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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayGreg Joy a longtemps été l’athlète amateur le plus admiré au Canada. Il a été propulsé par sa médaille d’argent au saut en hauteur aux Jeux de Montréal en 1976. Avec sa fille Alexandra, qui n’avait jamais mis les pieds au Stade olympique, il a récemment revisité son exploit, 50 ans après ce moment de gloire qui l’a suivi toute sa vie.
Le 31 juillet 1976, à l’avant-dernier jour de la grande fête olympique montréalaise, un jeune Britanno-Colombien de 20 ans conquiert le public, en un seul bond. Il franchit la barre à 2,23 mètres et s’assure d’une place sur la deuxième marche du podium.
Après avoir entendu le silence avant de m’élancer, j’ai ressenti l’éruption!, se souvient Greg Joy, en décrivant la réaction explosive des quelque 70 000 spectateurs sur place.
Près de lui, Alexandra Joy écoute attentivement son père se remémorer ces minutes intenses et fantastiques.
Une heure plus tôt, les Joy étaient arrivés en tant qu'invités du Comité olympique canadien et de la direction du Parc olympique, à l’approche des festivités entourant le 50e anniversaire des JO de Montréal.
Dans la rotonde, redécorée de photos et d’anecdotes de 1976, Alexandra et Greg cherchent d’abord le panneau explicatif réservé à l’ex-athlète de 70 ans, figure emblématique de l’événement.
Le portrait de Joy, les bras tendus vers le ciel après avoir réalisé le saut le plus important de sa carrière, apparaît dans un coin, juste en dessous de la photo de la gymnaste Nadia Comaneci, la petite Roumaine de 14 ans, reine de Montréal.
Le grand invité s’approche de l’affiche qui le met en vedette et prend la pose, au grand bonheur d’Alexandra.
Mais qui est cet homme?, demande-t-il en éclatant de rire.
Vous êtes toujours aussi mince!, note une dame de 79 ans, dans une forme radieuse, qui jouit, ce jour-là, du même privilège que la famille Joy.
Il s'agit d'Abby Hoffman, qui a porté le drapeau du Canada à la cérémonie d’ouverture. L’ex-coureuse de fond, qui en était alors à ses quatrièmes Jeux, est devenue, le 17 juillet 1976, la première femme du pays à qui l’on confiait cette tâche prestigieuse de mener la délégation.

Abby Hoffman, porte-drapeau du Canada aux Jeux olympiques de Montréal
Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier
La visite les amène devant cet immense chantier de construction qui vise à munir le stade d’un nouveau toit fiable et résistant.
Ça alors, ça ne ressemblait pas à ça à l’époque, lance Greg Joy, dès qu’il aperçoit l’aire de compétition recouverte par cette énorme structure prenant petit à petit forme.
Du haut des balcons, il montre du doigt le secteur où se tenait l’épreuve de saut en hauteur en 1976, sous une pluie battante.
Justement, il pleut encore. Le ciel de Montréal prend plaisir à lui rafraîchir la mémoire avec la plus belle de ses averses.
Il se rappelle son utilisation de chaussures d’abord trop glissantes.
J’étais mon propre entraîneur et j’avais dressé une liste de 10 choses à faire, raconte-t-il. L’une d'entre elles consistait à vérifier mes crampons en cas de pluie.
J’en avais des longs et des courts. J’ai raté mes deux premiers essais à 2,18 m avec les longs avant de réaliser que je devais porter les autres. Puis, j’ai réussi mon dernier saut à 2,23 m, sinon j’aurais été éliminé.
Une décision opportune qui aura un impact sur sa vie entière.

Greg Joy aux Jeux olympiques de Montréal
Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand
Dans les hauteurs d’un stade qui se refait une beauté, Alexandra et Abby l'écoutent avec admiration.
Un journaliste trouble-fête lui rappelle qu’il avait alors devancé le champion du monde, Dwight Stones, mais que l’Américain avait juré qu’il n’y avait que la pluie qui pouvait l’empêcher de gagner la compétition.
Cinquante ans après ce dénouement, Joy réplique avec vigueur.
Ben voyons! Stones avait remporté les Championnats nationaux américains sous la pluie. Il était juste profondément contrarié d’avoir perdu!
Ce jour-là, le Polonais Jacek Wszola a été couronné vainqueur de l’épreuve avec un saut de 2,25 m.
Greg Joy accepte volontiers l’invitation d’observer la vidéo de son prodigieux saut. Assis sur un banc, fixant l’écran d’un téléphone cellulaire, il voit ces précieuses images défiler devant ses yeux.
Elles le montrent à 20 ans, gonflé à bloc, sur le point de foncer vers la barre à franchir devant une foule prête à rugir.
Joy esquisse un sourire discret. Il connaît plutôt bien la suite.
Appelé à déterminer le moment qui lui procure le plus de joie durant les célébrations immédiates qui ont suivi la réussite de son saut, il s’exclame en faisant allusion à son coéquipier Claude Ferragne.
Regarde! Il m’a donné un coup d’épaule directement sur le nez. Boum!
En effet, Ferragne s’était précipité vers lui pour l’enlacer un peu brusquement.

Greg Joy, au centre, est revenu au Stade olympique un demi-siècle après y avoir remporté la médaille d'argent au saut en hauteur.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier
Greg Joy est amusé par le visionnement. Pendant qu’il s’observe fêter avec exubérance, entre les cris délirants de ses supporteurs, sur un ton sérieux, il y va alors d’une remarque étonnante.
Ce gars-là, ce n’est pas moi…
On sent alors chez lui une certaine retenue à se reconnaître en ce jeune homme.
Le héros s’explique. C’est juste un moment dans le temps, insiste-t-il. J’ai réussi ce saut. Oui, cela a eu un impact sur la nation. J’en suis très fier, mais ce n’est qu’un court passage de ma vie.
Alexandra sursaute lorsqu’elle entend son père s’exprimer ainsi.
Ma première impression, quand je l’entends dire que ce gars-là "n’est pas lui", est de vouloir le contredire, mais je comprends sa réaction, car il est tellement humble. Quand nous étions jeunes, il nous parlait si peu de son exploit. Je n’ai vu ces images que lors des anniversaires des Jeux olympiques.
Son père lui propose alors de les regarder devant lui, pendant qu’il est assis à ses côtés.
Alexandra est prise d’une émotion dès qu’elle le voit, dans la vidéo, si heureux d’être acclamé par cette foule. Des larmes apparaissent dans ses yeux.
C’est si beau, dit-elle en jetant un regard vers son père, qui la serre aussitôt contre lui et l’embrasse sur la joue.
Visionner ces images ici même est une occasion vraiment spéciale. Je suis fière de lui. C’est mon papa.
Elle a grandi avec le phénomène Greg Joy autour d’elle, ajoute son père. Je suis content qu’elle soit ici.

Greg Joy après son saut qui lui a valu la médaille d'argent, le soir du 31 juillet 1976.
Photo : La Presse canadienne
Greg Joy n’a participé aux Jeux olympiques qu’une seule fois, étant privé d’un deuxième essai en raison du boycottage par le Canada de ceux à Moscou, en 1980. Ralenti par les blessures, il n’a pas été en mesure de se qualifier pour les JO de Los Angeles, en 1984, année de sa retraite.
Son record personnel est un saut de 2,31 m réalisé aux Championnats du monde en salle en 1978. Il s’agissait alors d’un record du monde, mais rien n’a jamais plus égalé la frénésie engendrée par le succès qu’il a obtenu à Montréal, en 1976.
Sa soudaine popularité l’a même quelque peu décontenancé.
On m’a vu durant l’hymne national à la télé chaque soir (faire ce saut) pendant longtemps. Ce n’est pas normal que tout le monde sache qui tu es. C’est inhabituel. C’était un peu exagéré.
Greg Joy vit depuis 35 ans dans la région d’Ottawa, où il a notamment mené une carrière d’arbitre au Tribunal administratif du logement en Ontario.
Sa vie d’athlète est si loin derrière. En 50 ans, il ne s’est rendu au Stade olympique que quelques fois. Il s’estime chanceux d’avoir pu vivre des moments aussi intenses.
Je devais être au bon endroit, au bon moment pour écrire l’histoire. On ne peut reproduire cela. Ça n’arrive qu’une fois dans une vie. Que j’aie gagné l’or ou l’argent ne change rien à l’impact que j’ai eu sur les Canadiens partout au pays.
Lui et sa fille n’échangeraient pas ce beau moment ensemble pour tout l’or du monde. Et les Canadiens restent fascinés par la portée de ce saut exécuté sous la pluie, dans des conditions difficiles, mais tellement inspirant pour des générations d’amoureux du sport de haut niveau.


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