PROTECT YOURSELF with Orgo-Life® QUANTUM TECHNOLOGY
Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDans l’ambulance, l’équipement médical oscille dans tous les sens. Le brouhaha de la route forestière alimente l’anxiété d’une infirmière et d'une ambulancière laissées à elles-mêmes face à un patient en difficulté respiratoire qui ne parle pas leur langue, sans réseau cellulaire ni accès aux ressources extérieures.
C’est ce que vivent, à travers un casque de réalité virtuelle (RV), les étudiantes de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal (UdeM), plongées dans la peau d’une soignante en communauté autochtone.

2:57
Angelica Provencher, étudiante à la maitrise à la Faculté de sciences infirmières de l'Université de Montréal, teste le programme de réalité virtuelle en soins autochtones de l'Université de Montréal.
Photo : Radio-Canada / Capture d'écran
Il faut essayer de ne pas avoir mal au cœur! Ça brasse comme si j'étais là, réagit Angélica Provencher, infirmière clinicienne qui teste la simulation pour la première fois.
Passer des livres au terrain
L’expérience s’insère dans deux nouveaux microprogrammes en santé autochtone offerts à partir de janvier prochain : Soins en communauté et Soins critiques. Ces programmes sont nés du désir de mieux préparer les soignants aux besoins et aux réalités des Premières Nations; une nécessité mise en lumière par le drame de Joyce Echaquan en 2020, répondant au Principe de Joyce auquel a adhéré l’UdeM.
Depuis le début du parcours, on leur enseigne, on leur donne la théorie, on fait de belles activités. Mais là, ils le voient, appuie Catherine Roussel, conseillère en laboratoire d'enseignement en simulation à la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM.

Catherine Roussel est conseillère en laboratoire d'enseignement en simulation à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.
Photo : Radio-Canada / Jasmine Legendre
Si vous voulez appeler quelqu’un, c’est maintenant
Dans le scénario de 40 minutes, les étudiants sont confrontés aux multiples défis rencontrés à bord d’une ambulance effectuant le transfert des patients, de Manawan jusqu’à l’hôpital le plus proche, situé à Joliette.
L’ambulance roule sur un chemin forestier de 87 kilomètres qui relie la communauté à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière. Ce chemin est surnommé la route de l’enfer par les Atikamekw, tant son état est lamentable. Il reste ensuite 100 kilomètres à parcourir avant d’arriver au centre hospitalier.
On en a pour trois heures, le temps d’arriver à l’hôpital. Il n’y a pas de réseau sur le chemin. Si vous voulez appeler quelqu’un, c’est maintenant.
Cette phrase issue de la vidéo, les ambulanciers paramédicaux la répètent chaque fois qu’ils quittent Manawan avec un patient dans leur ambulance.
Catherine Roussel et sa collègue Stéphanie Carrier-Corbeil avaient l’ambition d’offrir une préparation concrète au personnel soignant appelé à exercer en territoire isolé, où les transferts d’urgence en ambulance, en avion et en hélicoptère sont chose courante.
Il nous faut former une relève compétente dans ces transferts-là. J'aurais adoré amener tout le monde en ambulance ou en hélicoptère! Mais ce n'était pas possible. Donc, on voulait amener l'environnement à l'étudiante, puis la meilleure façon [...], c'était la réalité virtuelle, explique Mme Roussel.
Reconnaître le contexte colonial
Premier infirmier praticien spécialisé d’origine autochtone (IPS), Sandro Echaquan pratique dans son village natal, à Manawan, et il est professeur adjoint clinique à la Faculté des sciences infirmières de l’UdeM. Il est au coeur des initiatives mises en place par l’Université.
Je rêve au jour où le patient va rentrer dans une institution et qu'il va avoir les deux médecines pour se soigner : autant la médecine autochtone, pour ramener l'équilibre et le mieux-être, que la médecine occidentale.

Sandro Echaquan est infirmier praticien spécialisé en première ligne et professeur clinique adjoint à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal.
Photo : Radio-Canada / Jasmine Legendre
Les microprogrammes et le projet de réalité virtuelle ont été développés sur le terrain, en collaboration avec des organisations autochtones et la communauté atikamekw de Manawan. L’objectif étant de respecter les réalités, tant culturelles que cliniques.
Ce n'est pas juste de connaître l'histoire des Premières Nations, c'est de reconnaître que ce contexte historique et colonial influe sur la relation que j'ai avec mon patient et sur la construction de la relation de confiance, témoigne Sandro Echaquan.
Déconstruire les biais, loin des clichés
En ce sens, la simulation virtuelle est accompagnée d’un volet rétroactif qui ouvre la discussion sur les différences et les particularités auxquelles seront confrontés les soignants qui, pour certains, n’ont jamais mis les pieds en territoire autochtone.
L'activité est aussi complémentaire avec une activité réflexive sur une approche culturelle. C'est quoi l'impact d'un patient qui sort de sa communauté? Comment on interagit? Comment on s'assure que, dans notre système de santé occidental, ça représente leurs besoins?, évoque Catherine Roussel.
Angelica Provencher a travaillé dans le Grand Nord et est elle-même d'origine autochtone. Elle salue la démarche pédagogique de l'Université qui, croit-elle, contribuera à briser les préjugés.
La première façon d'atteindre éventuellement une sécurité culturelle, c'est d'avoir une sensibilité culturelle. Avec ça, c'est sûr que c'est un pas dans la bonne direction, un progrès pour décoloniser le système de santé, estime Angelica, maintenant étudiante à la maîtrise.

Angelica Provencher est infirmière. Elle a travaillé dans le Grand Nord avant de retourner aux études à la maîtrise à l'Université de Montréal.
Photo : Radio-Canada / Jasmine Legendre
Un coup d’épée dans l’eau?
Pour sa part, le Bureau du Principe de Joyce applaudit l’initiative de l’Université. Or, le directeur général par intérim, Sylvestre Caron, apporte un bémol quant à la portée que cela peut avoir, considérant le refus de l’État de reconnaître le racisme systémique.
Ces initiatives-là s'attaquent surtout aux biais et aux préjugés du personnel soignant à l'échelle individuelle. Mais on fait fi de la structure en tant que telle lorsqu'il est question d'aller l'appliquer dans les établissements de santé, déplore-t-il.
Il craint que, sans réforme institutionnelle, les gens formés ne se retrouvent dans des structures où aucun changement n’a été apporté depuis le drame de Joyce Echaquan.


11 hours ago
6






















English (US) ·
French (CA) ·
French (FR) ·