, contrairement à la population québécoise, dont l'âge moyen est en progression constante depuis 50 ans.

L’évolution du « député type »

L’homme d’âge mûr est ainsi un profil fréquemment vu en politique québécoise.

Mais au genre et à l’âge s’ajoute le parcours professionnel, qui peut être tout aussi déterminant pour faire sa place jusqu’à l’Assemblée nationale.

C’est beaucoup moins homogène que ce l’était par le passé, soutient Marc André Bodet. Mais il demeure que certains secteurs de la société sont surreprésentés.

Voici à quoi ont ressemblé les députés au fil des décennies.

En règle générale, les élus proviennent des couches de la société les plus privilégiées, remarque la professeure adjointe à l'École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, Joanie Bouchard.

C’est pourquoi on observe, par exemple, cette surreprésentation de députés issus du domaine du droit. Un grand classique qu’on voit encore de nos jours, rappelle-t-elle.

Mais les temps ont aussi changé.

Je ne pense pas qu’en 1923, un parti se disait qu’il avait besoin d’une certaine diversité, d’une mixité sociale, souligne Joanie Bouchard.

Ça ne faisait pas partie de leurs préoccupations, croit-elle, contrairement à aujourd’hui.

Les objectifs des partis en matière de recrutement ont beaucoup changé. Les mœurs sociales aussi. Tout ça mène à une certaine diversification du profil de l’élu type.

Résultat : les six parcours professionnels les plus courants chez les parlementaires il y a 100 ans ont perdu en importance, la catégorie Autres professions passant d’environ 20 % en 1923 à plus de 70 % en 2022.

Lorsque l’État s’est investi dans la vie sociale au Québec, notamment dans le système d’éducation, on a vu au fil du temps apparaître une certaine démocratisation de la fonction politique, qui n’était plus nécessairement réservée à des notables, de père en fils, reprend Joanie Bouchard.

Un point de vue que partage Marc André Bodet.

Il y a un capital familial qui peut être encore très utile, aujourd’hui, convient-il, mais avec la modernisation du Québec et le financement politique, on est passé de l'une des sociétés les plus affectées par l'avantage donné par les liens familiaux à une société où il n’y en a presque plus.

La dynastie des Johnson a porté au pouvoir trois premiers ministres, Daniel Johnson père et ses deux fils Pierre Marc et Daniel, alors que la première femme élue députée au Québec, Claire Kirkland-Casgrain, a remplacé son père, décédé la même année.

Un miroir de la société

Un des idéaux démocratiques, c'est l’idée que nos élus sont un miroir de la population au chapitre du profil sociodémographique, illustre la professeure adjointe Joanie Bouchard.

Pourquoi? Pour que les sujets débattus à l'Assemblée nationale soient représentatifs des enjeux de l’ensemble des citoyens qu’elle représente.

Il y a une raison de principe, appuie Marc André Bodet. Ce sont nos représentants. Ils sont supposés prendre nos idées, nos préférences et nos valeurs et les amener dans le débat public.

Qu’en est-il aujourd’hui?

Les députés les plus récemment entrés à l’Assemblée nationale, en 2022, ressemblaient-ils à ceux qui les ont élus cette année-là?

En termes d'asymétrie, c’est avec l'éducation qu’on le ressent le plus, affirme Marc André Bodet.

Presque quatre parlementaires sur cinq ont fréquenté l’université (78,4 %), alors que ce n’est le cas que du tiers des Québécois âgés de 25 à 64 ans (33,4 %), selon les données du recensement de 2021.

Quant au genre, la population québécoise est composée d’un nombre égal d'hommes et de femmes, contrairement à la députation de la province.

Les recherches démontrent que les sociétés qui passent au-dessus du seuil de 50 % retombent rarement sous la parité par la suite, indique Marc André Bodet.

On y est presque, souligne l'expert.

D’autres pans de la population n’étaient pas représentés non plus à l’Assemblée nationale en 2022 : les plus jeunes et les personnes âgées.

Est-ce que j’aimerais qu’il y ait plus de jeunes à l'Assemblée? Oui, répond-il.

Mais, parmi les défis de représentations de l'Assemblée nationale, ce n’est certainement pas le plus important, soutient Marc André Bodet. On n’est quand même pas dans une gérontocratie au Québec.

On a relativement peu de jeunes de 18 à 30 ans, oui, mais pas tant de très vieux non plus. Les carrières politiques se font dans une fenêtre assez courte.

D'ailleurs, l'âge moyen augmente depuis 50 ans au Québec et a atteint 42,8 ans en 2022. La tendance à l'Assemblée nationale semble ainsi suivre celle observée dans la population québécoise.

L’angle mort de la diversité

Les données de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec sur les députés ne contiennent toutefois pas d’information sur les élus racisés. On sait seulement s’ils sont nés au Québec ou ailleurs.

Le pays d’origine ne veut pas dire grand-chose, déplore Marc André Bodet.

Au fil du temps, les députés nés au Québec ont siégé en majorité à l’Assemblée nationale.

Les élus nés à l’extérieur de la province provenaient surtout du reste du Canada ou des États-Unis il y a 100 ans, alors qu’ils sont plutôt originaires de l’étranger en 2022.

Selon Marc André Bodet, le manque de diversité à l'Assemblée nationale serait directement lié à l’âge avancé de ses députés.

On a une Assemblée qui n'est pas représentative du Québec plus jeune, dit-il. Or, la population de moins de 40 ans est beaucoup plus diversifiée. Il y a un moment où cette réalité va rejoindre l’Assemblée, mais avec du retard.

C’est important, car les groupes minoritaires ou marginalisés ont besoin de champions à Québec, ajoute le professeur titulaire.

Plus on a une bonne représentation, plus on a de chances d’attirer des talents qui, autrement, se seraient dit : "La politique, ce n’est pas pour moi".

Et comme on veut des candidats de qualité, on veut s’assurer que personne ne se dit ça, précise-t-il. C’est la raison pour laquelle il faut viser une Assemblée nationale qui parle à tout le monde.

Et maintenant?

Marc André Bodet évalue à 10 à 15 ans le décalage entre la société et ses élus.

Historiquement, on remarque que, lorsque le Québec change, l'Assemblée nationale change au bout d'une dizaine d’années, confirme l’expert. Il existe toutefois des mécanismes pour faire bouger les choses plus rapidement, à commencer par une réforme du mode de scrutin.

Avec la représentation proportionnelle mixte, par exemple, des députés sont élus au scrutin et d'autres sont choisis pour pourvoir des sièges de compensation en proportion des suffrages obtenus par chacun des partis.

Si on passait à un système proportionnel de listes, les partis politiques auraient la possibilité d'organiser leur liste [de députés de compensation] pour assurer une représentation plus complète, insiste Marc André Bodet.

Une autre possibilité, selon lui : augmenter la taille de la Chambre, à 200 députés, avec de plus petites circonscriptions où des populations sous-représentées pourraient l’emporter.

Il faut mesurer si l'inconfort causé par ce décalage-là est suffisant pour vivre avec les conséquences additionnelles d’un changement institutionnel, prévient-il toutefois.

Les règles institutionnelles sont très importantes quand vient le temps d’attirer les candidatures en politique, mais aussi de s’assurer qu’une Assemblée ressemble à la population qu’elle veut représenter.

Dans une culture politique nord-américaine, avec un mode de scrutin comme le nôtre, qu’on soit déjà arrivé à une zone de parité, c’est une très bonne nouvelle, conclut l’expert. En ce sens-là, il faut être optimiste pour les autres formes de sous-représentations des autres groupes.

Une nouvelle cohorte de députés fera son entrée à l'Assemblée nationale dans les prochaines semaines, alors que des élections générales seront déclenchées d’ici la fin du mois au Québec.

Méthodologie

Les données sont tirées de la base de données sur les parlementaires du Québec, alimentée par la Bibliothèque de l’Assemblée nationale selon les informations déclarées volontairement par les élus.

L’analyse porte sur les députés élus lors des élections générales, de 1923 à 2022. On ne tient donc pas compte des élections partielles ni des députés qui ont changé d'allégeance politique en cours de mandat. Un même député est sinon comptabilisé à chacune des élections où il a été élu, puis réélu.

Pour ce qui est des députés nés à l'extérieur du Québec, seuls la province canadienne ou le pays d'origine sont indiqués, ce qui ne permet pas de déterminer leur ethnicité. Au Québec, il n’y a que les citoyens canadiens âgés d'au moins 18 ans et résidant au Québec depuis au moins six mois qui peuvent se porter candidats et être élus députés.

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