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Mort de Maëlyne Lugez : son père dénonce des erreurs similaires à l’affaire Carpentier

1 month ago 24

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Au terme d’une enquête publique éprouvante sur la mort de sa fille Maëlyne, le constat est clair pour Samuel Lugez : la police de Lévis a répété des erreurs semblables à celles commises dans l’affaire Carpentier à l’été 2020. Il refuse que la mort de sa fille ne soit qu'un énième constat d'échec, a-t-il confié en entrevue à Radio-Canada.

Disparue le 6 novembre 2024, Maëlyne Lugez est retrouvée sans vie le lendemain dans le ruisseau d’un boisé à seulement 550 mètres de son école de Lévis, endroit où elle a été vue pour la dernière fois. Initialement, un rapport de coroner de trois pages a conclu à une noyade accidentelle, occultant la profonde détresse de l'adolescente et les ratés de l'opération de recherche.

Il aura fallu le cri du cœur de Samuel Lugez et les révélations de Radio-Canada sur les failles de cette intervention pour que le coroner en chef ordonne une enquête publique qui s’est tenue au cours des derniers jours au palais de justice de Québec.

Pour Samuel Lugez, assister aux cinq jours d’audiences présidées par le coroner Luc Malouin, celui-là même qui avait dirigé l'enquête sur la mort des petites Norah et Romy Carpentier, a provoqué un sentiment de déjà-vu.

À ses yeux, le constat est clair : les leçons qui auraient dû être tirées de la mort des sœurs Norah et Romy Carpentier ont été ignorées par le Service de police de la Ville de Lévis (SPVL).

Samuel Lugez.

Samuel Lugez s'est confié à la journaliste Marie-Pier Bouchard à sa sortie de la dernière journée de l'enquête publique du coroner sur la mort de sa fille Maëlyne.

Photo : Radio-Canada

Dans les deux cas, on reproche aux autorités d'avoir suspendu les recherches sur le terrain pour la nuit et d'avoir tardé à demander officiellement le renfort d'équipes spécialisées en recherche terrestre. Puis comme dans le dossier de Maëlyne, l’enquête publique dans l’affaire Carpentier a été ordonnée à la suite de révélations journalistiques exposant des lacunes policières majeures qui étaient absentes de rapports initiaux produits par la coroner Sophie Régnière.

La coroner Sophie Régnière, une femme aux cheveux roux et lunettes, est assise derrière une table noire recouverte de micros lors d'un point de presse. Elle est éclairée par des lumières de cinéma, avec plusieurs caméras et techniciens visibles au premier plan, accentuant l'angle de la caméra. Derrière elle se trouve une bannière verticale du Bureau du coroner du Québec avec la devise « Pour la vie ! ».

L'enquête publique sur la mort de Norah et Romy Carpentier a été annoncée après la révélation à l’émission Enquête des ratés de l'opération de recherche qui n’avaient pas été investigués dans le rapport initial du coroner Sophie Régnière qu’elle a déposé en novembre 2021.

Photo : Radio-Canada

On a l’impression qu’il n’y a rien qui a changé, laisse tomber Samuel Lugez à sa sortie de la salle d'audience, faisant référence aux recommandations formulées par Luc Malouin en 2023 et qui auraient dû, selon lui, empêcher la fin tragique de sa fille.

Ça veut dire quelque part, il faut qu'il y ait des choses qui changent au niveau des recherches, au niveau de la communication, de la relation entre la Sûreté du Québec et les différents corps policiers, les bénévoles [en recherche terrestre]. Il faut que ce monde-là communique plus, plus facilement.

Dans une salle d'audiences où se trouve plusieurs personnes et des représentants des médias, un homme prend des notes, assis à l'arrière de la salle.

Samuel Lugez a été très attentif à tous les témoignages de l'enquête publique.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Les audiences ont confirmé les révélations troublantes du reportage de Radio-Canada mettant en lumière ces mêmes lacunes de communication. L'enquête a démontré que la Sûreté du Québec (SQ), les maîtres-chiens et les bénévoles spécialisés en recherche terrestre, entre autres, étaient disponibles et prêts à intervenir le soir même. Pourtant, les renforts n'ont pas été appelés officiellement sur le terrain avant le lendemain.

Ce qui bouleverse Samuel Lugez autant que la perte de sa fille de 13 ans, c'est d’apprendre que toutes les ressources spécialisées étaient disponibles dès le premier soir, mais que le SPVL n’a pas fait de demande officielle à la SQ.

À la lumière des différents témoignages d'experts et de témoins, il est clair pour lui que Maëlyne aurait été retrouvée en vie si le SPVL avait pris des décisions différentes. Je dirais qu’il y a 99,89 % de chances, pour ne pas dire 100 %, qu’elle [Maëlyne] aurait été retrouvée en vie.

La dernière journée des audiences a sans doute été la plus difficile à encaisser. En plus de vivre le stress de témoigner, le père de famille avoue avoir été profondément heurté par le témoignage du directeur adjoint du SPVL, Réjean Langlois, qui a qualifié le travail de son organisation d’exemplaire.

Réjean Langlois.

Réjean Langlois, directeur adjoint du Service de police de la Ville de Lévis, lors de l'enquête publique du coroner sur la mort de la jeune Maëlyne Lugez.

Photo : Radio-Canada

Ça me paraissait comme irréel, lâche-t-il. Je me sens très frustré, ça me fâche, parce que tous les témoignages qu'il y a eu depuis une semaine prouvent qu'il y a plein de choses qui n'ont pas été faites correctement. [...] Et puis là, la dernière personne qui témoigne dit en gros que tout le monde a menti et puis que ce n'est pas vrai tout ce qui a été dit. Donc, forcément, c'est très très très frustrant.

Samuel Lugez déplore que le SPVL tente de justifier ses décisions sans admettre la moindre faille systémique malgré les similitudes avec les ratés de l’opération de la SQ en 2020 à Saint-Apollinaire pour retrouver les sœurs Carpentier.

Tout le monde essaie de se justifier, de justifier ses décisions [en disant] "c'est pas de notre faute [...] on ne savait pas. On dirait que les gens ne savent pas toujours quoi faire et où aller pour avoir de l'aide".

Bien que le coroner Luc Malouin ait précisé que l’enquête publique représentait un retour à la case départ, comme si le rapport initial n’avait pas existé, Samuel Lugez ne peut s’empêcher de penser au décalage entre les conclusions initiales de la coroner Sophie Régnière et les révélations de l’enquête publique.

Vue en plongée sur un document imprimé.

Dans un rapport initial sur la mort de Maëlyne Lugez, la coroner Sophie Régnière a conclu à une noyade accidentelle survenue très rapidement après sa disparition.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

On est très très loin du rapport de Sophie Régnière, le premier rapport que j'ai reçu. On est loin à tous les niveaux, si bien des causes du décès de Maëlyne, de l'heure du décès de Maëlyne. [...] Le volet enquête dans le premier rapport, c'était peut-être une phrase ou une ligne, [...] donc, forcément, on tombe de haut.

Cette quête de vérité est douloureuse, éprouvante et nécessaire pour Samuel Lugez et sa conjointe, Eve Lévesque, qui étaient très proches de Maëlyne.

Gros plan sur une photographie tenue par deux mains sur une table en bois. La photo montre un gros plan de deux personnes.

Maëlyne était très proche de sa belle-mère, Eve Lévesque, et se confiait beaucoup à elle.

Photo : Radio-Canada

À la mémoire de Maëlyne

Au-delà des critiques envers le système, Samuel Lugez a profité de cet entretien pour rendre hommage à sa fille Maëlyne et rappeler qu’elle n’était pas seulement l’adolescente suicidaire qu’on a présentée tout au long des audiences de l’enquête publique.

Maëlyne, ce n'était pas juste une jeune fille suicidaire qui voyait tout en noir. Maëlyne, c'était une belle jeune fille de 13 ans qui aimait dessiner, elle voulait étudier en arts. Elle aimait jouer avec son petit frère et sa petite sœur, passer du temps avec ses demi-sœurs. C'était une belle personne, avec un bon cœur, sans aucune malice, insiste-t-il, la voix chargée d'émotion.

Maëlyne Lugez sur une plage.

Maëlyne Lugez quelques mois avant sa disparition et sa mort tragique dans un boisé de Lévis en novembre 2024.

Photo : Gracieuseté famille de Maëlyne Lugez

Samuel Lugez refuse que sa fille soit morte pour rien. Il réclame des recommandations fortes pour éviter que l’histoire ne se répète encore, parce qu’il y a eu l’histoire des p’tites Carpentier [...], il y a Maëlyne et [...] il ne faut pas qu'il y ait d'autres décès de jeunes qui arrivent à cause des erreurs policières, des manques de communication entre chaque service, ça ne doit pas arriver. [...] Il y a des choses qui peuvent être corrigées.

Le coroner Luc Malouin.

Plusieurs témoins se succèdent pour répondre aux questions du coroner Luc Malouin, qui préside les audiences publiques visant à faire la lumière sur les circonstances entourant le décès de l'adolescente Maëlyne Lugez.

Photo : Radio-Canada / Philippe Kirouac

On veut protéger tout le monde dans le système, mais à un moment donné, c'est nos jeunes qui sont en danger, s’indigne-t-il.

Il place maintenant ses espoirs envers le coroner Luc Malouin et son équipe. Ils ont fait un très bon travail, estime Samuel Lugez. Ils ont posé les bonnes questions aux bonnes personnes. Je leur fais confiance pour la suite des choses.

Le rapport final du coroner Malouin est attendu pour le début de l’automne.

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