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Plus de 120 000 Canadiens qualifiés ont quitté le pays depuis 2019

3 weeks ago 51

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Le nombre de Canadiens ayant choisi de partir sous d’autres cieux est passé de 90 460, en 2019, à 120 640, au troisième trimestre de 2025. Cela représente une hausse de 34 %.

Julien Bérard-Chagnon, démographe à Statistique Canada, explique que, bien que cette augmentation en proportion frappe les esprits, 30 180 personnes ont émigré en six ans.

Selon lui, le Canada a certes perdu des gens, mais il a aussi accueilli, au cours des dernières années, plus de 400 000 immigrants dont son économie a besoin, soit quasiment quatre fois plus.

Julien Bérard-Chagnon précise cependant que les Canadiens ayant pris le large récemment sont surtout de jeunes adultes de 25 à 44 ans, plus scolarisés que la moyenne et qui travaillent dans des domaines comme les sciences et la finance.

Il ajoute qu’il s’agit de personnes qui « tendent à avoir des revenus plus élevés », tandis qu'un grand nombre d’entre eux sont en couple.

La répartition par province et territoire montre que le nombre de Canadiens ayant émigré de l’Ontario a augmenté de plus de 15 000 personnes durant la même période.

La Colombie-Britannique est la deuxième province ayant compté le plus d’expatriations, soit plus de 7400, suivie du Québec, qui en a recensé 3619.

Défaillance dans le comptage

Le Canada, comme beaucoup d’autres pays occidentaux, ne dispose pas de système d’enregistrement lui permettant de suivre adéquatement les flux d’expatriation.

Par conséquent, il se tourne vers des chiffres provenant notamment des Nations unies, ce qui fait que les données sur l’émigration canadienne sont fragmentaires, comme le fait remarquer Julien Bérard-Chagnon.

Il indique que l’agence de statistique a recueilli des chiffres sur les entrées et les sorties provenant des services frontaliers.

On est en train d'explorer la façon dont on pourrait intégrer ces données-là pour affiner nos estimations et en apprendre davantage sur les gens qui quittent le Canada.

Certains de nos modèles suggèrent qu'il y a environ 4 millions de citoyens canadiens qui vivent à l'étranger, ajoute-t-il.

Un homme portant des lunettes claires sourit devant l'objectif d'une caméra.

Julien Bérard-Chagnon est démographe à Statistique Canada.

Photo : Fournie par Julien Bérard-Chagnon

Pourquoi partent-ils?

The Economist a récemment consacré un article au sujet intitulé Westerners are fleeing their contries in record numbers (« Des Occidentaux émigrent en nombre record »).

En ce qui concerne le cas du Canada, le journal britannique indique que la politique y est pour quelque chose.

Les Canadiens conservateurs, qui en sont désormais à leur onzième année de gouvernement libéral de centre gauche, se tournent vers d’autres horizons.

Cela témoigne d’un sentiment croissant, chez les Occidentaux de toutes tendances politiques, que le système politique est défaillant, affirme le journal.

Tout en faisant remarquer que l’émigration canadienne est un phénomène relativement rare, Julien Bérard-Chagnon note que les causes sont multifactorielles.

Il constate, par exemple, que la démographie canadienne évolue avec la mondialisation et les progrès technologiques. Cela, dit-il, a produit une nouvelle réalité en matière de migration: celle des travailleurs hautement qualifiés.

Le Canada étant historiquement un pays d’immigration, il note également que les immigrants sont plus susceptibles d'émigrer par la suite, que ce soit pour aller prendre soin d'un proche dans leur pays d’origine, pour aller y préparer leur retraite ou pour une tout autre raison.

Une file d'attente dans un aéroport.

Julien Bérard-Chagon soutient que les raisons de l'émigration de Canadiens sont multifactorielles. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Simon Mayer

D’immigrés à émigrés

Alpha Diallo fait partie de ces Canadiens issus de l’immigration qui ont choisi d'émigrer. Après avoir travaillé pendant 12 ans au Québec dans les télécommunications, l’ingénieur s’est installé en 2022 au sud de la frontière.

Et pourtant, il ne pensait pas s’en aller un jour, le Québec lui ayant offert un environnement de travail enrichissant, qui lui a permis de développer [ses] compétences techniques et [en relations] humaines, dans un contexte multiculturel.

Plusieurs facteurs ont contribué à lui faire changer d’avis, dont les hivers au Canada, qui sont particulièrement éprouvants, tant physiquement que psychologiquement.

L’obtention d’un MBA, en 2021, a incité Alpha Diallo à aspirer à des postes de direction. Il affirme avoir réalisé à cet égard que peu de possibilités s'offraient à lui en restant au Canada. À l’inverse, le marché américain offrait un éventail beaucoup plus vaste de possibilités professionnelles dans les télécommunications, l’aéronautique, les technologies de l’information.

C’est ainsi que l’idée de migrer vers le Sud [...] s’est transformée en véritable projet concret, dit-il, en faisant valoir que les États-Unis disposent d’un marché du travail extrêmement dynamique, caractérisé par la présence de milliers de multinationales.

J’avais également le sentiment que l’expérience professionnelle y était davantage valorisée que l’appartenance à certains ordres professionnels ou réseaux institutionnels. Cette perception d’un système plus ouvert au mérite et aux compétences a fortement influencé ma décision.

Un homme tout sourire se fait prendre en photo dans une position de profil.

Établi au Colorado, Alpha Diallo travaille pour la compagnie EchoStar, où il contribue notamment à la modernisation des infrastructures de réseaux de télécommunications 5G.

Photo : Fournie par Alpha Diallo

Après huit années passées à Montréal, Marie Braud a, quant à elle, choisi de jeter l’ancre au Portugal.

La Franco-Canadienne explique qu’elle avait notamment envie de se rapprocher de l’Europe et de sa Bretagne natale.

Bien que le Canada lui ait permis de construire une vie confortable, des amitiés et une carrière stable, elle explique que quelque chose en [elle] avait commencé à s’éteindre doucement, sous le poids des hivers interminables et du métro-boulot-dodo bien huilé.

De plus, le quotidien [était] devenu trop prévisible dit Marie Braud, pour une personne qui, comme elle, à l’âme d’une nomade : Là où Montréal m’avait appris la stabilité, Lisbonne m’a réappris le mouvement.

Le Portugal m’a offert ce que le Canada ne pouvait plus me donner [...]: de la légèreté. À Lisbonne, j’ai retrouvé la mer, la lumière, les terrasses qui débordent jusque tard dans la nuit. Le coût de la vie est plus accessible.

Une femme au visage souriant fixe du regard l'objectif d'une caméra.

Après huit ans à Montréal, Marie Braud a posé ses valises à Lisbonne, au Portugal.

Photo : Marie Braud/LinkedIn

Des raisons financières

Alpha Diallo explique par ailleurs que l’aspect financier a également compté pour beaucoup dans son choix: Les États-Unis offrent généralement des salaires plus élevés dans les secteurs technologiques et de gestion.

De plus, selon lui, comparativement au Canada, la pression fiscale est souvent moins pesante au sud de la frontière, selon les États, précise-t-il. Cela permet une meilleure capacité d’épargne et d’investissement pour les familles.

Sur la question des taux d'imposition, la Chaire en fiscalité et en finances publiques de Université de Sherbrooke a réalisé en 2024 une étude (nouvelle fenêtre) comparative du poids des impôts sur le revenu des particuliers dans les pays de l’OCDE.

Il en ressort que, bien que le Canada se situe dans le quart supérieur du classement, c'est un pays où, en revanche, les taux de ponction au titre des cotisations sociales sont parmi les plus bas.

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