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Les nouveaux mots préférés des chefs politiques

11 hours ago 5

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Dans leurs discours lundi soir, tous les chefs politiques trouvaient des synonymes pour rassurer les Québécois sur leur volonté à travailler ensemble. « Adhésion », « collaboration », « ralliement »... des mots à connotation positive souvent prononcés dans l’émotion, après une victoire chèrement acquise.

Mais avons-nous entendu le mot compromis? Celui-là leur est peut-être un peu moins agréable à prononcer. Ce ne sera probablement pas leur mot préféré, mais c’est celui qu’il faudra intégrer le plus rapidement à leur vocabulaire, dans un Parlement divisé entre quatre formations politiques.

Durant la campagne électorale, des chercheurs de l’Université Laval se sont amusés à développer une application qui recense les mots les plus prononcés par les chefs politiques.

Est-ce que immigration, le mot que Paul St-Pierre Plamondon utilisait le plus fréquemment, selon ce logiciel, pourra être aussi souvent employé? Rappelons qu’il est en désaccord fondamental sur la question des seuils permanents avec Québec solidaire et le Parti libéral du Québec.

Et le mot référendum ne sera peut-être pas martelé avec autant de vigueur, maintenant que le Parti québécois a été élu avec moins de 30 % des votes, ce qui correspond à peu près au niveau d’appui populaire pour la souveraineté.

Quels mots favoriser maintenant?

Conviction était bien intégré dans presque toutes les phrases de Paul St-Pierre Plamondon en campagne électorale. Ce mot ne disparaîtra sûrement pas de la bouche du nouveau premier ministre. Mais avant de le répéter trop souvent, ses conseillers pourraient lui demander de tourner sept fois sa langue.

Face à ses adversaires, il pourrait se voir forcé de remplacer le mot conviction par souplesse ou flexibilité. Serait-ce même son nouveau mantra dans un gouvernement minoritaire, dont l’espérance de vie tourne habituellement autour de 18 mois?

Le mot humilité en est un autre qu’il faut garder en tête pour créer des alliances. Déjà, Paul St-Pierre Plamondon semble l’avoir noté, puisqu’il reconnaît les bons coups des autres chefs en promettant d’intégrer un des engagements électoraux de chacun dans son premier budget.

Paul Saint-Pierre Plamondon.

Le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon s’est adressé à ses partisans après sa victoire électorale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

N’ayant pas obtenu de majorité, le chef péquiste n’a pas réussi à convaincre les Québécois de lui donner la marge de manœuvre nécessaire pour lancer le processus référendaire maintenant. Ils l’ont élu pour gouverner et veulent probablement l’entendre sur ce qui pourrait améliorer leur quotidien.

Le chef de l’opposition officielle, Charles Milliard, pourrait aussi en prendre acte. Dans ce contexte, il aurait l’air hors de propos de continuer d’agiter autant l’épouvantail de la souveraineté à l’Assemblée nationale.

Équipe a fait partie de ses mots préférés en campagne électorale, toujours selon les chercheurs de l’Université Laval. Et ce sera probablement encore le cas ces prochaines semaines.

Néophyte au Parlement, Charles Milliard peut tout de même compter sur une équipe expérimentée. Avant la dissolution du Parlement, les libéraux comptaient déjà 18 députés, habitués au rôle d’opposition à la période de questions et dans les commissions parlementaires. Ils sont maintenant 40.

Charles Milliard se frotte les mains.

Le chef libéral, Charles Milliard, est monté sur scène devant ses militants réunis à Magog après l'annonce des résultats électoraux.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Le défi de croissance est bien plus grand au Parti québécois, qui passe de 7 à 59 élus. Pendant que le gouvernement gérera leur apprentissage accéléré, Charles Milliard pourra prendre le temps d’installer son leadership au sein de ses propres troupes, déjà prêtes à tenir le fort s’il veut repartir à la conquête du Québec francophone.

Sa présence ne sera pas toujours nécessaire à l’Assemblée nationale, contrairement à Paul St-Pierre Plamondon qui doit s’assurer d’avoir le maximum de députés en Chambre pour faire adopter ses projets de loi.

Le mot discipline devient particulièrement important pour le nouveau premier ministre, mais il le sera tout autant pour Éric Duhaime.

Discipline plutôt que contrôle

Le chef du Parti conservateur du Québec se plaisait à parler de taxes, d’impôt ou de gaz durant la campagne électorale.

Bien qu’il pourrait continuer de le faire au Parlement, il risque surtout de se retrouver à surveiller chaque mot de ses députés. Plusieurs d’entre eux ne se gênaient pas auparavant pour s’exprimer sur les réseaux sociaux.

Bien que le mot contrôle soit plus fort que discipline, Éric Duhaime est bien conscient qu’il ne pourra pas contrôler la parole de ses députés.

Éric Duhaime sourit.

Le chef conservateur, Éric Duhaime, célèbre l'élection de près d'une vingtaine de députés conservateurs, à Lévis.

Photo : The Canadian Press / Karoline Boucher

Son équipe et lui semblent avoir une nouvelle expression favorite : ils manifestent la volonté de s'institutionnaliser et de se professionnaliser en tant que nouveau parti politique à l’Assemblée nationale.

Ils sont convaincus que leurs idées de droite peuvent cheminer en respectant le cadre parlementaire. C’est pourquoi ils ont l’intention de répéter à leurs nouveaux élus qu’il convient de préférer négocier à bloquer pour faire plus de gains.

Éric Duhaime pourrait même donner Québec solidaire en exemple, qui a su utiliser le verbe négocier à son propre avantage ces dernières années pour influencer des politiques visant à protéger les locataires.

Le mot logement était d’ailleurs parmi les préférés de Ruba Ghazal.

Quant à la CAQ, c’est le mot exister qui décrit le mieux sa priorité aujourd’hui. Sans élu, le parti n’aura d’autre choix que de se battre pour obtenir de la visibilité. L’expression troisième voie lui a été volée par le Parti conservateur du Québec, qui l’utilise maintenant pour se définir en tant que vecteur de changement.

La dynamique du pouvoir dans un gouvernement minoritaire force chaque parti à ajuster ses communications et modifier son langage à l’interne. Le mot compromis leur plaira sûrement davantage que le mot concession... ce qu’ils pourraient se retrouver à faire s’ils ne s’entendent pas.

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