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En Israël, l’ombre du 7 octobre 2023 « est immense »

11 hours ago 7

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Il y a trois ans, jour pour jour, Israël vivait l’une des journées les plus meurtrières de son histoire.

Le 7 octobre 2023, près de 3000 combattants palestiniens du Hamas ont mené des attaques coordonnées sans précédent en sol israélien, à partir de la bande de Gaza, entraînant la mort de plus de 1200 Israéliens, des civils pour la plupart, et l’enlèvement de 251 personnes.

Combinant des assauts par voies terrestre, aérienne et maritime visant des bases militaires, des routes et des localités civiles dans le sud d'Israël, ces attaques ont été qualifiées de crimes de guerre par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.

En représailles, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, le plus à droite depuis la fondation de l’État d’Israël en 1948, a lancé une guerre sans merci contre le mouvement islamiste dans la bande de Gaza, tuant plus de 74 000 Palestiniens, majoritairement des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Des actes génocidaires, selon les conclusions d'une commission d'enquête des Nations unies, qualifiées de fausses et absurdes par les autorités israéliennes.

 « Israël n'oublie jamais ».

Une bannière publicitaire marquant le troisième anniversaire des attaques du Hamas installée au bord d'une autoroute à Tel-Aviv sur laquelle on peut lire en hébreu : « Israël n'oublie jamais ».

Photo : Getty Images / AFP / JACK GUEZ

On reste sans réponse

Trois ans plus tard, malgré l’entrée en vigueur d’une trêve fragile qui a permis la libération des derniers otages encore retenus dans la bande de Gaza, l’ombre du 7 octobre 2023 continue de planer sur Israël, notamment à l’approche d’élections législatives prévues le 27 octobre, les premières depuis les attaques du Hamas.

L’ombre du 7 octobre, elle est immense, illustre Myriam Shermer, spécialiste de la politique israélienne, en entrevue à Radio-Canada.

Vu de l’extérieur, trois ans, ça peut paraître beaucoup. Mais, en réalité, la société israélienne n’a pas encore pansé ses blessures.

D’une part, la guerre est toujours en cours, explique l’autrice du livre Knesset 2026 - Comprendre la politique israélienne. Et, d’autre part, il n’y a pas eu de véritable commission d’enquête sur les défaillances sécuritaires ayant conduit aux attaques du 7 octobre 2023.

Des proches d'Israéliens tués lors d'une attaque menée par le Hamas sur le site du festival Nova, dans le sud d'Israël, pleurent leurs morts durant leurs funérailles, le 18 octobre 2023.

Des proches d'Israéliens tués lors d'une attaque menée par le Hamas sur le site du festival Nova, dans le sud d'Israël, pleurent leurs morts durant leurs funérailles, le 18 octobre 2023. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / Amir Levy

Donc, on reste sans réponse quant aux responsabilités de chacun. Qu’est-ce qui s’est passé [ce jour-là]? Qu’est-ce qui a pu mener à un échec d’une telle envergure? poursuit Mme Shermer, qui est basée à Tel-Aviv.

L’opposition israélienne réclame depuis des mois la création d’une commission d’enquête indépendante aux membres nommés par la Cour suprême; une demande à laquelle refuse d’accéder Benyamin Nétanyahou.

Ce dernier a récemment été éclaboussé par des allégations publiées par le journal Haaretz voulant qu’il ait été informé par les Émirats arabes unis que le Hamas préparait une opération majeure visant Israël.

Selon Haaretz, le dirigeant israélien n’a pas informé les chefs des services de sécurité de cette mise en garde, ce que nie le premier ministre.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou dépose une gerbe lors de la cérémonie commémorative marquant le troisième anniversaire de l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, le 5 octobre 2026.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou dépose une gerbe lors de la cérémonie commémorative marquant le troisième anniversaire de l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, le 5 octobre 2026.

Photo : Reuters / DEBBIE HILL

David Sprecher, avocat et ancien président de la branche européenne du Forum des familles des otages israéliens, n'a aucun doute : Benyamin Nétanyahou a tout fait pour écarter cette commission d’enquête parce qu’il aurait été directement visé.

Joint par Radio-Canada à Tel-Aviv, M. Sprecher affirme que les familles des anciens otages israéliens à Gaza continuent de réclamer la mise en place d’une telle enquête. C’est un préalable qui va permettre à la société de se soigner, assure-t-il.

La question du 7 octobre est évidemment toujours omniprésente en Israël parce qu’une très grande partie de la population attend cette commission d’enquête indépendante.

Selon un sondage mené par le média israélien i24NEWS, 66 % des personnes interrogées soutiennent un panel indépendant nommé par la justice, tandis que 25 % s'y opposent.

Fin septembre, en pleine campagne électorale, la Haute Cour de justice a reporté à janvier 2027 sa décision concernant les recours exigeant une commission d'enquête nationale.

Une vue aérienne d'un site de festival dans le désert.

Une vue aérienne (prise le 12 octobre 2023) du site où se tenait le festival de musique Nova en Israël, où 260 personnes ont perdu la vie dans l'attaque du Hamas.

Photo : Reuters / ILAN ROSENBERG

À quelques semaines du scrutin, les dernières enquêtes d’opinion placent le Likoud de Benyamin Nétanyahou et sa coalition en difficulté, sans majorité claire à la Knesset, le Parlement israélien.

Le bloc d’opposition, mené notamment par le parti Yashar de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, a du mal, lui aussi, à s'assurer une majorité évidente, selon les récents sondages, laissant présager un risque d'instabilité ou de blocage persistant.

Un virage vers la droite

Signe de la polarisation de la société israélienne, des proches de victimes du 7 octobre 2023 se présentent au scrutin sous des bannières rivales. Ils sont divisés entre ceux qui sont partisans de la stratégie guerrière de Benyamin Nétanyahou et ceux qui tiennent le premier ministre israélien pour responsable de la défaillance sécuritaire qui a permis au Hamas de mener l’attaque.

Selon Myriam Shermer, ces candidats attirent la sympathie de l’électorat, qui s’identifie à la blessure qu’ils portent en eux. Les Israéliens se disent que les gens qui ont le plus souffert du 7 octobre seront peut-être les mieux qualifiés pour protéger le pays d’une nouvelle catastrophe, explique-t-elle. Ils pourront peut-être réparer les failles qui ont mené à cet échec.

La spécialiste de la politique israélienne estime toutefois que, depuis l'attaque du Hamas, la société israélienne connaît un glissement net vers la droite, s’éloignant de plus en plus de la perspective d’une solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

 « S'il avait été ministre de la Défense, le 7 octobre ne se serait pas produit ».

Un panneau d'affichage électoral à l'effigie d'Itamar Ben-Gvir, ministre israélien d'extrême droite de la Sécurité nationale, surplombant une autoroute à Tel-Aviv, sur lequel on peut lire en hébreu : « S'il avait été ministre de la Défense, le 7 octobre ne se serait pas produit ».

Photo : Reuters / Nir Elias

Aujourd’hui, il y a un seul parti qui parle ouvertement en faveur d’une solution à deux États, rappelle Mme Shermer, en référence au parti de centre-gauche Les Démocrates, dirigé par Yaïr Golan.

Selon les différentes enquêtes d’opinion, ce parti récolterait entre 8 et 11 sièges sur les 120 que compte la Knesset. C’est une voix qui est très faible aujourd’hui dans la société israélienne, indique l’experte.

Le reste des Israéliens – notamment les centristes de droite – considèrent que la solution à deux États n’est pas adaptée parce qu’ils [pensent] qu’un retrait de l’armée de la Cisjordanie ouvrirait la voie pour un nouveau 7 octobre.

Des sujets sensibles

Les relations avec les Arabes israéliens sont elles aussi tendues depuis les attaques du Hamas, alors que cette minorité, qui représente près de 20 % de la population de l’État hébreu, risque de faire basculer les équilibres du pouvoir au sein de la Knesset.

Le 23 septembre, la Commission électorale centrale, saisie par des membres de la coalition de Benyamin Nétanyahou, avait voté l'invalidation des deux listes à majorité arabe en vertu d'une loi fondamentale interdisant à toute formation ou tout candidat de participer aux élections s'ils nient l'existence de l'État d'Israël en tant qu'État juif et démocratique ou soutiennent la lutte armée d'un État ennemi ou d'une organisation terroriste contre Israël.

Quelques jours plus tard, cette décision a été invalidée par la Cour suprême israélienne, qui a estimé que les arguments présentés par la Commission électorale ne suffisaient pas à justifier l'invalidation des deux listes : Raam (un acronyme en hébreu signifiant « Liste arabe unie ») et la Liste unifiée, qui rassemble trois partis à majorité arabe.

Une manifestation à Tel-Aviv contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son gouvernement, réclamant une commission d'enquête d'État sur l'attaque meurtrière du Hamas du 7 octobre 2023.

Une manifestation à Tel-Aviv contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son gouvernement, réclamant une commission d'enquête d'État sur l'attaque meurtrière du Hamas du 7 octobre 2023.

Photo : Reuters / Nir Elias

L’autre communauté qui risque de faire basculer les équilibres du pouvoir en Israël est celle des haredim, les juifs ultraorthodoxes qui s’opposent à l’enrôlement obligatoire dans l’armée, arguant que le service militaire menace leur mode de vie religieux. Cette question suscite de plus en plus de crispations politiques et sociales en Israël, exacerbées par les besoins accrus en soldats depuis octobre 2023 et les guerres successives dans la bande de Gaza, au Liban, en Syrie et en Iran.

Portés par un taux de natalité très élevé d'environ 6 à 6,4 enfants par femme, selon les derniers sondages, les haredim devraient représenter 16 % de la population totale d'Israël d’ici 2030.

C’est un sujet très sensible, confirme Mme Shermer. Le fait qu’il y a aujourd’hui de 80 000 à 100 000 jeunes Israéliens qui sont automatiquement exemptés du service militaire, alors que le prix de la guerre pèse lourd sur le reste de la société, c’est effectivement un sujet qui ne passe plus et c'est une des raisons pour lesquelles l'électorat de droite est en colère envers son propre gouvernement, affirme-t-elle.

Même constat de la part de David Sprecher. Les militaires – qui sont souvent des jeunes de 18 ans – sont fatigués, sont crevés; ils n'en peuvent plus, dit cet avocat qui a lancé une association pour offrir un soutien psychologique aux soldats qui souffrent de traumatismes liés aux guerres accumulées depuis le 7 octobre 2023 et aux combats continus, dans la bande de Gaza et au Liban.

Un comité parlementaire israélien a rapporté qu'environ 279 soldats ont tenté de se suicider entre janvier 2024 et juillet 2025, signalant une hausse marquée des cas de détresse psychologique.

C’est un sujet très important dont on ne parle presque pas dans cette campagne électorale, déplore M. Sprecher.

Un drapeau israélien flotte dans la bande de Gaza, dévastée par la guerre, le 23 septembre 2026.

Un drapeau israélien flotte dans la bande de Gaza, dévastée par la guerre, le 23 septembre 2026.

Photo : Reuters / Amir Cohen

Israël de plus en plus isolé

Un autre sujet qui passe sous le radar, selon certains observateurs, est la question de l’isolement croissant d'Israël sur la scène internationale. Dans une analyse publiée sur le site du centre de réflexion Chatham House et dans le Wall Street Journal, le chercheur Yaakov Katz estime que l'érosion de l’influence israélienne aux États-Unis et en Europe n’a jamais été aussi flagrante.

Un sondage récent du Pew Research Center révèle que 60 % des adultes américains ont désormais une opinion défavorable de la politique de l’État hébreu.

Par ailleurs, de nombreux pays occidentaux, dont le Canada, la France et le Royaume-Uni, dénoncent depuis des mois l'expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et ont imposé des sanctions contre Israël.

Mais pour Myriam Shermer, ces sanctions ont surtout une valeur symbolique aux yeux des électeurs israéliens.

Israël connaît une croissance économique très stable avec des records de vente de start-ups [entreprises émergentes] et de produits technologiques à l'étranger, dit-elle. Les sanctions sont vues comme [une pression] politique et diplomatique, mais le secteur économique privé se porte très bien.

Les Israéliens ressentent l’isolement diplomatique quand ils se rendent à l’étranger, ils se sentent mal accueillis, ajoute la spécialiste, mais, in fine, quand ils se retrouvent dans l'isoloir, c'est la question sécuritaire qui l'emporte.

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