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Les peptides injectables : une cure de Jouvence dangereuse?

1 month ago 44

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Une petite fiole et des seringues. À l'intérieur de la fiole : une substance poudreuse qui, une fois mélangée à une solution stérile à base d'eau, est injectée dans le corps. Ces substances à base de peptides donneraient aux usagers une apparence plus jeune, plus mince ou plus musclée.

Le Torontois Marc Racette a commencé à prendre des peptides il y a trois mois.

L'un qu'il s'injecte le matin du nom de Sermorelin et l'autre qu'il prend oralement le soir du nom de BPC-175.

Marc Racette en entrevue à son domicile.

Marc Racette dit avoir pris connaissance de cette tendance il y a un an, en parlant avec des connaissances aux États-Unis qui prenaient déjà des peptides.

Photo : Radio-Canada

L'entrepreneur dans le secteur des finances dit que son mode de vie effréné l'a poussé à essayer les peptides pour son bien-être. Le jeune homme s'entraîne quatre à cinq fois par semaine.

J'avais besoin de quelque chose qui m'aiderait à me sentir mieux et à me relever plus rapidement.

Image en trois dimensions d'un peptide GLP-1.

L'ozempic est aussi un peptide, mais celui-ci est homologué par Santé Canada et est largement appuyé par la littérature scientifique depuis de nombreuses années, contrairement à ces peptides devenus viraux ces derniers temps.

Photo : iStock / ALIOUI Mohammed Elamine

La nouvelle fontaine de Jouvence?

Les peptides sont de courtes chaînes d'acides aminés servant de composants de base aux protéines et jouent le rôle de messagers essentiels, qui sont déjà trouvés dans l'organisme.

Au fur et à mesure qu'on vieillit, c'est naturel de perdre de plus en plus de peptides et d'hormones de croissance dans notre corps, affirme Evelyn Yin, infirmière praticienne à la clinique medi spa Rejuuv de Toronto.

Evelyn Yin en entrevue à la clinique medi spa Rejuuv de Toronto.

À la clinique Rejuuv, les clients peuvent partir avec une fiole de peptides qu'ils peuvent s'injecter eux-mêmes à la maison, affirme l'infirmière praticienne, Evelyn Yin.

Photo : Radio-Canada

Les gens perdent donc leur capacité à développer de la masse musculaire, à bien dormir et à récupérer après l'entraînement, ajoute-t-elle. Avec ces injections, l'organisme retrouverait son habileté à générer ses cellules plus rapidement, selon elle.

De son côté, Stuart Phillips, professeur de kinésiologie à l'Université McMaster à Hamilton, croit que l'injection de peptides est une pratique irresponsable.

Il y a une banalisation du fait de vouloir s'injecter [des peptides].

Il ne comprend pas comment des compagnies peuvent vendre ces produits destinés à la recherche à des particuliers.

Portrait de Stuart Phillips.

M. Phillips ne serait pas surpris si, dans les prochaines années, les gens arrêtent d'en parler, après s'être rendu du compte des faibles résultats offerts par ces peptides.

Photo : Gracieuseté de Stuart Phillips

Il y a des préoccupations liées à leur pureté, à leur lieu de fabrication ainsi qu'à la présence de la dose promise de l'ingrédient actif, soutient-il.

Ces produits, dit-il, pourraient potentiellement être contaminés avec d'autres produits, si les règles sanitaires ne sont pas respectées par certains fabricants. Même si un produit est considéré comme pur à 99 %, le 1 % d'impureté est non négligeable, d'après le professeur.

Selon le site web de Santé Canada, les personnes qui utilisent ces produits non homologués s'exposent, par exemple, à des déséquilibres hormonaux, des sautes d’humeur, des déséquilibres de la glycémie, des atteintes au foie ou aux reins.

Dédiés à la recherche scientifique

Principalement vendus en ligne auprès de différents détaillants, le Retatrutide, communément appelé Reta, le BPC-157 et le GHK-Cu sont parmi les peptides les plus populaires.

La majorité des peptides ne sont pas approuvés par Santé Canada pour usage personnel.

Pourtant, n'importe quel consommateur âgé de plus de 18 ans ou de 21 ans (l'âge diffère selon le détaillant) peut s'en procurer assez facilement sur le web sans avoir à passer par une vérification rigoureuse. Il suffit de confirmer qu'on a pris connaissance que ces produits sont commercialisés à des fins de recherche.

Produits injectables à base de peptides saisis par Santé Canada :

  • BPC-157
  • Retatrutide
  • GHK-Cu
  • CJC-1295
  • DSIP
  • Epitalon

Santé Canada a déjà saisi quelques-uns de ces produits auprès de compagnies établies au pays, comme la compagnie Peptide Canada, située à Point-Claire, au Québec, ainsi que de deux autres compagnies situées en Colombie-Britannique.

Une femme manipule un tube et une pipette.

Les peptides non homologués par Santé Canada sont censés n'être utilisés qu'à des fins de recherche par des firmes ou des chercheurs. (Photo d'archives)

Photo : iStock / gevende

Bien qu'ils font l'objet d'études depuis les années 1990, la plupart des peptides faisant partie de la liste des produits non homologués de Santé Canada pour la recherche ont peu, ou pas du tout, fait l'objet d'essais cliniques sur l'humain, notent des experts, comme Jonathan Jarry de l'Université McGill.

[L'utilisation de ces peptides] représente un risque significatif pour un bénéfice qui est improbable.

Photo de Jonathan Jarry.

Selon M. Jarry, le terme peptides, tel qu'il est employé en ligne, est assez flou et englobe une panoplie de substances qui ne s'insèrent pas dans cette catégorie.

Photo : Matteo Zamaria

D'ailleurs, les recherches ont quasiment été exclusivement menées sur les animaux, souligne M. Jarry.

Le professeur Phillips reste, lui aussi, sceptique. Ils ne sont probablement pas très efficaces, et c'est sans doute pour cette raison que l'industrie pharmaceutique n'a pas choisi de les breveter ni de les développer en tant que traitements, dit-il.

Une zone grise

Santé Canada indique que les produits pharmaceutiques non autorisés sont illégaux au Canada. Néanmoins, la vente de ces produits au grand public est devenue trop normalisée, critiquent des experts.

Ce n'est pas une substance vendue sur le marché noir. Elle n'est pas illégale, mais elle ne relève certainement pas non plus du domaine pharmaceutique. C'est une sorte de zone grise.

Un employé tient une fiole sur une chaîne de production dans l'usine de la multinationale pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK).

Même si les fabricants de peptides affichent souvent sur leur site web que leurs produits sont testés par un tiers parti, les consommateurs doivent demeurer vigilants, dit le professeur Stuart Phillips. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / FRANCOIS LO PRESTI

Certains sont fabriqués sur le sol canadien, mais d'autres pourraient également être fabriqués en dehors du pays où la réglementation en la matière est beaucoup moins stricte, soutient M. Phillips.

Par ailleurs, certaines substances en vente sur Internet sont identifiées à tort comme des peptides, fait valoir Jonathan Jarry.

Comme le MKC77, qui, techniquement, n'est pas un peptide.

Il s'agit plutôt, dit-il, d'un sécrétagogue de l'hormone de croissance, une substance synthétique, alors que les peptides se retrouvent naturellement déjà dans le corps.

Offerts dans des cliniques privées

L'infirmière praticienne à la clinique Rejuuv de Toronto, Evelyn Yin, affirme que les peptides vendus à la clinique respectent la réglementation de Santé Canada.

Jusqu'en 2025, la clinique offrait par injection le BPC-157 jusqu'à ce que Santé Canada ajoute le produit à sa liste de produits non homologués, dit-elle.

Depuis, la clinique ne vend que trois types de peptides, le Sermorelin injectable, le BPC-157 oral, et le GHK-Cu sous forme de crème.

Quand nos clients viennent nous voir, à moins qu'ils aient des problèmes médicaux, nous leur prescrivons des peptides et ils se l'injectent eux-mêmes à la maison, indique l'infirmière praticienne.

Une personne se fait une injection dans le ventre.

Selon les experts, les peptides oraux ou topiques sont beaucoup plus sûrs que ceux qui sont injectés, car les organes comme le foie agissent comme barrière effective avant que le sang puisse métaboliser l'ingrédient actif. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / Tatsiana Volkava

Tant que les usagers sont suivis par des professionnels de la santé, ces produits sont sans danger, soutient Mme Yin.

Le professeur Phillips concède que les cliniciens sont soumis à des normes et doivent les respecter.

La réglementation est-elle trop laxe?

Des experts croient que le gouvernement devrait agir rapidement.

Il y a un manque de balises, il y a un manque de contrôle actif de la part des organismes de réglementation, pense M. Jarry.

Santé Canada dit collaborer avec l'Agence des services frontaliers du Canada afin d’empêcher l’entrée de ces produits non homologués au pays.

Le gouvernement tient à rappeler à la population que de nombreux autres peptides existent sur le marché et doivent eux aussi être évités autant que possible.

Ces produits peuvent modifier le fonctionnement de votre organisme.

Pour reconnaître les produits homologués, Santé Canada indique que, sur chaque étiquette, doit apparaître un numéro d'identification d'un médicament (DIN) à huit chiffres.

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