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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ Kanesatake, le commerce du cannabis a pris des proportions importantes, sans toutefois être régulé. Huit ans après la légalisation, la communauté kanien'kehá:ka (mohawk) est aux prises avec le crime organisé qui aurait infiltré ce business, laissant les citoyens vivre dans la peur. Des solutions sont évoquées : le retour d’un service de police ou celui des valeurs kanien'kehá:ka. Pendant ce temps, Québec promet un plan d'action « costaud ».
À Kanesatake, il y en a des petites, des grosses, parfois en bois, parfois toutes faites de verre. Le long de la route 344, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Montréal, les cabanes à pot fleurissent comme des champignons, incitant le passant à s’arrêter grâce à des affiches promettant des prix records sur l’once de marijuana.
Aucune n’a de licence, ni du fédéral ni du conseil de bande, qui sont habilités à autoriser ce genre de commerce. Et c’est sans compter les petits casinos qui sortent aussi de terre ces derniers temps.

La taille et la modernité des cabanes à cannabis sont très diverses le long de la 344.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Clifton Ariwakehte Nicholas se présente comme le premier à avoir ouvert un magasin à l’aube de la légalisation du cannabis récréatif du gouvernement Trudeau en 2018.
Comme la plupart, sa boutique, le Green Devil, a pignon sur rue. Le grand panneau qu’il a installé sur sa porte prévient que tous les clients de moins de 25 ans se feront demander une pièce d’identité et que l’entrée est interdite aux moins de 18 ans.
À l’intérieur, les étals sont bien organisés, sobres. Derrière le comptoir, des pots transparents remplis. Je vends des fleurs séchées, des extraits de cannabis, de l’huile et des produits comestibles, détaille le patron.
Il assure qu'il s’approvisionne auprès de producteurs autochtones de la Colombie-Britannique et de l’Ontario dans la limite du raisonnable.
J’essaie de travailler avec ceux qui ont une licence ou qui sont, dans une certaine mesure, en règle, parce que beaucoup de gens viennent faire du porte-à-porte et je ne fais pas ça. Je leur dis que, si je ne connais pas l'origine de leurs produits, je ne travaillerai pas avec eux, détaille-t-il, sans toutefois vouloir donner les noms de ses fournisseurs.

La communauté compte de 35 à 50 magasins de cannabis, dont aucun ne détient une quelconque autorisation de vendre des produits.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
D’après le vice-chef de Kanesatake, Brant Etienne, la communauté compterait entre 35 et 50 magasins, comme celui de Clifton Ariwakehte Nicholas.
Selon lui, une énorme majorité des points de vente de cannabis seraient sous la coupe du crime organisé.
Ce n’est pas nouveau, c’est un fait connu depuis longtemps. Certains essaient probablement de fonctionner en toute transparence, surtout les plus petits. Mais, malheureusement, ce n’est pas la réalité, assure M. Etienne.
Tentative de règlement
Si le crime organisé a prétendument pu prendre les rênes de beaucoup de magasins – ce qu'affirme d'ailleurs aussi le gouvernement du Québec –, c’est, entre autres, parce que le conseil de bande n’a jamais réussi à encadrer la vente du cannabis sur son territoire, estiment plusieurs sources.
M. Nicholas dit pourtant avoir plaidé pour un meilleur encadrement comme cela a pu se faire ailleurs. Je voulais prendre les devants et essayer de réglementer le secteur au niveau local, ce qui, visiblement, n'a pas fonctionné, affirme-t-il, désespéré.

Certaines personnes craignent que le crime organisé s'empare de terrains.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Jeremy Tomlinson, directeur du centre de santé de la communauté, a aussi suggéré d'encadrer ce commerce lorsqu’il était élu au conseil en 2021. From seed to sale (De la graine à la vente), c’est avec ce slogan qu’il avait baptisé informellement son idée : celle de travailler avec les gouvernements et d'encadrer l’industrie en donnant du travail à la communauté, comme fabriquer les emballages, cultiver, inspecter.
Une idée que soutient aussi Patrick Hardy, le nouveau maire d’Oka élu en 2025, notamment pour financer des programmes de prévention.
Plusieurs communautés autochtones au pays tentent de réguler la vente de cannabis sur leur territoire. Certaines y sont parvenues. C’est le cas de la partie canadienne de la communauté d’Akwesasne (située à cheval sur les frontières du Québec, de l'Ontario et de l'État de New York) ou encore de Nipissing, en Ontario. D’autres sont encore en consultations avec leurs membres, comme Tyendinaga, aussi en Ontario, ou Glooscap, en Nouvelle-Écosse.
Le vice-chef Brant Etienne, qui s’oppose à titre personnel à la vente de cannabis, croit qu'une régulation du commerce de cannabis devrait passer par la création d'une coopérative. Le problème, c'est le capital privé. Si le propriétaire de l'entreprise est une seule personne qui empoche tous les bénéfices, les choses dérapent.
M. Nicholas abonde dans le même sens : En l’état actuel des choses, rien ne profite à la communauté. L’argent qui est censé y rester s’envole. Il n’y a que quelques personnes qui s’enrichissent. Je ne suis pas innocent, et j'ai sans aucun doute tiré profit de la situation. Cependant, pendant des années, je me suis efforcé de ne pas m'associer à ces personnes [du crime organisé] pour ma sécurité personnelle, mais aussi par principe moral.

Le vice-chef de Kanesatake, Brant Etienne, pense que si le conseil arrive à réguler le commerce de cannabis, il faudra que cela passe par la création d'une coopérative pour éviter qu'un seul acteur privé ait la mainmise sur l'industrie.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
En attendant, ce vide réglementaire aurait permis l’infiltration de personnes peu recommandables dans le commerce du cannabis à Kanesatake.
On a une situation sociale et politique équivalente à ce qu'il y a dans le tiers-monde et c’est propice à ce que n’importe quel agent vienne tirer avantage de la situation.
Ce n'est un secret pour personne que la vente de cannabis ou ses aspects commerciaux engendrent des problèmes sociaux, déplore le vice-chef Brant Etienne.
Les gouvernements sont au courant. Mardi, Ian Lafrenière, ministre chargé des Relations avec les Autochtones, a promis le déploiement très prochain d'un plan d'action costaud élaboré avec le gouvernement fédéral pour lutter contre le crime organisé dans toutes les communautés autochtones.
Tension
En attendant, les gens vivent dans la peur. En février dernier, une explosion et un incendie ont ravagé un bâtiment situé derrière un point de vente de cannabis. En décembre 2025, un homme a été blessé par balle dans des circonstances jugées nébuleuses par la Sûreté du Québec (SQ), qui a ouvert une enquête. Selon plusieurs de nos sources, il s’agirait d’un propriétaire de magasins de cannabis.
En avril 2025, le pare-brise du vice-chef a été vandalisé. J'ai accepté ce poste en sachant que cela me collerait une cible dans le dos, répond-il, résigné.

Plusieurs magasins de cigarettes côtoient les boutiques qui proposent du cannabis et des produits dérivés.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
C’est sans compter les rodéos de voitures et les coups de feu intempestifs en pleine nuit, dont témoignent plusieurs sources qui, de peur de représailles, n’osent en parler à visage découvert. Le ministre Lafrenière a évoqué lui aussi ces témoignages.
M. Nicholas, propriétaire d'un commerce de cannabis, raconte avoir entendu des coups de feu à côté de chez lui. Ça m’a traumatisé. Je ne veux plus voir ça. Je veux que les choses s’améliorent ici, pas qu’elles empirent, affirme-t-il.
Il précise toutefois : Personnellement, je n'ai aucun problème [avec le crime organisé]. Je n'ai jamais eu affaire à lui.
Le maire d'Oka, Patrick Hardy, évoque aussi une augmentation importante de la circulation dans la municipalité d'Oka, dont le territoire est étroitement entrelacé avec celui de Kanesatake. Cela entraîne parfois le non-respect des règles de la sécurité routière, selon lui.
L’une des sources qui se sont confiées à Espaces autochtones affirme qu'il y a beaucoup de visiteurs de l’extérieur qui viennent acheter [du cannabis]. Je dis parfois aux gens que c’est le far west ici. Ces gens n’ont aucun respect pour la place. Ils pensent que tout est permis et oublient qu’il y a des gens qui vivent ici.
Pis encore, cette même personne, qui a tenu à garder l’anonymat pour se tenir loin des problèmes, raconte avoir déjà observé ce qu’elle décrit comme des criminels.
J’ai déjà vu des motards avec leur patch sur le dos, assure-t-elle, en évoquant avec nostalgie ses étés de jeunesse, qu’elle passait dans la pinède et qui contrastent avec les changements de ces dernières années.

La municipalité d'Oka a mis en place un règlement strict concernant la consommation de cannabis.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Le vice-chef signale que les sommes qui entrent dans les poches du crime organisé représenteraient environ quatre fois le budget de fonctionnement annuel du Conseil mohawk de Kanesatake.
Clifton Ariwakehte Nicholas rétorque qu’il a la pleine maîtrise de sa boutique. C’est pour ça que je suis si pauvre! lance-t-il, en montrant du menton sa demeure située à côté de sa boutique : une petite maison de plain-pied en bord de route.
La complexité de la situation est soulevée par Jeremy Tomlinson, le directeur du centre de santé, autrefois policier de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Sa théorie, c’est que les gens mal intentionnés viennent sonder les Kanien'kehá:ka, leur demandant s’ils ont un petit terrain. Ils leur proposent d’y construire une petite cabane à pot, de les approvisionner et de leur verser un montant mensuel substantiel.

Jeremy Tomlinson est aujourd'hui directeur du centre de santé de Kanesatake, mais a travaillé de nombreuses années au sein de la Gendarmerie royale du Canada. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Une façon d’acheter l’acceptation sociale, mais aussi le silence au sein de la communauté, d'après lui. C’est la seule façon que ça peut fonctionner, car les petits dispensaires ne sont pas rentables, ajoute-t-il. Et si, demain, tu leur dis d’aller c****, t’es mieux d’être prêt à te faire incendier ta cabane ou à te faire tirer dessus.
Un problème de santé et de société
La vente désordonnée et non encadrée de cannabis aurait entraîné l'arrivée d’autres produits sous les comptoirs des magasins. Le vice-chef Brant Etienne parle de drogues dures, comme l’ecstasy, la cocaïne et même l’héroïne.
[Les dispensaires] servent de couverture à d'autres activités et financent des opérations, allant du trafic de drogue à la traite de personnes. Nous avons reçu des rapports faisant état de ce qu'on appelle "des rackets de protection".
Les jeunes en sont les premières victimes.
Le vice-chef observe fréquemment des difficultés d'apprentissage et des problèmes scolaires chez les enfants, dont la vie familiale est chaotique en raison de problèmes de toxicomanie.

Le cannabis récréatif a été légalisé en 2018 par le gouvernement Trudeau. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose
Le prix de l’once de marijuana proposé à Kanesatake n’est pas la seule explication. Cela serait aussi dû au marketing entourant les points de vente, selon le vice-chef et le propriétaire du Green Devil, Clifton Ariwakehte Nicholas. Ils vendent un style de vie, affirme ce dernier.
Les magasins essaient intentionnellement de créer toute une expérience. Ils aménagent des zones festives, des concerts, des plages. Sauf que c'est notre maison, notre terre, et les gens qui y vivent n'ont pas leur mot à dire parce que l'argent règne, déplore Brant Etienne.
Jeremy Tomlinson, l'ancien policier, pense que le prix attrayant des produits et les fêtes ne sont pas les seules raisons qui incitent les gens de l’extérieur à venir faire un arrêt sur la 344. C'est pour voir les choses que tu ne verrais pas ailleurs dans le monde. Tu vas pouvoir aller à quelques minutes de chez nous et expérimenter des choses que tu ne peux pas expérimenter ailleurs, explique-t-il, faisant référence à la consommation de différentes drogues.

Les points de vente offrent des prix jugés intéressants.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Jeremy Tomlinson est en première ligne. Peu importe la manière dont je vais expliquer aux jeunes que le cannabis, ce n’est pas bon pour eux, que la coke peut être coupée, ils décideront par eux-mêmes, dit-il.
Faire de mauvais choix s’explique pour lui : Il y a une érosion des valeurs mohawk. Les parents font la fête et l’argent rentre de toute manière. Les jeunes se disent qu’ils n’ont pas besoin de travailler à l’école.
Quelques gagnants, beaucoup de perdants
Deux de nos sources nous ont parlé de Kanien'kehá:ka qui sont utilisés comme des prête-noms pour certains points de vente. Les véritables propriétaires ne s’en cacheraient même pas.

Le drapeau des Warriors est souvent utilisé lors de manifestations autochtones, mais, selon une de nos sources, le message qu'il porte a été détourné depuis. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve
Soyons clairs, Kanesatake n’a pas inventé le crime organisé. Ça ne vient pas d’ici. Ça me met vraiment en colère quand on essaie de rejeter toute la faute sur cette communauté, comme si Kanesatake avait inventé toute la criminalité au Québec. Mais les chefs de gang ne sont pas d’ici, pointe M. Nicholas, propriétaire d'un magasin de cannabis.
Le crime organisé, il est partout au Québec. Tout le monde sait que, dans les Laurentides, tout ce qui est commerce de drogue, c’est les Hells Angels. C’est juste qu’ici, ils ne se cachent pas.
À part l’argent qui va dans les poches des propriétaires, il n’y a pas grand-chose de positif qui ressort de ces magasins, déplore le vice-chef, qui explique qu’au début, plusieurs employés de ces magasins étaient de la communauté. Maintenant, l’immense majorité n’est pas autochtone, affirme-t-il.
M. Etienne raconte qu’une grande partie des cabanes à cannabis le long de la 344 ont été construites illégalement, sans consultations, sur des terrains appartenant à l’ensemble de la communauté, et ce, essentiellement depuis la légalisation du cannabis en 2018.
Clifton Ariwakehte Nicholas est fier d’affirmer qu'il n’a jamais exproprié ni volé de terres pour ouvrir son petit commerce.
Difficile de déloger les autres. Le conseil a pourtant tenté de le faire en imposant des règles, mais sans appui franc de la population. Dans la tradition, la terre est à tout le monde et les femmes en sont les garantes, précise-t-il.
[Les propriétaires de cabanes] ont une vision patriarcale, mélangée à l'idéologie guerrière de Louis Hall [un militant traditionaliste] et à celle du capitalisme américain.
Il soulève aussi l’idée que, pour certains, être un bon Mohawk, c’est enfreindre la loi, comme une forme d’affirmation de son identité.
Un avis que partage l’une de nos sources, qui confie : À la base, ça vient d’une mentalité mohawk, très indépendante, très fière, mélangée avec la culture des Warriors qu’ils ont détournée. Mais l’esprit des Warriors a changé avec la violence.
Une police autochtone comme solution?
À moins de disposer d’une force policière totalement indépendante qui appliquerait nos lois, nous ne sommes pas en mesure de les faire respecter, déplore le vice-chef.
Depuis 2004, Kanesatake est dépourvu d’une police sur son territoire, ce qui aurait permis l’intrusion supposée du crime organisé dans le territoire grâce à l’industrie dérégulée du cannabis.

Les policiers de la Sûreté du Québec mettent parfois en place des barrages routiers à Kanesatake, comme ici, lors d'une grosse soirée qui s'est tenue dans la communauté en 2021. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Stéphane Grégoire
Les membres de la communauté doivent compter sur la Sûreté du Québec (SQ) pour les protéger, mais beaucoup d’entre eux dénoncent régulièrement son inaction.
En 2009, en 2023 et en 2025, des opérations d'envergure menées par la SQ et liées au crime organisé dans la communauté ont mené à l'arrestation de plusieurs individus.
Par courriel, Renée Labonne, du service des communications de la SQ, affirme que les policiers […] sont présents et actifs dans la communauté et que l’absence d’actions visibles ne signifie pas l'absence d’intervention policière.

À Kanesatake, les stationnements des points de vente de cannabis se remplissent rapidement.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Les agents sont aussi présents lors d’événements organisés par les commerçants de cannabis pour assurer la sécurité du public et prévenir toute activité criminelle.
Ce n’est pas assez, selon plusieurs personnes interrogées par Espaces autochtones. Je ne sais pas pourquoi la SQ ne fait rien. Les agents ont probablement peur, croit le vice-chef.

Le nouveau maire d'Oka, Patrick Hardy, veut rétablir de bonnes relations avec Kanesatake.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Le maire d’Oka, Patrick Hardy, se dit quant à lui satisfait de la SQ, que la municipalité finance d’ailleurs à hauteur d’un million par an. Il croit en la création d’une police mixte à Kanesatake, qui compterait des agents autochtones et non autochtones, pour le sentiment de sécurité. Ça va prendre ça, car les gens de Kanesatake méritent de vivre paisiblement, dit-il.
Un travail difficile pour la police
Une police autochtone n’est pas la solution, selon le directeur du centre de santé, Jeremy Tomlinson. On [aurait] une force policière sous-financée… et elle va faire quoi? Si des corps policiers comme la GRC, comme la SQ, ne sont pas capables, alors qu’ils ont des experts en tactiques, en crime organisé, en écoute, en surveillance électronique, que va faire une police autochtone? se questionne-t-il.
Il explique que le travail de la police est extrêmement compliqué et coûteux, pour un résultat généralement minime.
En tant qu’ancien policier de la GRC, il détaille les sommes importantes qui doivent être débloquées lorsque la SQ souhaite, par exemple, organiser une infiltration qui dure généralement de nombreux mois. Policiers infiltrés, équipe de filature, mise en place des écoutes téléphoniques, recours à un groupe d’intervention tactique... tout cela demande de l’argent. Beaucoup d’argent.
On a peut-être arrêté cinq ou six individus reliés au crime organisé… ça paraît super bien dans la presse. Mais le patron, lui, il continue de faire des milliers de dollars par mois et le magasin n’a jamais fermé. Les gens se sentent en sécurité, mais ça n’a rien changé.
Selon lui, arrêter le petit vendeur derrière le comptoir, qui va être condamné à quelques mois de prison, n’aura absolument aucun impact sur la tête pensante qui, elle, continue d’encaisser les billets. Il y a aussi, ajoute-t-il, l’arrêt Jordan, qui fixe des délais maximaux pour les procès criminels et qui pourrait permettre à des accusés d'échapper à d'éventuelles condamnations.

Certains bâtiments qui abritent des magasins sont très modernes.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
Jeremy Tomlinson insiste plutôt sur une solution sociale et communautaire. Il parle d’un retour aux valeurs kanien'kehá:ka, axées sur les enseignements reçus il y a très longtemps.
Selon lui, il faut mettre l’humain avant le système, parce que c’est l’humain qui va gérer le système. Il faut investir dans un changement culturel, une revitalisation culturelle, car ce sont ces valeurs qui vont guider les choix des jeunes.
On doit leur montrer une réalité dans laquelle fumer du pot, ça ne les intéresse pas. Parce que pourquoi on prend du pot? Parce qu’on essaie d’oublier quelque chose.
Le mal-être de Kanesatake ne date pas d’hier. Les traumatismes de cette petite communauté sont nombreux et continuent de se transmettre au sein des familles.
Le siège de Kanesatake, aussi appelé crise d’Oka, à l’été 90, a été un catalyseur en ce sens.
Une épine pour Oka
La situation à Kanesatake nuit à Oka, la municipalité voisine, depuis plusieurs années. Julie Tremblay-Cloutier, une citoyenne d’Oka très impliquée dans sa communauté, souligne que sa ville, calme et bucolique, n’est plus ce qu’elle était.

Julie Tremblay-Cloutier témoigne elle aussi d'excès de vitesse régulièrement commis par des conducteurs.
Photo : Radio-Canada / Delphine Jung
On parle souvent de souveraineté économique, mais je n’ai pas vu de prospérité économique [à Kanesatake]. Je n’ai pas eu l’impression que [cette industrie] profitait à la communauté.
Elle regrette que la légalisation ait rendu encore plus acceptables toutes sortes de commerces. Pis encore, selon elle, l’absence d’un corps policier autochtone lance le message qu’on peut utiliser le territoire pour y faire ce qu’on veut.
Depuis son élection en 2025, le maire dit s’efforcer de créer un lien de confiance avec Kanesatake. Il parle d’un rapprochement fragile. Mais la présence supposée du crime organisé l'inquiète. Notre crainte, c’est qu’il commence à acquérir des terres agricoles, notamment autour de la communauté. Il faut contenir tout ça sur la route 344, affirme le maire.
En attendant, la crise politique que traverse Kanesatake depuis plus d’un an n’arrange pas les choses. Dépourvu de grand chef, le conseil intérimaire tente de naviguer… presque dans le noir.


3 weeks ago
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