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Les élections israéliennes « les plus importantes des 30 dernières années »

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Avec les élections législatives prévues le 27 octobre, les Israéliens se trouvent à la croisée des chemins, selon Sylvaine Bulle, professeure de sociologie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en France, et auteure du livre Israël après le 7-Octobre.

Ce sont les plus importantes en Israël, peut-être pas depuis la fondation du pays, mais au moins depuis les 30 dernières années, estime la chercheuse.

Pour elle, les Israéliens se trouvent face à un choix crucial : reconduire le premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou au pouvoir, ou opter pour l'opposition menée par le laïc centriste Yaïr Lapid et l'orthodoxe de droite Naftali Bennett.

La première option pourrait signifier un enlisement dans une situation de guerre profonde et perpétuelle qui marquerait la fin de la démocratie et le début d'une ère religieuse, soutient Mme Bulle.

Choisir l'opposition pourrait être l'occasion d'une reconstruction de la démocratie, qui reposerait sur la sécularisation, le libéralisme politique, le pluralisme et la possibilité de s'exprimer pour tous, y compris les Palestiniens, selon la sociologue. L'arrêt de la colonisation et la solution à deux États ne seraient toutefois pas au programme.

Un militant de gauche israélien, déguisé en Benyamin Nétanyahou, participe à une manifestation sur la place Habima à Tel-Aviv contre la guerre en cours avec l'Iran et contre le gouvernement israélien.

Un militant de gauche israélien, déguisé en Benyamin Nétanyahou, participe à une manifestation sur la place Habima à Tel-Aviv contre la guerre en cours avec l'Iran et contre le gouvernement israélien, le 9 mai 2026.

Photo : Getty Images / AFP / Jack Guez

La chercheuse note aussi que ce choix politique décisif s'inscrit dans un climat politique et social d'une grande opacité.

Selon Mme Bulle, la société israélienne n'est plus structurée par l'axe traditionnel gauche-droite, mais est plutôt plongée dans un effroi généralisé et une blessure nationale impossible à refermer depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, au cours de laquelle quelque 1220 personnes ont été tuées, et 251 civils et soldats ont été pris en otages ou capturés, un événement qui a traumatisé la société israélienne.

Le seuil d'acceptabilité de la violence est très élevé en Israël, dit-elle constater, ce qui pousse les électeurs à se tourner vers des ultranationalistes comme Itamar Ben Gvir ou Bezalel Smotrich. Il y a une blessure et un traumatisme tels que les gens veulent la sécurité.

Les derniers gouvernements de coalition

Depuis 2022, Benyamin Nétanyahou est de retour au pouvoir, après une courte alternance politique, grâce à une alliance de son parti, le Likoud, avec des partis d’extrême droite, une première. Contre toute attente, cette coalition est demeurée plutôt stable, après trois ans d’instabilité politique en Israël.

En 2019, M. Nétanyahou avait échoué par deux fois à former une coalition à la suite des élections d’avril et de septembre.

En 2020, le centriste Benny Gantz, un ancien général de l'armée israélienne, avait finalement accepté de former une coalition avec M. Nétanyahou, après avoir refusé en raison des accusations de corruption envers le chef du Likoud.

Cette coalition a tenu seulement un an : les oppositions sont arrivées à former une coalition menée par l’orthodoxe de droite Naftaly Bennett et le centriste Yaïr Lapid. Leur coalition est finalement tombée en novembre 2022, avec le retour au pouvoir de M. Nétanyahou, allié cette fois à l’extrême droite israélienne.

L'avenir politique de Benyamin Nétanyahou

Le Likoud, dirigé par Benyamin Nétanyahou, est demeuré la principale force politique israélienne pendant une grande partie des deux dernières décennies, en obtenant le plus grand nombre de voix lors de six des huit dernières élections.

La formation politique s’appuie fortement sur les partis ultra-orthodoxes, qui cherchent avant tout à défendre les intérêts de leurs communautés, notamment l'exemption du service militaire.

Benyamin Nétanyahou détient d’ailleurs le record de longévité au poste de premier ministre, pour un total d'environ 18 années au pouvoir. Selon un sondage cité par le Jerusalem Post, plus de la moitié des Israéliens sondés veulent néanmoins qu’il se retire de la vie politique.

Tout le monde veut en finir avec Bibi [surnom donné au premier ministre, NDLR], confirme la professeure Bulle, qui souligne qu’il ne faut pas non plus sous-estimer sa résilience.

Benyamin Nétanyahou (au centre) assiste à la cérémonie annuelle organisée la veille de la Journée du souvenir des soldats tombés au combat au mémorial Yad LaBanim à Jérusalem.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (au centre) assiste à la cérémonie annuelle organisée la veille de la Journée du souvenir des soldats tombés au combat au mémorial Yad LaBanim à Jérusalem, le 20 avril 2026.

Photo : Getty Images / Marc Israel Sellem

Dans un système politique israélien qui souffre cruellement d'un problème d'incarnation politique, Benyamin Nétanyahou bénéficie d'un avantage comparatif majeur sur ses nombreux rivaux : la professeure Bulle rappelle que c'est le seul qui incarne; les autres n'ont pas ce seuil d'incarnation.

Pour le premier ministre, l'enjeu central est de se maintenir au pouvoir afin, potentiellement, d'échapper à son procès pour corruption, mais surtout d’échapper à la commission d'enquête sur le 7 octobre 2023.

Étant donné le traumatisme lié à cette journée, Benyamin Nétanyahou se retrouvera donc de nouveau forcé, pour survivre politiquement, de construire une coalition non pas du côté du centre droit ou de la droite, mais du côté des ultranationalistes.

Les alliés de Nétanyahou

Pour espérer gouverner, Benyamin Nétanyahou est ainsi devenu dépendant des franges les plus radicales du spectre politique israélien.

D'une part, les partis ultra-orthodoxes – qui représentent la population haredim, tels que Shas et Judaïsme unifié de la Torah – jouent le rôle de faiseurs de rois.

Sylvaine Bulle rappelle qu'ils constituent la puissance symbolique la plus importante en Israël.

Leur but : étendre la loi rabbinique à l'échelle du pays et préserver l'exemption militaire des juifs ultra-orthodoxes s’ils passent leur temps à étudier la Torah, une mesure que la Cour suprême du pays a pourtant invalidée en 2024.

C’est d’ailleurs sur cette question de la conscription des ultra-orthodoxes que la coalition du premier ministre israélien s’est fracturée, ce qui a mené au déclenchement d'élections anticipées.

D'autre part, Benyamin Nétanyahou s'appuie sur une extrême droite fragmentée par des visions très distinctes.

Le parti de Bezalel Smotrich, actuel ministre des Finances qui se décrivait en janvier 2023 comme un fasciste homophobe, défend un projet de sionisme religieux misant sur le concept de Grand Israël, selon lequel le pays devrait asseoir sa souveraineté sur les territoires palestiniens.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, à Jérusalem, en mai 2026.

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, à Jérusalem, en mai 2026.

Photo : Getty Images / Erik Marmor

Ce programme politique, qui implique l'annexion de la Cisjordanie et le déploiement massif de forces armées, entre en conflit direct avec la position des ultra-orthodoxes, qui refusent d'envoyer leurs jeunes servir dans l'armée.

À l'inverse, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, promeut un programme décrit comme suprémaciste et raciste par Sylvaine Bulle.

Le politicien d’extrême droite, condamné en 2007 pour incitation à la haine, a suscité la controverse à la fin mai à la suite de la publication d’une vidéo dans laquelle on le voit en train de se moquer des militants de la flottille pour Gaza agenouillés, mains liées.

Le ministre israélien Itamar Ben-Gvir brandissant un drapeau israélien devant le dôme du Rocher.

Le ministre israélien Itamar Ben-Gvir brandissant un drapeau israélien devant le dôme du Rocher.

Photo : Reuters / Bureau d'Itamar Ben Gvir

Itamar Ben Gvir fait notamment campagne pour restreindre les critères de la Loi du retour, qui accorde à tout Juif, ainsi qu'à ses enfants et à ses petits-enfants, le droit de s’installer en Israël et d'y obtenir la citoyenneté.

Selon Sylvaine Bulle, il s’agit d’une volonté d'isoler le pays des Juifs de la diaspora, qui sont historiquement plus libéraux, afin de casser la représentation juive de l'international vers Israël.

Une opposition éclatée

Face à ce bloc se dresse une opposition qui, à défaut de partager une idéologie commune, est cimentée par la volonté de faire tomber Benyamin Nétanyahou.

En avril 2026, les principaux rivaux du premier ministre sortant, le laïc centriste Yaïr Lapid (Yesh Atid) et l'orthodoxe de droite Naftali Bennett, ont joint leurs forces pour former le parti Ensemble.

S'ils s'engagent à ne pas annexer la Cisjordanie, ils n'ont pas pour autant l'intention de stopper la colonisation ou de défendre une solution à deux États, rappelle la chercheuse.

Naftali Bennett et Yaïr Lapid.

Naftali Bennett et Yaïr Lapid ont fusionné leurs partis dans l'espoir de défaire Benyamin Nétanyahou.

Photo : Reuters / Gideon Markowitz

À ses yeux, cette coalition centriste représente une chance d'éviter le paquebot religieux et ultranationaliste et incarne la seule option pour garantir un maintien des institutions et de l'État de droit.

C’est la solution la plus acceptable pour une partie de la population israélienne et de l’électorat. Pourquoi? Parce qu’on les connaît, parce qu’ils sont de droite, de centre droit, nationalistes, mais pas forcément religieux et parce qu’ils défendent la sécurité d’Israël, explique-t-elle.

D’autres figures d’opposition ont aussi émergé sur l’échiquier politique israélien.

Un ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, Gadi Eisenkot, a décidé de lancer son propre parti en invoquant la nécessité d'une formation cherchant à maintenir Israël comme un État juif et démocratique, mais tout en refusant une alliance avec le parti Ensemble.

À gauche, le parti Les Démocrates, dirigée par un ancien numéro 2 de l'armée de l’air, Yaïr Golan, se présente sous le slogan sécurité, égalité, espoir et se décrit comme la maison politique du camp libéral-démocrate en Israël.

Les Palestiniens d’Israël, les grands oubliés

Enfin, les partis arabes ont annoncé une candidature commune début 2026, mais leur poids politique s'annonce nul, croit la professeure.

Isolés et marginalisés dans le discours public depuis l'attaque du 7 octobre 2023, les électeurs palestiniens d'Israël s'abstiendront probablement en masse, estime-t-elle, en constatant qu’ils vivent de plus en plus comme une société à part au sein de la société israélienne.

Les grands oubliés de tout l'agenda [politique en Israël], ce sont les Palestiniens, [...] parce qu’ils sont toujours vus symboliquement comme ceux et celles qui ont causé le 7 octobre. [...] Même [la gauche de] Yaïr Golan promet une campagne sans les Palestiniens, sans les partis arabes.

La campagne de Yaïr Golan, comme celles de ses rivaux, efface totalement le sort des Palestiniens, estime la chercheuse.

La solution des deux États, le projet de règlement du conflit israélien mené sous l’égide de l’ONU, c’est fini, croit-elle. C’est [devenu] un gadget de l’Occident.

Avec des informations de Haaretz, de l'Agence France-Presse et du Jerusalem Post

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