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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes Forces armées canadiennes ont mené, du 17 août au 25 septembre, l'opération Nanook-Nunakput, à Resolute Bay, au Nunavut. L'objectif : entraîner les soldats aux conditions de vie de l’Arctique, et affirmer la souveraineté du Canada sur un territoire de plus en plus convoité.
Le calme règne sur le camp militaire installé aux abords de l'aéroport de Resolute Bay. Des dizaines de tentes identiques, au toit vert et aux parois couleur crème, s'y alignent en rangs serrés. Un ordre géométrique strict qui tranche avec le territoire brut et austère qui l'entoure.

Le camp militaire installé aux abords de l’aéroport de Resolute Bay, au Nunavut, dans le cadre de l’opération Nanook-Nunakput.
Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro
C'est dans ce camp, aux allures de petit village, que quelque 300 membres des Forces armées canadiennes (FAC) ont été déployés depuis le sud du pays. Toutes les composantes sont représentées : l'Armée de terre, l'Aviation ainsi que la Marine. Ils apprennent à intervenir ensemble dans un objectif commun.
L'opération Nanook est une opération combinée qui permet de démontrer que les Forces armées canadiennes et ses membres sont capables non seulement d'opérer, mais aussi d'avoir du succès lorsqu'il y aura des menaces contre la souveraineté canadienne, fait valoir le brigadier-général Marc Parent, commandant de la Force opérationnelle interarmées du Nord.
Dans l'Arctique, prévient-il, l'environnement est lui-même un adversaire et les soldats doivent être prêts physiquement, mentalement et spirituellement.

Le brigadier-général Marc Parent, commandant de la Force opérationnelle interarmées du Nord.
Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro
Quand l’Arctique impose son rythme
Chaque matin, tout se joue d'abord autour d'une table où est déployée une carte du théâtre des opérations. Une dizaine d'officiers font face au lieutenant-colonel Christopher Vanden Berg et reviennent sur les dernières 24 heures avant d'annoncer les missions du jour.
Aux abords du camp, les exercices se répètent : montage des tentes, maniement des armes, déplacements en groupe. Plus loin, dans le brouillard et la neige qui effacent l'horizon, une vingtaine de soldats s'initient à la survie en milieu arctique.
Après plusieurs heures de marche, ils ont installé un camp temporaire à quelques kilomètres du camp principal. C'est de la pratique, indique le capitaine Miguel Fournier. Quand on va pousser plus tard dans l'opération pour aller faire des activités tactiques, au moins ils vont avoir la base de la survie.

Le capitaine Miguel Fournier au camp temporaire où les soldats s’initient à la survie en milieu arctique.
Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro
Pour beaucoup de ces soldats, c'est une première dans l'Arctique. Habitués à évoluer en forêt dans le Sud, ils découvrent un territoire sans arbres où la seule chose qui se présente, c'est des roches, résume le capitaine Fournier en montrant l'horizon.
Sur place, la météo a le dernier mot. Dans l'Arctique, tout est incertain. Et la météo est la plus grande variable, reconnaît le lieutenant-colonel Vanden Berg.
Un peloton de mortiers devait rejoindre par les airs la Petite île Cornwallis, une île voisine inhabitée. Il a dû s'y rendre par la mer : la pluie verglaçante et le brouillard ont empêché deux hélicoptères Chinook de se poser à Resolute Bay.

Des membres de la Garde côtière canadienne et des militaires sur la rive de Resolute Bay.
Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro
L'Arctique réserve aussi des surprises au matériel. Nous avons appris comment certains de nos équipements fonctionnent ici, ce qui peut être un peu différent. Nous ne nous y attendions pas, admet le lieutenant-colonel, sans donner plus de détails.
Malgré ces contretemps, il dresse un bilan positif : Le tir a été un succès. Nous avons prouvé que nous pouvons le faire dans cet environnement et à cette période de l'année.
Si les soldats s'entraînent ainsi au tir et à la survie, ce n'est pas seulement pour faire face à la toundra, c’est également pour sécuriser un axe hautement convoité.
Un passage stratégique
Opérer dans l'Arctique est d'autant plus complexe que le territoire est en pleine transformation à l'ère du changement climatique. L'Arctique doit être mieux défendu, parce que les menaces d'aujourd'hui n'existaient pas dans le temps, affirme le brigadier-général Parent.
Avec la fonte des glaces, une route maritime s'ouvre aux portes de Resolute Bay : le passage du Nord-Ouest, qui relie l'océan Atlantique au Pacifique.
Pour un navire qui va de l'Asie de l'Est à l'Europe de l'Ouest, ce passage peut raccourcir le trajet de façon considérable. Un atout qui attire de plus en plus d'acteurs étatiques et commerciaux, note la Défense nationale. Mais jusqu'où le Canada peut-il en contrôler la navigation? La question divise Ottawa et Washington.
Pour Ottawa, toutes les eaux de l'archipel arctique sont des eaux intérieures canadiennes en vertu d'un titre historique : les navires étrangers peuvent y circuler, mais selon les lois canadiennes.
Pour les États-Unis, le passage est un détroit international, ouvert à tous. Depuis un accord conclu en 1988, les brise-glaces américains demandent la permission du Canada, sans que la question soit tranchée.

Le littoral de Resolute Bay, sur l’île Cornwallis, aux portes du passage du Nord-Ouest.
Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro
Le passage du Nord-Ouest devient de plus en plus stratégique à mesure qu'il devient navigable. Nous sommes ici pour démontrer notre capacité à contrôler ce qui est canadien, souverainement canadien, déclare Vanden Berg.
À ses yeux, l'opération est une démonstration de force qui s'adresse autant aux Canadiens qu'aux alliés et aux adversaires du Canada. Mais face à l'hostilité de la toundra, cette force militaire a besoin de ceux qui connaissent ce territoire.
Les yeux et les oreilles du Nord
Jour et nuit, des Rangers canadiens patrouillent en quatre-roues le long du littoral et sur les terres autour du camp pour repérer les menaces potentielles, à commencer par les ours polaires. Plusieurs ont été aperçus à moins de deux kilomètres durant l'opération.

Des membres du 1er Groupe de patrouille des Rangers canadiens participant à l'opération Nanook-Nunakput posent pour une photo de groupe à Resolute Bay, au Nunavut, le 16 septembre 2026.
Photo : Forces armées canadiennes / Corporal Gwyneth Lovell
C'est ça que les Rangers font. Ils protègent les soldats, résume le sergent Patric Bélanger, quartier-maître du 1er Groupe de patrouilles des Rangers canadiens.
Ces hommes et ces femmes ne sont pas des militaires de carrière, mais des réservistes de l'Armée canadienne vivant dans les communautés des régions septentrionales. Ils sont les yeux et les oreilles du Nord, poursuit-il. Ils regardent le ciel pour les avions étrangers et les bateaux étrangers sur la mer.
Leur principal atout est leur connaissance du terrain. L'avantage, c'est qu'ils vivent ici. C'est comme nulle part ailleurs au Canada, souligne-t-il. Ils sont des experts parce que c'est chaque jour qu'ils sont ici.
Certains de leurs savoirs sont pourtant bousculés par les changements climatiques, selon lui. Des Rangers lui ont confié qu'ils lisaient dans les nuages et les aurores boréales la température du lendemain, mais qu'avec les changements, ces signes ne se vérifient plus toujours.
Une terre inuit
Les soldats venus du Sud, eux, doivent apprendre les règles de ce territoire. À Resolute Bay, l'armée reste une invitée. Ici, la terre est inuit, et nous y sommes sur la base de la bonne volonté et d'un accord, rappelle le lieutenant de vaisseau Luc Steele, chargé de la coopération civilo-militaire.
Cet accord, signé avec l'Association inuit du Qikiqtani, fixe les règles, dont celle de ne laisser aucune trace après le départ de l'armée. Les militaires s'interdisent aussi d'acheter quoi que ce soit dans la communauté, pour ne pas peser sur des ressources déjà limitées.

Le panneau du hameau de Resolute Bay, dont le nom inuktitut est Qausuittuq.
Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro
L'histoire de Resolute Bay rend cette prudence nécessaire. Dans les années 1950, le gouvernement fédéral y a déplacé de force des familles inuit d'Inukjuak, au Québec, et de Pond Inlet, notamment dans l’idée de renforcer sa présence dans l’Arctique.
Ottawa a présenté des excuses en 2010 pour les souffrances causées. L'armée en est consciente, assure Luc Steele, mais n'aborde le sujet que si un membre de la communauté le soulève. La communauté n'a exprimé aucune inquiétude, ajoute-t-il, en précisant qu'il s'agit de ses propres perceptions.

Le hameau de Resolute Bay, sur l’île Cornwallis, au Nunavut.
Photo : Radio-Canada / Nantou Soumahoro
Resolute Bay pourrait d'ailleurs changer de statut. En mars 2026, Ottawa a annoncé que le hameau accueillerait l'un de ses carrefours de soutien opérationnel du Nord, tout comme Whitehorse. Ils s'ajoutent aux trois déjà annoncés à Iqaluit, Inuvik et Yellowknife. Ces futurs sites logistiques doivent permettre une présence militaire à l'année dans l'Arctique, plutôt que de tout y apporter, une opération à la fois.
Le reportage a été réalisé dans le cadre d'une visite médiatique organisée par les Forces armées canadiennes à laquelle la collaboratrice Nantou Soumahoro a participé.


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