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Référendum albertain : les immigrants temporaires sont-ils une surcharge économique?

3 hours ago 6

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Le gouvernement de l'Alberta présente le dilemme simplement. « Pour chaque dollar d’impôt qu’un travailleur temporaire génère, les contribuables doivent financer 10 $ en services publics. Ce n’est pas durable », affirmait la première ministre, Danielle Smith, à la fin du mois d'août.

Pour résoudre cette pression sur le système, Danielle Smith demande aux Albertains de lui donner un mandat pour modifier l’accès de ces résidents temporaires aux services publics et programmes sociaux.

Le gouvernement inclut dans sa définition de résidents temporaires les travailleurs temporaires étrangers, les étudiants étrangers et les demandeurs d’asile.

Tous les économistes à qui nous avons parlé sont d'accord pour dire que les politiques migratoires ont été problématiques après la pandémie, mais ils affirment qu'il faut se garder de simplifier l'impact économique de l'immigration et des solutions au problème.

La question de l’impact fiscal des immigrants est importante, mais elle est extrêmement difficile, affirme le professeur d’économie à l’Université de Waterloo Mikal Skuterud.

Le gouvernement albertain fait valoir que les résidents temporaires ont généré environ 150 millions de dollars de revenus pour la province en impôts sur le revenu, mais, selon le professeur, c’est une définition très restrictive de l’apport des travailleurs étrangers aux finances provinciales.

Quand je travaille pour une entreprise, je contribue à sa marge de profits et ces profits sont ensuite taxés par l’impôt sur les sociétés. Comment ramène-t-on cela à l’échelle du travailleur?, souligne-t-il. Les [travailleurs étrangers] travaillent dur, acceptent des salaires bas. Ce sont précisément les travailleurs recherchés parce qu’ils permettent de bonnes marges de profit.

Danielle Smith est assise à côté de la présidente de la Chambre de commerce de Calgary, Deborah Yedlin.

À la Chambre de commerce de Calgary, la première ministre Danielle Smith (à gauche) a lancé l'idée de faire payer 1900 $ aux résidents temporaires pour qu'ils puissent accéder aux soins de santé.

Photo : CBC

Il ajoute que le fait de réduire leur contribution aux finances publiques au moment de leur arrivée au pays est probablement injuste. Plus ils restent au Canada, plus leurs revenus augmentent et, donc, leurs contributions fiscales s'accroissent.

Ce n'est pas tout à fait juste de ne les observer que lorsqu'ils arrivent. Dans une certaine mesure, ces personnes sont un investissement pour l'avenir.

Un problème de gouvernance plutôt que d'immigration

Le titulaire de la Chaire Vaughan à l’Université du Nouveau-Brunswick, Herb Emery, souligne aussi que le fossé entre revenus et coûts des services publics n’est pas forcément attribuable aux statuts d’immigration, mais plutôt à des choix politiques.

L’Alberta est en effet en déficit structurel, à savoir que les coûts des services publics sont plus élevés que les recettes de l’impôt sur le revenu, rappelle-t-il. En somme, qu’on soit résident temporaire ou permanent ou citoyen canadien, il y a généralement un fossé entre ce que chacun génère en recette et son coût en services publics.

Si l’Alberta taxait de manière plus raisonnable et durable, ce ne serait pas un problème, affirme-t-il.

Il ajoute que leur contribution à l’économie albertaine ne peut pas être limitée à l’impôt sur le revenu. Ils répondent à des besoins de main-d’œuvre que les Albertains ne veulent pas combler, dit-il. Ils aident à garder de nombreux services plus abordables parce qu’ils sont prêts à travailler à de plus bas salaires.

Il est difficile ensuite de leur reprocher de ne pas assez contribuer aux recettes fiscales à cause de leur bas salaire, conclut-il.

Si je te prends et que je te case dans un petit boulot du secteur des services au salaire minimum, tu finiras toi aussi par ne plus rien apporter à l'économie.

Le cas particulier des étudiants internationaux

Les deux économistes contestent également l’inclusion des étudiants étrangers dans le discours du gouvernement.

Le campus de l'Université de Calgary, en Alberta.

À l'Université de Calgary, les frais d'inscription des étudiants internationaux peuvent dépasser 30 000 $ pour deux semestres.

Photo : Radio-Canada / Ose Irete/CBC

À l’Université de Calgary, les frais de scolarité pour les étudiants internationaux sont trois à quatre fois plus élevés que ceux pour un résident permanent. On pourrait faire valoir qu'ils surcontribuent désormais par rapport aux services dont ils vont bénéficier. C'est juste que ce sont les universités qui captent ces revenus, et non le gouvernement, souligne Herb Emery.

Un rapport d’Affaires mondiales Canada (nouvelle fenêtre) a calculé que les étudiants étrangers ont contribué à hauteur de 2 milliards de dollars au PIB de l’Alberta en 2022, et à 367 millions de dollars, en recettes fiscales.

Une solution à un problème passé

L’économiste en chef de Servus Credit Union, Charles St-Arnaud, s’inquiète aussi du fait que le gouvernement tente de trouver une solution à un problème qui n’est plus d’actualité.

Selon le dernier rapport sur la population de l’Alberta, le 1er juillet 2026, le nombre d’immigrants temporaires avait diminué de 2,8 % par rapport à l’année dernière.

On devrait plutôt regarder quelle devrait être une politique d’immigration optimale, affirme l’économiste.

Il craint que ces questions référendaires ne créent un effet de dissuasion pervers en ce qui concerne l’immigration à la veille d’un besoin croissant en main-d’œuvre.

On a tous ces grands projets qui vont arriver dans les prochaines années. On va avoir des besoins de travailleurs qualifiés et non qualifiés pour supporter ces projets, dit-il. Il faut relativiser le coût pour les services publics et les revenus d'imposition avec l'activité économique que les résidents non permanents permettent.

Selon Danielle Smith, la sélection des résidents temporaires devrait être laissée dans les mains de la province pour s’assurer qu’ils répondent aux besoins du marché du travail.

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