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Des pharmaciens dénoncent un système de distribution des vaccins jugé inefficace

12 hours ago 6

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Manque de transparence, offre de doses peinant à suivre la demande de rendez-vous, livraisons imprévisibles : des pharmaciens du Québec se disent frustrés par l'organisation de la campagne de vaccination, entamée mardi. Plusieurs d'entre eux pointent du doigt le système de distribution des vaccins jugé inefficace.

Chaque année, c'est vraiment la même histoire. Comme l'année passée, par exemple, on avait une grosse rupture de stock de [vaccins contre la] COVID-19, raconte en entrevue Zan He, pharmacien-propriétaire à Pincourt.

La première semaine de vaccination n'est pas encore finie et des pharmaciens se retrouvent avec une fraction des doses nécessaires pour répondre à la forte demande.

Les vaccins contre la grippe pour les moins de 75 ans […] on [en] a reçu 50 doses [et] 50 doses de vaccins, ça dure peut-être 2 heures.

L'inventaire de M. He en date de mercredi matin était de 406 vaccins contre l’influenza – dont seulement 40 pour la population de moins de 75 ans –, 205 vaccins contre la COVID-19 et 88 contre le VRS.

Cependant, d’ici la fin du mois d’octobre, 223 de ses 224 plages horaires de vaccination sont déjà réservées. Le mois de novembre est quant à lui déjà complet avec 564 rendez-vous prévus.

Pas une anomalie

Une pharmacienne de la région de Lévis rapporte aussi une situation épouvantable, qui serait pire qu’à l’habitude.

J'ai plus de demandes que de vaccins confirmés en ce moment. Je n'ai pas pu ouvrir mes plages publiques dans Clic Santé. Je suis à peine en mesure de vacciner ma clientèle. J'espère que je vais en avoir d'autres, mais on ne sait jamais. Personne n'a de réponse, s’est désolée Allyson*, seulement cinq jours avant le début de la période de vaccination, le 15 octobre.

Allyson* s’est entretenu avec Radio-Canada de façon confidentielle, parce qu’elle ne veut pas créer une panique au sein de sa clientèle dans un climat déjà anxiogène pour elle et ses employés.

Radio-Canada a aussi contacté d'autres pharmacies à travers la province pour vérifier le sentiment d'insatisfaction. Ces appels ont confirmé la prépondérance du phénomène.

Au moment de réaliser cette entrevue, la pharmacienne avait reçu 250 doses de vaccins contre la grippe sur les 550 commandées, et 10 doses contre la COVID-19 sur les plus de 250 commandées, pour ses deux succursales.

En date du 22 octobre, elle confirme que la situation s’est quelque peu améliorée, notamment pour les vaccins contre la grippe, ou s’est débloquée.

L’approvisionnement en vaccins contre la COVID-19 demeure en revanche très difficile. Elle dit avoir reçu seulement 25 % de sa précommande.

J’espère pouvoir en avoir demain, sinon je n’en ai pas suffisamment pour lundi, avance-t-elle.

Allyson affirme également que, dans son réseau de contacts de pharmaciens-propriétaires, plusieurs ont arrêté d’offrir la vaccination antigrippale, notamment en raison du stress causé par l'incertitude.

Un homme en entrevue

Hugues Mousseau est directeur général de l’Association québécoise des distributeurs en pharmacie.

Photo : Radio-Canada / Cedric Berube

Pourtant, Hugues Mousseau, directeur général de l’Association québécoise des distributeurs en pharmacie (AQDP), avance qu’il est tout à fait normal que les succursales des pharmacies ne reçoivent qu’une fraction des doses au début.

On a plusieurs approvisionnements en au moins trois vagues au cours des prochaines semaines. Alors, c'est tout à fait normal, explique-t-il en entrevue avec Radio-Canada.

Cependant, Allyson affirme que jamais personne ne m’a dit que ça arrive en trois lots lorsque Radio-Canada lui a fait part de ce qu'avance M. Mousseau.

Je l’apprends aujourd’hui, a-t-elle rétorqué. Il s'agit d'un exemple flagrant du gros manque de communication et de transparence, selon elle.

De son côté, l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) juge que le système d'approvisionnement manque d'efficacité en ce moment. Elle dit aussi reconnaitre la frustration témoignée par les pharmaciens.

Campagne de vaccination trop ambitieuse?

Le 13 octobre dernier, Santé Québec a lancé sa campagne de vaccination. Le public pouvait dès lors prendre rendez-vous pour se faire vacciner gratuitement, à condition de répondre à certains critères.

Ce lancement de campagne et son objectif annoncé de vacciner 80 % de la population vulnérable ciblée – comme les personnes de 65 ans et plus ou atteintes de maladies chroniques – sont accueillis avec une certaine perplexité chez les pharmaciens rencontrés.

Allyson assure que la campagne rejoint ses valeurs et idées, mais c’est plutôt l’organisation de celle-ci qui la déçoit.

On ne nous donne pas le moyen de nos ambitions, observe-t-elle. Environ la moitié de la population québécoise se vaccine contre les virus saisonniers en pharmacie.

Quant à Zan He, sa déception est palpable. J'ai l'impression que les pharmacies sont un peu trahies par le gouvernement, parce qu'on a beaucoup aidé durant la pandémie. On a transformé un peu nos pharmacies en centres de vaccination, alors qu'on ne l'était pas dans le passé, affirme M. He.

Plusieurs pharmaciens dénoncent aussi un manque de prévisibilité dans le processus d’approvisionnement.

Un entrepôt.

McKesson est l'un des principaux grossistes au Canada. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

C'est comme si, à chaque année, c'était une surprise. "Ah, il y en manque." Vous avez les données depuis le mois de juillet! Je n'arrive pas à comprendre comment on se retrouve toujours dans une situation comme ça, explique Allyson, qui est pharmacienne-propriétaire depuis six ans.

De son côté, M. Mousseau avance que les grossistes auraient aimé distribuer les doses de vaccins beaucoup plus tôt. Il affirme cependant que les actions des membres de son association sont limitées, car ils sont tributaires des ententes que Québec et Ottawa concluent avec les fabricants de vaccins.

Notre travail, c'est de redistribuer les doses de vaccins quasi instantanément quand on les reçoit, ajoute-t-il.

L'AQPP affirme échanger avec Santé Québec et les grossistes responsables de la distribution en pharmacie afin [d']obtenir une meilleure prévisibilité des livraisons.

Sans qualifier la situation de généralisée, les difficultés, comme la coordination des doses allouées au réseau de la pharmacie pour répondre à la demande des patients et les enjeux de coordination de livraison en pharmacie et les besoins locaux méritent des correctifs, explique l’association par courriel à Radio-Canada.

Contactée par Radio-Canada, Santé Québec a rappelé qu'elle reçoit les doses à l’échelle nationale en trois lots. Chaque année, en prévision de la campagne de vaccination, nous consultons les pharmacies afin de connaître leurs besoins. Ce sont ensuite aux grossistes d'assurer la distribution.

Une situation inacceptable

Le manque de communication et de transparence envers toutes les parties impliquées est pointé du doigt par la pharmacienne des environs de Lévis.

C’est la patientèle qui paye le prix. J'en ai qui appellent tous les jours : "Savez-vous quand [vous allez avoir des doses]?" Je n’ai aucune information. Mes représentants chez mon grossiste me disent qu'ils n'ont aucune information. La santé publique me dit qu'il n'y en a pas, martèle Allyson.

Je ne cherche pas du tout qui à blâmer dans la situation actuelle. On peut-tu juste se parler tout le monde ensemble? Ou nous transmettre l'information [qui est] juste, et on va s'adapter en conséquence.

Pour Hugues Mousseau, plusieurs mesures pourraient être adoptées pour donner plus de prévisibilité aux pharmaciens sur le terrain. Il propose notamment de stabiliser les critères d'admissibilité à la vaccination gratuite, qui changent chaque année.

Zan He, qui partage cet avis, croit qu’un retour à la gratuité universelle est de mise pour le vaccin contre l’influenza, ce qui est le cas en Ontario.

M. Mousseau propose aussi de réformer le système d’approvisionnement pour permettre aux grossistes d’acheter directement les vaccins, ce qui est le cas pour 15 000 produits de médicaments déjà en pharmacie, pour les revendre directement au prix coûtant.

Cette réforme éliminerait donc le modèle actuel de consigne gouvernementale, ce qui n’est pas une mince tâche, selon lui.

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