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Peptides injectables : sait-on vraiment ce qu’il y a dans la fiole?

5 hours ago 6

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Ma quête avec l’équipe de Rad a commencé lorsqu’on m’a transféré le courriel d’une femme, mère d’une adolescente, de la grande région de Montréal. Elle y racontait avoir intercepté un colis que sa fille de 16 ans avait commandé en ligne.

À l’intérieur, il y avait des seringues et plusieurs petites fioles avec des noms mystérieux pour les non-initiés : du CJC-1295 (No DAC) et du AOD-9604. Sur l’enveloppe, un collant d’une feuille d’érable qui laisse croire que les produits viennent du Canada. Le fournisseur : Polar Peptides, situé à Niagara Falls, en Ontario, si on se fie à l’adresse d’envoi.

L’existence des peptides injectables est largement médiatisée depuis un moment aux États-Unis. Ce témoignage m’indiquait que même des adolescents québécois s’y intéressent maintenant.

J’ai rencontré l’auteure du courriel, qui m’a remis le contenu du colis. Elle n’a pas voulu partager publiquement son identité pour préserver celle de sa fille mineure. Mais son inquiétude est grande.

Je me demandais : comment elle fait pour commander ça sur internet? Elle n'a pas de carte de crédit! Quand c’était le bon moment, je me suis assis avec elle. Ce que j'ai compris, c’était pour aider la beauté, les muscles ou la peau.

Le contenu d’un paquet de peptides acheté en ligne par une adolescente.

Le contenu d’un paquet de peptides acheté en ligne par une adolescente.

Photo : Radio-Canada / Cloé Giroux

Aux États-Unis, les peptides sont déjà bien présents dans le débat public. Le secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr, vient d’annoncer qu’il permettrait la commercialisation de six peptides jusque-là interdits, même si leur efficacité n’a jamais été démontrée.

On ne sait pas, par exemple, si leur efficacité dépasse celle d’un placébo, ou encore si leur utilisation peut causer le cancer. Sa recommandation va à l’encontre de celles des scientifiques de la Food and Drug Administration (FDA), l'équivalent américain de Santé Canada. RFK junior est connu pour avoir déjà publiquement louangé les peptides et avoir admis en consommer.

C’est quoi, un peptide?

Un peptide est une petite molécule formée d'acides aminés. Il peut servir de messager pour influencer certaines fonctions de l’organisme. Les consommateurs de peptides estiment qu’ils ont plusieurs vertus, comme accélérer la récupération musculaire, faire perdre du poids, améliorer la qualité de la peau, augmenter la concentration.

Toutefois, toutes ces promesses restent hypothétiques, car parmi les peptides les plus populaires du moment, peu ont fait l'objet d’études approfondies et encore moins passé toutes les étapes qui leur permettraient d’être homologués et distribués.

En plus du CJC-1295 (No DAC) et du AOD-9604 que nous avions en main, nous avons décidé d’élargir les types de peptides en notre possession pour en faire analyser le plus grand nombre. Des influenceurs sur lesquels je suis tombée m'ont orientée vers une compagnie québécoise : Ora Peptide.

Sur son site, nous avons acheté du TB-500 et du BPC-157, qui aideraient à améliorer les performances au gym, et surtout du rétatrutide, un peptide hyper populaire dont les utilisateurs disent qu’il fait perdre encore plus de poids que l’Ozempic ou le Mounjaro, des médicaments approuvés.

Le rétatrutide est actuellement développé par une compagnie pharmaceutique, mais il n’a pas encore reçu son homologation.

Un premier laboratoire prêt à nous aider

Le directeur du Laboratoire de contrôle du dopage, Jean-François Naud.

Le directeur du Laboratoire de contrôle du dopage, Jean-François Naud

Photo : Radio-Canada / Cloé Giroux

Nous avons contacté le Laboratoire de contrôle du dopage de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) pour qu’il nous aide à analyser nos peptides. Son directeur a accepté de nous aider à tester les fioles qui contiennent des substances qui sont utilisées par les usagers pour améliorer les performances sportives : le CJC-1295 (No DAC), le AOD-9604, le TB-500 et du BPC-157.

Sur tous les contenants, on peut lire la même indication : for research use only. Seulement pour la recherche. C’est un détail qui pique la curiosité de Jean-François Naud, directeur du laboratoire.

Quand on voit "pour recherche seulement", c'est vraiment déjà un doute qu'on doit avoir, c'est-à-dire que le produit n’a pas été homologué, si on veut, mais aussi qu'on n'a pas normalement de données chez l'humain qui sont suffisantes pour être capables de tirer des conclusions sur le danger à long terme.

Jean-François Naud nous explique que la matière première arrive surtout de Chine, en grande quantité. Et puis les gens font leur petite ampoule dans leur sous-sol, donc pas dans des conditions qui sont, au niveau sanitaire, vraiment idéales, ajoute-t-il.

Une startup qui veut informer

Pour faire analyser notre dernier peptide, le rétatrutide, nous avons trouvé une startup américaine prête à le faire. La mission de Finnrick est intéressante : elle veut aider les consommateurs à savoir si les peptides désirés se trouvent bel et bien dans les fioles qu’ils achètent, même si la vente de peptides non homologués n’est pas autorisée.

Elle constate que leur popularité est grande et propose aux consommateurs une forme de protection. Ils peuvent leur envoyer des fioles, qui sont transférées à des laboratoires pour être analysées. Le service est gratuit si le consommateur accepte que les résultats soient partagés en ligne.

Depuis le début de son existence, Finnrick croule sous la demande : elle a transmis à des laboratoires indépendants plus de 13 000 tests en deux ans. Quelle tendance le directeur général observe-t-il? 23 % des échantillons ne sont pas conformes, tant sur la quantité que sur la composition chimique promise par le vendeur.

Mais une nuance importante doit être apportée.

Selon Raphaël Mazoyer, son fondateur et directeur général, leurs résultats sont artificiellement élevés parce que les usagers utilisent leur service surtout lorsqu’ils ont de gros doutes sur la provenance de leurs peptides.

Les résultats : pas une note parfaite

Simon Deschênes est porte-parole et promoteur pour Ora Peptides.

Simon Deschênes est porte-parole et promoteur pour Ora Peptides.

Photo : Radio-Canada / Cloé Giroux

Après plusieurs semaines d’attente, les résultats sont là. Toutes les fioles analysées par le Laboratoire de contrôle du dopage de l’INRS à Laval contenaient le produit affiché.

Par contre, le laboratoire engagé par la startup américaine Finnrick nous révèle que la fiole de rétatrutide achetée chez Ora Peptides n’en contient aucune trace. On y retrouve plutôt du tirzépatide, un autre type de médicament qui favorise la perte de poids.

Que s’est-il passé? Grâce à nos recherches, nous avons pu trouver une personne associée à Ora Peptides : Simon Deschênes. Il se présente comme le porte-parole de la compagnie et promoteur de ses produits, mais affirme ne pas en être le propriétaire.

Ce sont des prête-noms, c'est tous des gens qui ne veulent pas s'identifier parce que, quand même, la ligne est carrément assez mince.

Il nous confirme que la matière première provient d’Asie en grande quantité et est reconstituée au Canada avant d’être vendue. Lorsqu’il apprend que le rétatrutide acheté en ligne n’en contenait pas, sa surprise est grande : C'est sûr que c'est une erreur qui est arrivée. Puis ça, ça adonne bien mal que c'est vous qui l'avez pogné. Honnêtement, je suis très surpris. 

Il ajoute qu’il y a toujours un risque, malgré tout.

Nous avons aussi tenté de parler à quelqu’un chez Polar Peptides pour savoir pourquoi ils acceptent de vendre des peptides à des personnes mineures. Nous avons fait la route jusqu’à Niagara Falls, à l’adresse indiquée sur le paquet. Nous avons trouvé une maison dans un quartier résidentiel. Personne n’a répondu à la porte, ni à nos nombreux messages par courriel et par WhatsApp.

L’adresse associée au fournisseur de peptides Polar Peptides.

L’adresse associée au fournisseur de peptides Polar Peptides.

Photo : Radio-Canada

Une tendance qui inquiète Ottawa

Chez Santé Canada, les efforts coercitifs sont mis sur les vendeurs de peptides. Dans la dernière année, une compagnie montréalaise a été forcée (nouvelle fenêtre) de stopper ses activités.

La ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, ne le nie pas : il est difficile, voire impossible, d’empêcher la vente de ces produits.

C'est un gros défi. Comment, maintenant, on va arriver à intercepter les millions de paquets qui entrent tous les jours au pays? Est-ce que c’est simple? Non. On en intercepte beaucoup, beaucoup, mais pas assez.

Derrière la popularité grandissante des peptides injectables, Marjorie Michel l’admet : depuis la COVID, il y a une crise de confiance qui s’exprime chez une certaine partie de la population à l’égard des grandes institutions comme Santé Canada.

J'essaye beaucoup avec mon ministère de ne pas répéter les mêmes erreurs. Les gouvernements sont là pour protéger leur population. Et moi encore plus comme ministre de la Santé.

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