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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« Je ne voyais pas ça comme un outil de diagnostic, se souvient Alvina Nadeem. C’était plus pour m'aider à me situer : est-ce que ça vaut la peine d'aller chez le médecin? »
Début 2023, la jeune mère de famille de 36 ans commence à ressentir de petits changements en elle : fatigue, crampes menstruelles, règles irrégulières, des symptômes qui la préoccupent sans réellement l’alarmer. La consultante en transformation numérique commence à converser avec ChatGPT, par simple curiosité.
Au fil des semaines, alors que les symptômes perdurent, elle poursuit sa conversation avec le robot conversationnel. Je trouvais ça le fun parce que [l'intelligence artificielle (IA)] garde ça en mémoire, puis est capable de créer la constellation [des symptômes pour arriver à des diagnostics possibles]. Surtout pour un cancer comme un cancer de l'ovaire, les symptômes ne sont pas spécifiques, on peut les associer à autre chose.
Elle continue à documenter son état de santé sur ChatGPT et l’outil finit par lui recommander de prendre ses symptômes au sérieux. À un moment donné, c'est l’IA qui m'a dit : "Va consulter, tes symptômes s’accumulent, il n’y a rien qui réduit, ça fait plus que deux semaines que tu me parles de ça."

Alvina Nadeem a subi plusieurs mois de chimiothérapie.
Photo : Courtoisie
Sans cet avertissement, Mme Nadeem admet qu’elle ne serait pas allée consulter. Dans ma tête, je me disais encore : c'est peut être parce que je suis stressée.
Puis, le diagnostic tombe : cancer de l’ovaire stade 1. Le tout a été pris juste à temps, puisqu’en même pas deux semaines, la masse avait doublé.
Son « compagnon » pendant la maladie
Préparation de rendez-vous chez l’oncologue, attente de résultats, effets secondaires liés au traitement et même vulgarisation des résultats des rapports d’imagerie : Alvina Nadeem admet que la technologie l’a accompagnée tout au long du processus.
Elle a reçu quatre mois de chimio.
J'avais mon compagnon l’IA, parce qu'il y a beaucoup d'anxiété. Donc, je me disais : il faut que je m'informe. Je me disais : qu'est ce que je peux faire pour avoir un sentiment de contrôle sur ce qui se passe?
Mère de deux jeunes garçons, elle raconte avoir été assistée par le robot conversationnel pour l’aider à annoncer son diagnostic à ses enfants, pour s’assurer qu’ils comprennent bien que sa vie n’était pas en danger.
On avait créé une petite histoire [l’IA et moi] : il y a une boule dans le ventre de maman, on va la sortir puis après elle va prendre des médicaments, c’est de la chimio, puis c’est tellement fort que des fois, par accident, les cheveux peuvent tomber.

Alvina Nadeem entourée de ses fils, Kamil et Kaleb
Photo : Courtoisie
L'IA s’invite dans la relation médecin-patient
Selon un sondage de l’Association médicale canadienne publié en février dernier, près de 40 % des Canadiens utilisent des plateformes comme ChatGPT pour traiter un problème de santé, une proportion qui atteint jusqu'à 46 % au Québec.
Le Dr Samuel Gareau-Lajoie, médecin de famille à Laval, en voit presque chaque semaine. Selon lui, l’IA a sa place et permet à certains patients d’avoir un meilleur portrait de leur situation médicale.
C'est quoi les symptômes? Depuis combien de temps? Qu'est ce qui se passe? C'est quand même un travail qui est laborieux pour le médecin, il faut poser beaucoup de questions, clarifier. Avec l’IA, [le patient] arrive très préparé.

Le Dr Samuel Gareau-Lajoie est médecin de famille à Laval.
Photo : Radio-Canada
Bien que certains patients hésitent à admettre avoir consulté l’IA, le Dr Gareau-Lajoie aborde directement avec eux les grands principes du prompt, c'est-à-dire la formulation de la requête. La façon dont on formule le même symptôme va changer la réponse de l'IA, et c'est là où on peut avoir des gens qui finissent par être très angoissés. Le médecin rappelle qu'il faut demeurer critique en tout temps.
Selon la façon dont ils [les patients] vont formuler leurs questions, l’un va être rassuré et l'autre va courir à l'urgence.
L'IA est très bonne pour répondre à des questions d'examens en médecine, dit-il. Mais elle n'est pas en mesure de connaître le contexte de vie, le contexte familial et les valeurs de mon patient.

Les experts rappellent que la formulation de la requête a une incidence sur les résultats qui seront rendus par les robots conversationnels.
Photo : Radio-Canada
Au Collège des médecins du Québec, on se dit préoccupé des cas où le robot conversationnel minimiserait les symptômes. Un point de vue partagé par Emmanuelle Marceau, professeure associée en bioéthique à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, selon qui le patient n’est pas assez équipé pour avoir un point de vue critique.
[Le patient] n'a pas les repères médicaux suffisants pour être capable de mettre les choses en perspective, il se trouve dans une situation de vulnérabilité parce qu’il a de l'inquiétude par rapport à son état de santé.
Une formation bientôt obligatoire pour les médecins?
Au fil des mois, l’IA s’est taillé une place de choix dans la pratique médicale au Québec : transcriptions, tâches administratives, outils de dépistage ou encore précision diagnostique. Et ce n’est que la pointe de l'iceberg, rappelle le Collège des médecins, qui suit la situation de près.

3:24
Si je manque d'inspiration pour un diagnostic différentiel, c'est correct de faire une espèce de demande, mais il faut vraiment qu'elle soit sporadique. Il faut vraiment que la personne soit capable de juger d'elle-même, estime le Dr Pierre Guérette, urgentologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, qui siège au C. A. du Collège des médecins du Québec.
En l'utilisant trop souvent, ils vont perdre ce qu'on appelle en anglais leurs skills, leur capacité de raisonnement, de diagnostic et d'investigation.
Le conseil d'administration du CMQ réfléchit sérieusement à imposer des formations à ses membres. On est entre l'obligation et le fortement suggéré. Mais c'est clair que l'ensemble des médecins, d'ici un certain temps, devraient être formés à ça, ajoute le Dr Guérette.
Déjà, des blitz de formations sont offerts aux professeurs du département de médecine de l'Université de Sherbrooke pour les préparer aux questions des étudiants et futurs médecins.


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