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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayEntre les murs de l’École de Sutton, ça sent la soupe et les muffins aux bananes. Pendant que les enfants se rendent en classe en riant, en bas, les cuisinières s’affairent devant les marmites.
Dans cet établissement, les élèves de deux écoles, francophone et anglophone, grandissent sous le même toit, sans murs linguistiques. C’est le seul modèle bilingue au Québec, mais ce n’est pas l’unique raison qui en fait une école d'exception.
En quelques années, on a mis en place un système assez rare qui rapproche les enfants de ce qu’ils mangent et assure un service alimentaire de qualité.
Selon les statistiques de Santé Canada de 2022, c’est plus de 1,8 million d’enfants qui vivent de l’insécurité alimentaire au pays.
Pourtant, le Canada est le seul pays du G7 à ne pas avoir de programme alimentaire scolaire universel. Pour pallier cette réalité, la communauté de la petite municipalité de Sutton s'est retroussé les manches. Aujourd’hui, chaque enfant peut dîner sur place moyennant une contribution minimale d’un dollar.

Annick Boily est orthopédagogue à l'École de Sutton. Elle est l'une des personnes à l'origine du projet Racine Pop.
Photo : Radio-Canada
Une mobilisation communautaire exemplaire
Il n'y a pas si longtemps, la cafétéria de l'école ne desservait qu’une poignée d’élèves. Même si elle était l’une des rares écoles primaires à disposer d’une cuisine, le service alimentaire n’y était pas viable : trop peu d’élèves y mangeaient et les cuisinières ne bénéficiaient pas de bonnes conditions de travail.
Devant ce constat, Annick Boily, l’orthopédagogue de l'école, a mobilisé parents et enseignants pour transformer le modèle. Ensemble, ils ont fondé l’organisme à but non lucratif Racine POP et rejoint le programme Cantine pour tous, en octobre 2023.
Grâce à [Cantine pour Tous] on a assez d'argent pour répondre aux besoins alimentaires des enfants. On a beaucoup de dons de l'épicerie, on travaille avec des fermes locales. Donc, on peut avoir des repas vraiment de haute qualité pour les enfants, nous dit Naima, mère et coordonnatrice de Racine POP.
L'impact a été immédiat : l'école est passée de 25 à 155 dîneurs quotidiens. La cerise sur le gâteau : à l’hiver 2026, l'école a inauguré sa serre, dans laquelle les élèves font pousser toutes sortes de légumes et de fines herbes.

Les élèves de l'École de Sutton ont accès à une serre pour apprendre à faire pousser des légumes. Ils s'en occupent eux-mêmes.
Photo : Radio-Canada
Avec ses initiatives, l’École de Sutton fait d’une pierre trois coups en offrant des dîners accessibles, en fournissant de bons emplois aux cuisinières, et aussi en verdissant l’assiette des petits.
Au Québec, 75 % des enfants ne consomment pas assez de fruits et légumes. On parle aussi d'un enfant sur quatre au sein de familles en situation d'insécurité alimentaire, contextualise Sébastien Desaulniers, coordonnateur de la Coalition pour une saine alimentation scolaire.
Quand L’épicerie a rendu visite à l’École de Sutton, les enfants récoltaient de la laitue et du chou frisé dans la serre pour le jour même.
On avait vraiment ce souci-là aussi de rendre l'assiette un peu plus colorée… un petit peu plus vitaminée, explique Mme Boily en parlant du récent ajout à l’écosystème scolaire.
Un laboratoire agroalimentaire pour les petits
Cette serre est un véritable laboratoire où les petits pouces verts s’activent, de la première à la sixième année. L’idée, c’est vraiment de faire vivre le parcours complet à l’enfant, de la petite graine qu’on sème, de la plante qu’on entretient, aux repas qu’on déguste entre amis, raconte fièrement Annick Boily.
Chacun sa tâche : arroser avec l'eau pluviale récupérée, récolter les verdures, comprendre le système de géothermie. Bien que cette installation sophistiquée représente un coût de construction et d'entretien très élevé – ce qui freine d’autres écoles à imiter le projet –, cette initiative est une référence.
Sébastien Desaulniers y voit une pratique intéressante : On ne parle pas d'un programme qui fait juste nourrir les élèves, il éduque aussi à travers ce volet-là d'agriculture. C’est inspirant, ça montre toute la débrouillardise aussi qu'une communauté scolaire est capable de mettre en place. Ainsi, le parcours alimentaire se vit vraiment de la terre à l’assiette dans cette petite école primaire de l’Estrie.

Les élèves de l'École de Sutton amènent les légumes récoltés dans leur serre à la cuisine.
Photo : Radio-Canada
L’École de Sutton peut compter sur l’aide d’AgrÉcoles, un organisme qui vient en aide aux établissements qui souhaitent implanter des initiatives agroalimentaires.
On va vraiment vers l'émerveillement pour aller chercher une expérience très positive chez les jeunes, pour que ça les marque à tout jamais. C'est ça qu'on veut, parce que les citoyens de demain vont avoir un énorme impact sur la société avec leurs choix alimentaires, autant sur leur santé que sur le portrait agricole local, explique Zoé Tétreault, coordonnatrice de l’ouest pour l’organisme.
Elle souligne toutefois que l’École de Sutton, avec sa serre, est une exception : On peut vraiment fonctionner avec des étagères à semis dans une école, faire des semis intérieurs, on parle de flore comestible, de fines herbes, de laitue. En fait, la clé du succès est dans la simplicité.
Soulager les parents
Au-delà de la saine nutrition, ce projet aide grandement les familles. À 1 $ le repas, la facture reste accessible, même pour des familles nombreuses. Ça enlève la charge mentale pour les parents? Ah, mais c'est sûr!, laisse tomber Marie-Ève, une des cuisinières, ravie de voir les enfants se régaler de leur salade tout juste cueillie.
Portée à bout de bras par une communauté tissée serrée et plusieurs bénévoles, cette initiative offre aussi un havre de paix. Selon Annick, la serre est devenue un lieu thérapeutique où des élèves viennent s'apaiser et s'épanouir.
Son souhait le plus cher? J'espère qu'on va nous entendre quelque part et qu'on va rendre ça possible dans chaque école.

Chaque jour, l'École de Sutton offre des repas cuisinés sur place accessibles à ses élèves.
Photo : Radio-Canada
Briser le déficit d'infrastructure
Le succès de Sutton met en lumière un enjeu de taille au Québec : la majorité des écoles primaires de la province peinent à offrir des services alimentaires à leurs jeunes élèves, et seulement un quart d'entre elles disposent d'une cuisine.
Le financement public actuel n'inclut pas toujours de fonds visant à améliorer les infrastructures; il s’agit plutôt d’un financement d’appoint ou d’une aide alimentaire, selon Sébastien Desaulniers Turgeon.
Sans programme d’alimentation scolaire universel au Québec, l’exemple de Sutton n’est rendu possible qu’avec une implication immense de la part du personnel scolaire et des parents, car l’école primaire ne reçoit pas plus de sous qu’ailleurs pour son service alimentaire.
L’alimentation en milieu scolaire au Canada en bref
Historiquement, l’alimentation en milieu scolaire au Canada s’appuie sur un ensemble fragmenté d’initiatives municipales, provinciales ou territoriales menées par des organismes non gouvernementaux. En 2024, le gouvernement fédéral a annoncé la mise sur pied d’un programme national d’alimentation scolaire, combiné à un investissement d’un milliard de dollars sur cinq ans.
Au Québec, ce financement s'ajoute à celui de la mesure 15012 déjà en vigueur et distribuée par école selon un indice de faible revenu, mais aussi divisée parmi les OBNL telles que La Cantine pour Tous et le Club des petits déjeuners.
Le coordonnateur du Collectif québécois (nouvelle fenêtre) de la Coalition pour une saine alimentation scolaire (nouvelle fenêtre) Sébastien Desaulniers Turgeon voit cet investissement fédéral comme une opportunité démontrant une ouverture vers une vision d’universalité à long terme au pays. Toutefois, ce dernier ne se fait pas d’illusions, cette approche est encore loin de se réaliser au Québec. Il n'y a pas un pivot systémique dans la façon dont le provincial investit cet argent, explique-t-il, en évoquant les nouvelles sommes débloquées par le fédéral. À l’inverse, le Manitoba s’est aussitôt démarqué dès la réception des fonds, en lançant rapidement un programme universel dans toutes ses écoles, avec 30 millions de collations et de repas servis en 2025.


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