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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe film bilingue Tissé serré (Tight Lettuce), qui prend l’affiche vendredi, est une immersion poignante dans la crise des opioïdes. Inspirée d’une histoire vraie, la comédie noire met en vedette Emmanuel Bilodeau dans le rôle de Bodo, un homme dépendant au fentanyl que son fils Joel tente de sortir de l’enfer de la drogue, coûte que coûte.
Après plusieurs courts métrages, Tissé serré est le premier long métrage de Harrison Houde, un cinéaste originaire de l’île de Vancouver qui s’est fait connaître comme comédien à l’âge de 14 ans dans le film Journal d’un dégonflé (Diary of a Wimpy Kid), en 2010.
Le film, qui vient de remporter le Prix du public du meilleur long métrage québécois au festival Fantasia, est inspiré de la véritable histoire de son ami d’enfance Rayden Wickop, dont le père est aux prises depuis plus de 30 ans avec une dépendance à l’héroïne et au fentanyl. Malgré la ténacité du problème, Rayden a toujours refusé d’abandonner son père.
C’est une histoire incroyable. Je n’avais jamais entendu parler d’une relation comme celle-là dans un contexte de dépendance ou de consommation de drogue. C’est une histoire puissante, intéressante, différente, unique. C’est à la fois beau, chaotique et étrange, explique Harrison Houde.
Derrière son énergie débordante et son cabotinage incessant, le personnage de Bodo cache une tristesse évidente, alimentant notamment l’espoir de renouer avec son ex-compagne Lucy, incarnée par Maxim Roy.
Bodo existe vraiment, je lui ai parlé. C’est probablement un homme en détresse. Par la prise de drogue, il cherche peut-être à combler un déficit d’amour, explique Emmanuel Bilodeau. Le fentanyl est une drogue terrible, mais ça n’a pas brisé qui il est à l’intérieur, c’est-à-dire un amoureux, un bon père, un gars merveilleux.
Quand la réalité dépasse la fiction
En plus d’avoir parlé au vrai Bodo, le comédien avait des heures et des heures d’enregistrements vidéo sur lesquelles se baser, Rayden Wickop ayant documenté la vie hors norme de son père pendant plusieurs années.
Il nous a donné des extraits de ses journaux personnels, des lettres, des vidéos qu’il avait tournées il y a cinq ans, à l’époque où il pensait réaliser un documentaire. Nous avions énormément de matériel à notre disposition, explique Harrison Houde.
Mais selon le réalisateur, Emmanuel Bilodeau avait compris l’essence du personnage avant même de voir ce matériel, dans sa vidéo d’audition.

Emmanuel Bilodeau est méconnaissable dans le rôle d'un homme dépendant à l'héroïne et au fentanyl, dans le film bilingue « Tissé Serré (Tight Lettuce) » de Harrison Houde.
Photo : Viral Distribution
Il a le sens du rythme comique, la maîtrise du tempo, l’énergie. Il est attachant, charismatique et amusant. C’est tellement important pour ce personnage, parce que Bodo est comme ça : c’est quelqu’un de très drôle, de charismatique, un gars avec qui on a envie de passer du temps, sauf lorsqu’il consomme de la drogue, explique le réalisateur.
C’était très dur de trouver quelqu’un qui pouvait jouer ce contraste et Emmanuel était la bonne personne.
Emmanuel Bilodeau n’a jamais pris de fentanyl, mais il affirme qu’il partage une énergie similaire à celle du vrai Bodo dans certains aspects de sa vie, ce qui l’a aidé à peaufiner ce rôle de composition assez complexe.
J’avais l’impression de sentir ce rythme intérieur là, d’être très familier avec ça. Et pour le fentanyl et la drogue, je suis allé voir des gens dans la rue près d’ici, j’ai parlé avec beaucoup de monde, j’ai observé, explique-t-il.

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« Tissé serré » est le premier long métrage du cinéaste canadien Harrison Houde.
Le pari d’un film bilingue
Si le vrai Bodo réside à l’île de Vancouver, le cinéaste a décidé de transposer son histoire à la frontière entre l’Ontario et le Québec, une décision encouragée notamment par Serge Desrosiers, président et cofondateur de la boîte québécoise Vital Productions, qui coproduit le film avec Vesperia Films.
Le film a été tourné à Sainte-Adèle avec des acteurs du Canada anglais, Dakota Daulby, Christie Burke et Josh Cruddas, ainsi que plusieurs acteurs du Québec, dont Didier Lucien, France Castel, Maxim Roy et Guy Jodoin, hilarant dans le rôle de Gilbert, avec sa coupe mohawk et ses manières plutôt rustres.

Josh Cruddas (à gauche) et Guy Jodoin dans une scène du film « Tissé serré » de Harrison Houde
Photo : Vital productions
L’essentiel des dialogues est interprété en anglais, sauf lorsque les personnages francophones interagissent entre eux. Les visages connus du Québec se laissent ainsi aller à la langue de Shakespeare, tout en assumant à 100 % leur accent québécois.
Le mélange des langues au cinéma, c’est quelque chose de vraiment spécial. C’est très agréable à regarder pour le spectateur, mais aussi pour moi, explique Harrison Houde.
Les scènes que je dirigeais en français sont probablement mes préférées du film, parce que j’étais moins concentré sur les mots qui étaient prononcés. J’étais simplement là à regarder jouer les acteurs, à observer leurs émotions.

France Castel incarne Nana, la mère de Bodo (Emmanuel Bilodeau) dans le film « Tissé serré ».
Photo : Vital productions
La crise des opioïdes à hauteur d’homme
Plus qu’une incursion dans les causes de la crise des opioïdes, Tissé serré est surtout tourné vers ses conséquences, non seulement sur la personne dépendante, mais aussi sur son entourage.
Les opioïdes détruisent la vie des gens, pas seulement celle des personnes qui les consomment, mais aussi celle de tous ceux qui les entourent, et je pense qu’on l’oublie souvent, explique Harrison Houde. Toute une famille peut être affectée par les décisions d’une seule personne. On ne réalise pas l’effet domino que cela provoque.
La patience de Joel, incarné par Dakota Daulby, qui cosigne le scénario de Tissé serré avec Harrison Houde, est par moments presque inconcevable, alors qu’il met ses propres relations en jeu par amour pour son père.
Je ne pense pas que je serais capable de faire ce qu’il fait pour son père. Je pense que c’est très rare, et c’est aussi ça qui rend cette histoire spéciale, parce que beaucoup de gens ne seraient pas capables de faire ça, explique Harrison Houde.

Joel (Dakota Daulby) et son père Bodo (Emmanuel Bilodeau) passent un rare moment de tranquillité ensemble dans le film « Tissé serré ».
Photo : Vital productions
Si le jeune cinéaste avait des craintes quant à la réception de son premier long métrage, elles se sont dissipées depuis les premières représentations, notamment au festival Fantasia le 18 juillet dernier.
Je suis très fier de ce film. Il est profondément sincère, il raconte une histoire vraie et il a une résonance importante pour beaucoup de gens, affirme-t-il.
J’étais très nerveux avant la première projection, mais les réactions ont été tout simplement incroyables. Il y a des gens qui sont venus me dire qu’après le film, ils avaient appelé leur mère pour la première fois en cinq ans. Les gens reconnectent avec leur famille. C’est ça, le pouvoir du cinéma.
Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet


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