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« Vous êtes en vie, Dieu merci! » : le difficile retour des déplacés dans le sud du Liban

1 month ago 85

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NABATIEH, Liban – Pare-chocs contre pare-chocs, des milliers de Libanais ont pris d’assaut la route principale qui relie Beyrouth au Liban-Sud, profitant d’une trêve entre Israël et le Hezbollah après 46 jours de combats.

Des voitures chargées de familles, de matelas et de valises ont pris la route pendant la fin de semaine en direction de villages qui avaient été évacués avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, vendredi.

Certains déplacés brandissent un drapeau du Hezbollah de la fenêtre de leur voiture, d’autres tendent leur main en faisant le signe de la victoire. Les uns affichent un sourire radieux sur leur visage, visiblement heureux de retrouver leurs terres, alors d’autres peinent à cacher leur fatigue et leur angoisse.

La route maritime qui relie Beyrouth au Liban-Sud bloquée en raison de l'afflux des déplacés qui souhaitent retourner chez eux après l'entrée en vigueur de la trêve, le 18 avril 2026.

La route maritime qui relie Beyrouth au Liban-Sud est bloquée en raison de l'afflux des déplacés qui souhaitent retourner chez eux après l'entrée en vigueur de la trêve, le 18 avril 2026.

Photo : Getty Images / Ryan Murphy

À Nabatieh, un bastion du Hezbollah et une des villes les plus violemment bombardées depuis le début de la guerre, le 2 mars, les scènes de dévastation sont partout.

Dans le vieux souk, autrefois bondé de passants, des dizaines de magasins ont été réduits à un amas de pierres et de poussières. Des ouvriers, déjà à l'œuvre, déblaient les débris de verre et les gravats.

Ici, une seule expression revient sur toutes les lèvres : Vous êtes en vie, Dieu merci! − Hamdellah aal salémé! en arabe.

La situation n'est pas calme

Hassan Zreik, 61 ans, est un des rares habitants à ne pas avoir quitté Nabatieh malgré l’ordre d'évacuation de l’armée israélienne.

En ce troisième jour de trêve, il est assis sur un tabouret à l’entrée de son restaurant de chawarma, qu’il hésite à rouvrir. Il craint une reprise de la guerre avant même l’expiration de la trêve, prévue le 26 avril.

Un homme qui porte des lunettes de soleil est debout devant un petit restaurant.

Hassan Zreik devant son restaurant endommagé par la guerre à Nabatieh, dans le sud du Liban.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

C’est une trêve qui n’en est pas une, dit Hassan. La situation n’est pas calme. Toute la nuit, on entendait encore le bruit d’explosions et de bombardements. Ce n’est pas du tout rassurant, ajoute-t-il.

Les autorités libanaises accusent l’armée israélienne de poursuivre ses opérations au Liban-Sud après y avoir établi une nouvelle ligne de démarcation, malgré la trêve. Des dynamitages de maisons ont même été signalés dans une dizaine de localités frontalières.

Depuis plusieurs jours, le Hezbollah, qui menace de riposter aux violations israéliennes, appelle les plus d’un million de déplacés libanais à ne pas retourner chez eux, évoquant la fragilité de la trêve.

La guerre peut de nouveau éclater d’une minute à l’autre. Que feront alors tous ces gens qui ont décidé de revenir chez eux dans le sud?

De la fumée s'élève d’un quartier de Nabatieh dans le sud du Liban bombardé le 12 avril par l’armée israélienne.

De la fumée s'élève d’un quartier de Nabatieh dans le sud du Liban bombardé le 12 avril par l’armée israélienne.

Photo : Getty Images / ABBAS FAKIH

Hassan a perdu son frère et son neveu âgé de 20 ans, il y a une semaine, dans une frappe israélienne d’une rare intensité contre la municipalité de Nabatieh. Ce jour-là, 19 personnes ont été tuées, dont 13 agents des forces de sécurité.

Au total, plus de 2100 personnes sont mortes dans les bombardements israéliens et 7000 autres ont été blessées.

Une vie à l'arrêt

À quelques mètres du vieux souk de Nabatieh, des employés s'activent dans un petit restaurant de falafels, le seul qui a rouvert dans la ville. Ashraf Arnaout, le propriétaire, y voit un acte de solidarité.

J’essaie d’aider les gens. Je ne le fais pas pour l’argent, pas du tout, assure ce trentenaire, qui gère deux autres branches dans le centre et dans le nord du pays.

Achraf Arnaout prépare un sandwich de falafels dans son restaurant à Nabatieh, au Liban-Sud.

Achraf Arnaout au moment de préparer un sandwich de falafels dans son restaurant à Nabatieh, au Liban-Sud.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Nabatieh a été coupée du reste du Liban pendant plusieurs jours après que des frappes israéliennes ont visé près de 15 ponts entre cette ville et le nord du pays.

Ashraf a ainsi dû redoubler d’efforts afin de se procurer les ingrédients de base nécessaires pour rouvrir son restaurant. J’ai tout amené de l’extérieur de Nabatieh, explique-t-il. Ici, il n’y a rien du tout, même pas du pain. La vie est quasiment à l’arrêt.

Assis à l’entrée du restaurant avec sa fille de trois ans, Hassan Ghandour, un client, attend son sandwich. Il est heureux de retrouver sa ville natale.

Arrivé il y a tout juste six mois après avoir passé plus de dix ans entre la Suisse et l’Allemagne, il est revenu s’établir au Liban, entre deux guerres.

Hassan Ghandour avec sa fille Zahraa, âgée de trois ans.

Hassan Ghandour avec sa fille Zahraa, âgée de trois ans.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Je ne regrette rien, assure-t-il.

On va rester ici. C'est notre pays, c’est notre terre, c’est notre sud. On ne va plus jamais partir.

Nous sommes des humains

Il compte rester au Liban-Sud malgré les risques qu’une nouvelle guerre n'éclate.

Au plus fort des bombardements, il confie qu'il a eu un peu peur. Nous sommes des humains, après tout. Nous avons un cœur, des sentiments, etc. Mais c’est décidé : je reste ici jusqu’à ma mort.

Rester à Nabatieh n’est toutefois pas une option pour un grand nombre d’habitants qui ont perdu leur chez-soi sous les bombes. C’est le cas de Ranine Ghandour, dont la maison familiale s’est partiellement effondrée sous l’impact d’une frappe.

Une bâtisse de trois étages partiellement effondrée sous l'impact d'une frappe israélienne au Liban-Sud.

Une bâtisse de trois étages partiellement effondrée sous l'impact d'une frappe israélienne au Liban-Sud.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Le troisième − et dernier − étage de la bâtisse s’est plié comme un château de cartes, rendant les deux autres étages inhabitables.

Seul le jardin semble avoir miraculeusement survécu au feu. Rosiers et géraniums sont en pleine floraison et leurs fleurs, couleur rose vif, contrastent avec la grisaille ambiante.

Cette maison nous est très chère, dit Ranine. Avec mes frères et mes parents, nous avons beaucoup enduré pour la construire, mais nous allons la rebâtir. Tant que nous serons en vie, nous allons la rebâtir.

Ranine Ghandour pose dans son jardin devant sa maison détruite par la guerre à Nabatieh.

Ranine Ghandour pose dans son jardin devant sa maison détruite par la guerre à Nabatieh.

Photo : Radio-Canada / Rania Massoud

Ce n’est pas la première fois que la maison de Ranine est visée par une frappe israélienne.

Lors de la dernière guerre, en 2024, elle a été légèrement endommagée mais rapidement rénovée. Cette fois-ci, Ranine préfère attendre que la guerre finisse pour de bon avant d’entamer les travaux de reconstruction.

Je veux qu’on en finisse avec les guerres pour qu’on puisse rester chez nous et ne plus nous retrouver forcés à fuir, inch'allah, si Dieu le veut.

2:21

Voyez le reportage de Rania Massoud à Nabatieh, dans le sud du Liban.

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