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Les infrastructures, la priorité des peuples autochtones pour le budget 2026

7 hours ago 4

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Qu’elles soient dans les communautés des Premières Nations, dans les collectivités inuit ou dans les villes – où demeurent la majorité des Autochtones au pays –, les infrastructures sont au cœur des priorités de grandes organisations représentant les Premiers Peuples.

L’écart qui existe en matière d’infrastructures entre les communautés et le reste du pays est l’un des chevaux de bataille de l’Assemblée des Premières Nations (APN) depuis plusieurs années. Or, à l'approche du budget, l'organisation représentant plus de 630 Premières Nations a mis à jour ses estimations et un constat s'impose : la situation s'aggrave.

Pour combler le fossé d'ici les dix prochaines années, il faudrait des investissements de 376,1 milliards de dollars. Le premier rapport de l'APN, réalisé en collaboration avec le Conference Board du Canada en 2023, indiquait qu’il fallait investir 349,2 milliards de dollars pour combler l’écart d’infrastructures d’ici 2030.

Cindy Woohouse Nepinak debout derrière une chaise.

Cindy Woodhouse Nepinak espère que le gouvernement fédéral investira davantage dans les infrastructures des Premières Nations. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

La nouvelle estimation tient compte de sommes totalisant 33,4 milliards de dollars annoncées par Services aux Autochtones Canada, et qui couvrent la période 2020-2027.

Le premier ministre a reconnu qu’il fallait en faire plus, alors nous allons y porter une attention particulière, a souligné la cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, en conférence de presse mardi.

Les investissements n’ont pas suivi la cadence des besoins en infrastructures. Les délais font que combler l’écart va coûter de plus en plus cher.

Si les problèmes sont criants dans bien des domaines – logement, santé, traitement des eaux, infrastructures communautaires –, l’APN tire la sonnette d’alarme sur la piètre qualité des écoles. Une étude réalisée par l’Assemblée et parue en septembre note que 225 écoles des Premières Nations sont surpeuplées et que 77 doivent être remplacées d’urgence dans les communautés.

Pour y remédier, l’APN estime que des investissements de 19 milliards de dollars sont nécessaires d’ici les 20 prochaines années. À cela s’ajoutent des coûts d'exploitation de 550 millions de dollars annuellement.

Le budget de 2025 comportait certaines annonces en matière d'infrastructures, notamment 2,3 milliards de dollars sur trois ans à compter de 2026-2027 pour l'eau potable et le traitement des eaux usées dans les communautés.

Ottawa annonçait également qu'il consacrerait 6,56 milliards de dollars sur cinq ans à la construction de logements pour les Autochtones. Il ne s'agissait pas cependant d'argent frais, mais plutôt de sommes provenant d’un vaste éventail de programmes mis en place dans la dernière décennie.

Le bâtiment de 6 étages à Byrnepark Drive à Burnaby.

Le projet de Byrnepark Drive à Burnaby de 150 logements priorise les familles et les personnes autochtones, les personnes âgées et les personnes handicapées. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / CBC

L’Association nationale des Centres d’amitié autochtones (ANCA), de son côté, voudrait voir son financement être bonifié de 5 millions de dollars par année pour les cinq prochaines années afin d’accroître son offre de services. La majorité des Autochtones au pays vivent dans des villes et, devant des besoins croissants, l’Association voudrait avoir une plus grande marge de manœuvre.

Les sommes additionnelles qu’elle demande pourraient notamment servir à la création d’un chapitre dédié aux centres d’amitié dans les programmes de Maisons Canada, de la Stratégie sur le logement des Autochtones en milieux urbain, rural et nordique, et du Fonds pour bâtir des collectivités fortes.

Infrastructures, justice et coût de la vie dans le Grand Nord

Les besoins en infrastructures sont tout aussi importants dans les collectivités du Grand Nord, rappelle l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), qui représente les quatre gouvernements inuit disposant de traités avec la Couronne.

Et alors que le Canada veut renforcer sa présence dans l’Arctique, le regroupement demande à ce qu’Ottawa investisse 1 milliard de dollars sur 5 ans pour créer le Build Inuit Nunangat Fund, ou le Fonds pour construire l’Inuit Nunangat (le nom que donnent les Inuit aux territoires qu’ils habitent : le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavik et le Nunatsiavut dans le nord du Labrador).

Des maisons avec de la neige en arrière-plan.

Des maisons à Inukjuak, au Nunavik. (Photos d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le Fonds permettrait aux Inuit d’accéder aux sommes nécessaires pour accélérer le développement d'infrastructures maritimes, sociales et de télécommunications, notamment, qui sont vitales afin de connecter l’Inuit Nunangat au reste du pays alors qu’on porte une attention géopolitique renouvelée sur la région, écrit l’Inuit Tapiriit Kanatami dans ses soumissions prébudgétaires.

Ces investissements permettraient aussi d’augmenter de manière significative le nombre de logements dans l’Inuit Nunangat.

L’ITK voudrait aussi qu’Ottawa investisse 90 millions de dollars cette année dans les infrastructures de justice dans le Grand Nord, un autre domaine où les besoins sont criants. Ces sommes serviraient à construire des centres de justice inuit pour faciliter l’accès à la justice dans les communautés et permettre l'expansion des services pilotés par les Inuit.

Quant au coût exorbitant de la vie dans le Grand Nord, l’ITK demande à Ottawa de lancer un crédit d’impôt pouvant atteindre 7500 $ par année, selon le revenu, pour les contribuables inuit. Leur revenu médian net est de 32 000 $, alors que celui des personnes non inuit demeurant dans le Grand Nord est de 100 000 $, selon l’ITK.

Des programmes sociaux à revoir

L’ITK et l’APN demandent également à ce que le prochain budget contienne des mesures pour réformer deux importants programmes fédéraux en santé.

D’une part, la cheffe nationale de l’APN espère qu’il y aura des investissements significatifs pour transformer le programme des Services de santé non assurés pour les Premières Nations et les Inuit.

Le programme couvre un éventail de services qui ne sont pas couverts par d’autres régimes, comme les soins pour la vue, la santé mentale, les soins dentaires, ou encore l’équipement et le transport médical.

Vue intérieure d'un avion-ambulance contenant une civière stationné dans un hangar, en juin 2024.

Le transport médical est un enjeu important pour les communautés isolées et leurs membres aux prises avec des problèmes de santé majeurs. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Harold Dupuis

Cependant, plusieurs cas allégués de négligence dans le traitement des demandes en vertu du programme ont soulevé la grogne. C’est le cas récemment de Miranda Mamakwa, de la Première Nation de Fort Severn, une communauté accessible uniquement par avion dans le nord de l’Ontario.

Elle est décédée en septembre après que le programme administré par le Canada n’eut pas pu arranger de transport pour des rendez-vous de suivi à quatre reprises, a relaté la cheffe Woodhouse Nepinak.

Mme Mamakwa, 31 ans, avait subi une opération à cœur ouvert en avril. Elle prenait également des anticoagulants, ce qui nécessitait des suivis réguliers. Elle est décédée le 8 septembre d’une hémorragie cérébrale, selon sa famille.

L’ITK, pour sa part, demande à Ottawa d’investir 120 millions de dollars pour remplacer l’initiative Les enfants inuit d'abord, chose qu’Ottawa s’était engagé à faire en juillet. Ce programme vise à offrir des services adaptés rapidement aux jeunes Inuit, comme le fait le principe de Jordan pour les enfants des Premières Nations.

L’APN appelle d’ailleurs Ottawa à faire passer l’âge d’admissibilité au principe de Jordan de 18 ans à 30 ans afin de mieux accompagner les bénéficiaires dans leur transition vers l’âge adulte. Cette mesure nécessiterait des investissements de 2,7 milliards de dollars sur 5 ans, selon l’APN.

En février, le fédéral s’est engagé à verser 1,55 milliard dollars pour la prestation de services en vertu du principe de Jordan pour la prochaine année. Quelques semaines plus tard, à la fin du mois de mars, Ottawa avait annoncé du financement de plus de 2 milliards de dollars pour une vaste gamme de programmes (santé, gestion des urgences, soutien aux Autochtones en milieu urbain) pour lesquels aucun montant n'était prévu après le printemps.

L'énoncé économique d'avril, lui, prévoyait 2,1 milliards de dollars pour des services essentiels dans les communautés, y compris les services à l'enfance, la gouvernance, l'aide à domicile, les programmes pour les peuples autochtones en milieu urbain, l'éducation en communauté et les services de santé non assurés pour les Premières Nations et les Inuit.

Comme pour le principe de Jordan, l'argent annoncé pour ces deux derniers domaines ne couvre qu'un an. Cette approche du gouvernement Carney avait été vivement dénoncée dans la foulée du budget de 2025.

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