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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayAu Canada, il est souvent impossible de distinguer un homard pêché légalement d’un produit issu du marché noir. Que ce soit pour les détaillants, les restaurateurs ou les consommateurs qui souhaitent encourager une pêche locale et éthique ou connaître la provenance du homard, la traçabilité se perd dans un dédale d'intermédiaires.
On ne sait donc presque jamais dans quelle zone le crustacé a été capturé ni dans quelles conditions. Sans cette traçabilité, impossible de garantir que le produit qu’on achète provient d'une source gérée de façon durable qui assure la pérennité de l’espèce. En clair : le consommateur ignore bien malgré lui s'il encourage une pêche responsable ou un produit obtenu illégalement.
L'ampleur du problème est colossale. L’automne dernier, l’émission Enquête a révélé que des tonnes de homards, parfois même capturés hors saison, sont détournés vers le marché noir. Des réseaux clandestins s'organisent ainsi pour détourner la ressource et la revendre sans laisser de traces.
Selon les données internes de Pêches et Océans Canada, jusqu’à 30 % des captures ne seraient pas déclarées. Cette situation prive les scientifiques de données fiables pour mesurer l'état réel des stocks et contrôler la pêche.
L’ancien sous-ministre adjoint des Pêches et des Océans Trevor Swerdfager affirme sans détour que les autorités n’ont aucun moyen de prouver que le homard qu’on achète n’est pas un produit de la pêche illégale ni une prise non déclarée.

Le pêcheur Marc Thériault s’inquiète que la pêche à l’extérieur des saisons commerciales nuise au futur de la ressource.
Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé
Cette incertitude sur l’état réel des stocks inquiète des pêcheurs comme Marc Thibault, qui craignent pour l’avenir.
Il y a deux espèces qui restent : le crabe et le homard. Toutes les autres espèces qui ont été abusées, le hareng, le maquereau, la morue, les crevettes… il n'en reste plus , déplore le capitaine de homardier basé au Nouveau-Brunswick.
Le flou entre le quai et l'assiette
Au restaurant Molenne, à Montréal, le copropriétaire Alexandre Hallé-Quinlan s’efforce de sélectionner des produits issus d'une pêche durable. Il se fait un plaisir d’en raconter l’histoire à ses clients. Pour les mollusques comme les pétoncles, les huîtres et les moules, il est facile de connaître l’origine grâce à des étiquettes de traçabilité.
Pour le roi des crustacés, c’est une autre histoire : ça demeure la plupart du temps un véritable mystère.
Je n'ai pas la traçabilité exacte. C'est entre l'eau et le client que les choses deviennent floues.

Alexandre Hallé-Quinlan, copropriétaire du restaurant Molenne.
Photo : Radio-Canada
Le problème commence bien souvent dès le débarquement. L'infiltration d'Enquête a d'ailleurs démontré que des caisses entières échappent à la pesée obligatoire avant de disparaître dans la nature.
Ces prises peuvent être ensuite payées au noir, puis redirigées vers des viviers où des homards de différentes provenances sont regroupés avant d'être expédiés.
Une fois ces stocks brassés, les fournisseurs n’ont plus aucun moyen d’en vérifier l’origine exacte.
À la poissonnerie Odessa à Brossard, le gérant Matthieu Gautier explique qu’il est rare pour lui de recevoir du homard directement du pêcheur. La ressource provient souvent de grossistes qui peuvent avoir mélangé jusqu’à quatre provenances différentes.
Un casse-tête pour le poissonnier, qui estime que 80 % de ses clients réclament de savoir d’où vient leur achat (Gaspésie, Côte-Nord, Îles-de-la-Madeleine, Anticosti, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, etc.).
On sait une seule chose, c'est que ça vient de l'est du Canada. Quand je leur réponds : je ne sais pas, ce n'est pas la réponse qu'ils ont envie d'entendre. Je passe pour un mauvais poissonnier.

On peut voir les médaillons de traçabilité du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.
Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat
L'exception gaspésienne
Une seule initiative canadienne parvient à briser cette opacité : celle du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, financée en partie par le gouvernement du Québec. Depuis 2012, un système de médaillons attachés aux pinces des homards permet aux clients d'entrer un code sur le site monhomard.ca pour identifier le pêcheur, le lieu précis de capture et la certification de durabilité.
Il est important que le consommateur puisse faire un choix éclairé, affirme la chargée de projet Claire Canet, qui ajoute toutefois que la mise en place d'un tel système est complexe et coûteuse, puisqu'elle doit impliquer l'ensemble des acteurs, du pêcheur au distributeur.
Un manque de volonté politique
Un tel système devrait être obligatoire, selon l’ex-haut placé de Pêches et Océans Trevor Swerdfager, qui estime que la traçabilité est la seule solution pour décourager les fournisseurs malhonnêtes et certifier l'origine légale des prises, mais la volonté politique n’y est pas.
Le Canada a décidé de ne pas mettre en place ce type de système. Ils ont juste dit que ce n'était pas une priorité, affirme le biologiste qui a travaillé trente ans au sein de la fonction publique canadienne, notamment comme patron des agents de la pêche.

Après 30 ans au sein de la fonction publique canadienne, le biologiste Trevor Swerdfager travaille maintenant à l’école de l’Environnement, des ressources et de la durabilité de l’Université de Waterloo.
Photo : Radio-Canada / Luc St-Pierre
Questionné à ce sujet, le ministère des Pêches et des Océans a renvoyé les journalistes vers l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Cette dernière explique par courriel qu’en cas de besoin, elle peut exiger les registres pour être en mesure d’effectuer la traçabilité du produit tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Les consommateurs, eux, n’ont cependant pas accès à ces informations.
Pourtant, des modèles ailleurs dans le monde prouvent que le changement est possible. Le gérant de la poissonnerie Odessa du DIX30, Matthieu Gautier, qui a travaillé en Europe, rappelle que les zones de pêche y sont indiquées sur chaque produit de la mer avec une indication géographique de provenance obligatoire. Pour lui, l'enjeu est crucial : C'est important de pouvoir dire au consommateur que son homard a été pêché de manière durable et que nos générations futures vont en avoir aussi.
Avec les informations de Maude Montembeault, Daphnée Hacker-B et Gildas Meneu
INFOS COMPLÉMENTAIRES :
Zones de pêche : Le territoire est divisé en zones aux saisons décalées pour protéger les périodes de reproduction.
Économie : La pêche au homard représente plus de 2 milliards de dollars, soit près de la moitié de la valeur totale des pêcheries canadiennes.
Initiative : Le site monhomard.ca reste à ce jour le seul outil de traçabilité direct pour le consommateur au Québec.


1 month ago
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