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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes partisans MAGA les plus endurcis se sentent-ils « trahis » par la guerre en Iran? L’administration de Donald Trump aurait-elle oublié sa doctrine America First, qui priorise les intérêts américains avant ceux de l’étranger?
Alors que les États-Unis en sont à la troisième semaine de leur intervention en Iran, la colère gronde dans l’écosystème du mouvement Make America Great Again (MAGA). Plusieurs personnalités de la droite républicaine aux États-Unis dénoncent cette guerre menée par les Américains aux côtés d’Israël.
D’après Reece Peck, professeur associé au College of Staten Island, l’opinion au sujet du conflit au Moyen-Orient est d'abord divisée selon une ligne de faille générationnelle.
Le spécialiste en communication politique souligne que les républicains plus âgés, issus d’un conservatisme plus traditionnel et adeptes de chaînes traditionnelles comme Fox News, perçoivent positivement le conflit en Iran. Cependant, la frange plus jeune du mouvement de droite, qui s’informe beaucoup auprès d'influenceurs et que l’on retrouve principalement en ligne, est présentement déchirée par la question.
Même l'animateur Joe Rogan, qui a soutenu Donald Trump lors de sa réélection en 2024 et qui l’a reçu pendant plus de trois heures à son populaire balado, peine à comprendre ce qui motive les décisions du président républicain depuis son retour en poste.
Dans la foulée de la réélection de Donald Trump, plusieurs influenceurs MAGA ont véhiculé la doctrine America First auprès de leur auditoire. Finis les conflits interminables au Moyen-Orient ou encore le soutien onéreux à la guerre en Ukraine. Le président s’était d’ailleurs autoproclamé candidat de la paix durant la campagne électorale de 2024.
L’une des promesses phares de Donald Trump était de prioriser les intérêts des États-Unis avant toute chose, rappelle Victor Bardou-Bourgeois, chercheur en résidence à l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand.
Aux yeux de beaucoup de membres de la faction MAGA, c’est une trahison de la part du leader du mouvement, indique-t-il, en référence à cette guerre en Iran. On se demande en quoi ça sert les intérêts des États-Unis de lancer une offensive de la sorte.

Un panache de fumée s'élève sur la capitale iranienne, Téhéran, le 3 mars 2026. Les États-Unis voient leur « excursion » en Iran comme une façon de placer l’« Amérique d’abord » en prévenant une attaque du régime islamique.
Photo : Getty Images / AFP / ATTA KENARE
D’autant plus que les États-Unis sont intervenus une première fois en Iran aux côtés d’Israël à l’été 2025. Donald Trump avait affirmé que l’opération très réussie d’une douzaine de jours avait totalement détruit les trois sites nucléaires visés. Or, l'argument nucléaire est à nouveau invoqué pour justifier cette deuxième offensive.
Puis, en janvier dernier, l’intervention américaine au Venezuela, qui s’est soldée par la capture du président Nicolas Maduro, avait soulevé d’autres interrogations au sein du mouvement MAGA. Mais les deux opérations militaires s’étaient réglées rapidement, contrairement au conflit actuel en Iran, et avaient eu des répercussions limitées sur le prix de l’essence et sur l’humeur des Américains.
Plusieurs personnalités sont en colère non seulement parce qu’il s’agissait de la rhétorique de campagne de Donald Trump, mais parce que leur propre branding et leur propre conservatisme reposaient sur ce message antiguerre. Aujourd’hui, ces influenceurs sont éclaboussés par le conflit après avoir soutenu le président.
En conséquence, les insultes en ligne fusent entre plusieurs personnalités de droite qui s'opposent sur la question. Avec la bénédiction de Donald Trump, les influenceurs Laura Loomer et Mark Levin, notamment, s’en prennent agressivement à ceux et celles qui dénoncent la stratégie américaine en Iran.

L’ex-élue républicaine Marjorie Taylor Green, aujourd’hui en froid avec Donald Trump, l’a accusé d’avoir menti sur la destruction des capacités nucléaires de l’Iran et de placer « l’Amérique après ».
Photo : Reuters / Bill O'Leary
Par ailleurs, cette guerre permet de révéler un autre point contentieux au sein de la coalition MAGA : la relation de proximité entre les États-Unis et Israël. Des influenceurs aux propos ouvertement antisémites rejettent fortement cette guerre menée conjointement avec l'État hébreu.
Dans l'esprit de l’extrême droite américaine, qui est fondamentalement antisémite, on y voit la preuve que, d’une part, il y a bel et bien un complot juif qui tirerait les ficelles à Washington, mais aussi que Donald Trump serait lui-même compromis, analyse Victor Bardou-Bourgeois.
Reece Peck estime que ces influenceurs d’extrême droite camouflent leur antisémitisme sous leurs critiques des actions d’Israël, qui bombarde l’Iran, mais aussi le Liban dans le cadre de cette opération militaire.
[Ils] exploitent des sentiments très légitimes, comme le dégoût ou le scepticisme de la population envers une intervention militaire au Moyen-Orient, pour ensuite les articuler d’une manière très réactionnaire avec leur discours sur la race.
Ainsi, l’influenceuse Candace Owens accuse le président d’avoir trahi l’Amérique au profit d’Israël, alors que la figure d’extrême droite Nick Fuentes encourage désormais son auditoire à ne pas voter aux élections de mi-mandat, ou encore à carrément voter démocrate.
Des répercussions concrètes sur les électeurs américains
L’intervention américaine en Iran est l’une des guerres les moins populaires de l’histoire récente aux États-Unis, fait remarquer Reece Peck. Des sondages publiés par l’Iniversité Quinnipiac, Ipsos et CNN, entre autres, démontrent qu’une majorité de la population américaine s’oppose à cette guerre. La crainte de voir le pays s’embourber en Iran est également répandue.
Les Américains en ont assez des interventions militaires, spécialement au Moyen-Orient, indique le professeur qui observe de près le mouvement MAGA. L’invasion en Irak [en 2003] a radicalisé une génération complète de millénariaux qui détestent la guerre.
Selon le New York Times, les six premiers jours de cette intervention auraient coûté à eux seuls plus de 11,3 milliards de dollars américains aux États-Unis. Donald Trump offre peu de réponses claires concernant l’évolution de ce conflit, indiquant qu’il y mettrait fin quand il le sentira « dans ses tripes ». Pour sa part, l’Iran promet une guerre d’usure et poursuit ses attaques contre les bateaux pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
La situation a forcé les membres de l’Agence internationale de l’énergie, dont le Canada fait partie, à puiser dans ses réserves stratégiques afin d’atténuer la perte de millions de barils chaque jour en provenance du golfe Persique.
Pendant ce temps, le prix du baril de pétrole dépasse désormais les 100 $ US, alors qu’il avoisinait les 72 $ US la veille du lancement des opérations américaines en Iran, le 27 février dernier. Il s’agit d’un sommet depuis l’été 2022.
Cette incertitude politique et économique a des conséquences tangibles dans le quotidien de l’électorat américain, souligne Victor Bardou-Bourgeois.
Si vous n’êtes pas capable de bien défendre l'intervention militaire auprès de la population, que ça se reflète après ça au prix de l’essence à la pompe, que vous n’avez pas réussi à réaliser vos promesses de faire baisser le prix des loyers, de l'épicerie, ça devient difficile de convaincre les gens de voter pour vous.
Danger à l'approche des élections de mi-mandat?
La guerre en Iran pourrait s’avérer coûteuse pour le Parti républicain aux prochaines élections. D’ailleurs, le vice-président J.D. Vance, et probable candidat à l’investiture en 2028, est resté plutôt discret sur le sujet, s’étant lui-même fait élire sur des politiques anti-interventionnistes.
Le chercheur Victor Bardou-Bourgeois se demande si des candidats républicains aux élections de mi-mandat qui auront lieu cet automne ne tenteront pas de se distancier du président afin de préserver leurs chances d’être élus.
Les législatives de novembre prochain, où l'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et le tiers de ceux du Sénat seront en jeu, décideront du contrôle du Congrès américain et pourraient changer la suite du mandat présidentiel.

Donald Trump ne s’en fait pas outre mesure avec les voix dissidentes au sein de son mouvement : « MAGA, c’est Trump et MAGA aime ce que je fais. », a-t-il déclaré.
Photo : Reuters / Carlos Barria
Selon Reece Peck, la coalition politique de Donald Trump commence à s’effriter et seuls les plus convaincus et les plus fidèles de la base MAGA continuent à soutenir le président.
Plusieurs segments de l’électorat s’étaient ralliés à lui sur la question économique, mais n’ont pas d’allégeance particulière au Parti républicain. Le professeur rappelle que ces électeurs indépendants sont déterminants dans l’issue d’une élection.
Je crois que le jeune homme qui écoute Joe Rogan et qui est apolitique tend à être plus indépendant. Son opinion est en train de changer rapidement et je ne vois pas comment Donald Trump pourra maintenir la coalition qu’il a bâtie en 2024.
J’estime que la situation est très similaire à celle de George W. Bush en 2006. On avait assisté à une vague démocrate dans la foulée de la guerre en Irak. C’est ce que j’entrevois à nouveau si les élections de mi-mandat se déroulent de façon équitable.
La guerre en Iran pourrait ainsi marquer un moment décisif quant à l’avenir du mouvement MAGA et les chances du Parti républicain d’être reporté au pouvoir en 2028.


2 months ago
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