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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayPour les chefs des Premières Nations réunis cette semaine au cœur de la capitale fédérale, il ne faut plus seulement préserver la mémoire des pensionnats pour Autochtones, mais aussi protéger les survivants contre un phénomène qu'ils jugent en pleine expansion : le négationnisme.
Réunis mercredi en conférence de presse dans le cadre de l'Assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations (APN), ils ont demandé au gouvernement fédéral de faire du négationnisme des pensionnats une infraction criminelle au même titre que la négation de l'Holocauste.
Une revendication portée par une résolution adoptée à l'unanimité par les chefs, dans un climat marqué par une montée des discours haineux visant les Autochtones.
La conférence de presse survient quelques semaines après le rejet, par le Sénat, d'amendements au projet de loi C-9 qui auraient permis d'inclure le négationnisme des pensionnats dans les dispositions du Code criminel relatives à la propagande haineuse.

Le pensionnat de Sept-Îles, situé à Mani-utenam, a été en activité pendant 19 ans, de 1952 à 1971, sous l'administration catholique romaine. (Photo d'archives)
Photo : National Centre for Truth and Reconciliation Archives
Pour les dirigeants autochtones, cette décision constitue un recul majeur sur le chemin de la réconciliation. La vérité n'est pas facultative et la réconciliation ne peut exister sans la vérité, a lancé le chef de la Nation crie de Pimicikamak, David Monias, à l'origine de la résolution d'urgence adoptée mardi par les chefs.
Le dirigeant a rappelé que plus de 150 000 enfants des Premières Nations, Inuit et Métis ont été arrachés à leur famille pour être placés dans les pensionnats, où beaucoup ont subi des violences physiques, psychologiques et sexuelles. Nous devons honorer les survivants, mais aussi chaque enfant qui n'est jamais rentré chez lui, a-t-il insisté.
À ses yeux, nier cette histoire revient à nier la parole des survivants eux-mêmes. Chaque fois que l'histoire des pensionnats est niée, on dit aux survivants que leur vérité n'a aucune importance.
Des scènes de crime
Le débat autour du négationnisme s'est intensifié depuis la découverte, en 2021, de centaines de possibles sépultures anonymes près d'anciens pensionnats pour Autochtones, notamment à Kamloops, en Colombie-Britannique.
Pour plusieurs dirigeants, les demandes répétées d'exhumation formulées par certains négationnistes témoignent d'une profonde incompréhension des traditions autochtones. Je n'aime pas parler de tombes anonymes. Ce sont des scènes de crime qui doivent être protégées et faire l'objet d'enquêtes, a affirmé David Monias.
Le grand chef de Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO), Garrison Settee, tout juste revenu de Kamloops, a dénoncé les pressions exercées sur les communautés pour qu'elles fournissent des preuves supplémentaires.
On ne va pas dans un cimetière pour déterrer des corps simplement afin de prouver que quelqu'un est mort. C'est irrespectueux envers notre culture, a-t-il déclaré, rappelant que chaque nation possède ses propres protocoles spirituels entourant les lieux de sépulture.
Selon lui, le refus d'inscrire le négationnisme dans le Code criminel revient à laisser prospérer les discours haineux. Ce pays entretient les crimes haineux. Il les cautionne.
De son côté, le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations pour la Colombie-Britannique, Terry Teegee, estime que les discours contestant l'histoire des pensionnats pour Autochtones se sont multipliés au cours des dernières années. Le négationnisme n'est pas un débat universitaire. C'est un discours haineux, a-t-il dit.
Selon lui, les communautés qui travaillent à documenter les anciens pensionnats sont désormais confrontées à des menaces, à des courriels haineux et à des actes d'intimidation. Il a cité l'exemple de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc, qui a dû mettre en place une surveillance permanente du site où 215 sépultures potentielles ont été détectées après que des individus eurent tenté d'y pénétrer.
Pour Terry Teegee, reconnaître officiellement le négationnisme comme une forme de haine constituerait une mesure essentielle pour protéger les survivants et les lieux de mémoire. La réconciliation passe par l'acceptation des vérités difficiles de notre histoire.
Une protection équivalente à celle accordée à la négation de l'Holocauste
Les chefs autochtones soulignent que le Code criminel interdit déjà la négation volontaire de l'Holocauste lorsqu'elle sert à promouvoir l'antisémitisme. Ils réclament désormais une protection comparable pour les survivants des pensionnats.
La grande cheffe du Conseil de la Nation Anishinabek, Linda Debassige, a expliqué que plusieurs dirigeants autochtones avaient comparu devant le comité sénatorial des droits de la personne afin de défendre cette modification législative. Le négationnisme des pensionnats est de la haine et doit être reconnu comme tel dans le Code criminel du Canada.
Ottawa n'a jamais véritablement associé les Premières Nations à l'élaboration du projet de loi C-9, a-t-elle ajouté. Le Canada s'est excusé pour cette atrocité. Mais des excuses qui ne sont pas suivies d’actes restent lettre morte.
Au-delà des revendications politiques, la conférence de presse a été marquée par le témoignage particulièrement bouleversant de Betsy Kennedy, cheffe de la Première Nation de War Lake et survivante des pensionnats. Sa mère fréquentait déjà un pensionnat. Puis ce fut son tour, ainsi que celui de ses frères et sœurs. Chaque enfant qui atteignait l'âge de cinq ans était emmené, a-t-elle raconté, les yeux brillants.
Lors d'un entretien accordé à Radio-Canada après la conférence de presse, elle raconte avoir été séparée de sa famille pendant quatre années consécutives. Quand je suis finalement revenue à la maison après quatre ans, je ne reconnaissais plus mon père.
Elle se souvient de cet homme qui attendait chaque été le retour de ses enfants. Il a attendu que tous les autres enfants soient repartis avec leur famille avant de venir me voir. Il m'a appelée par mon prénom, et je n'ai fait que hocher la tête. Je ne savais plus qui il était.
Pour elle, les révélations sur les sépultures découvertes près d'anciens pensionnats pour Autochtones ont ravivé ce traumatisme. Quand j'ai entendu parler des enfants en Colombie-Britannique, j'ai pensé à leurs parents qui les attendaient. Je ne peux pas imaginer ce qu'ils ont vécu.
Si vous voulez savoir ce que les pensionnats nous ont fait, venez me poser des questions. Je vous raconterai tout.
Une bataille qui se poursuivra à Ottawa
La cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, affirme que l'adoption unanime de la résolution envoie un message clair au gouvernement fédéral.
Cette résolution réaffirme notre volonté que le Canada travaille avec les Premières Nations à une loi qui criminalise les discours haineux et le négationnisme. Il est question de justice, de vérité et de réconciliation.
Elle explique que la montée des discours haineux accompagne les avancées politiques des Premières Nations. Plus nous devenons forts, plus nous recevons de haine.
L'APN entend désormais maintenir la pression lorsque le Parlement reprendra ses travaux cet automne. Les chefs demandent également au gouvernement de préserver l'ensemble des archives recueillies par la Commission de vérité et réconciliation, craignant que des documents essentiels à la compréhension de cette histoire ne disparaissent.
Pour les chefs autochtones, il ne s'agit plus seulement de préserver la mémoire des pensionnats, mais aussi de protéger les survivants contre ceux qui en nient l'existence ou en minimisent les conséquences.


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