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À quand des élections dans un Venezuela ravagé?

3 hours ago 2

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Traversé par une crise politique, avec l'enlèvement de son président, et humanitaire, après le récent double séisme, le Venezuela devait normalement tenir des élections d'ici mercredi. Mais la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, est toujours au pouvoir.

Dans les derniers jours, le clan Rodriguez devait engager des pourparlers avec l'opposition, auxquels la lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, ne participe pas. Cette rencontre a finalement été reportée à cette semaine.

Le but déclaré de ces pourparlers, présidés par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, consiste à organiser les actions visant à gérer les conséquences des tremblements de terre et à poser les jalons d’une transition démocratique.

Un double séisme a ravagé le pays d'Amérique du Sud le 24 juin, reportant ainsi les espoirs de la désignation d'une date de scrutin. Les dommages matériels sont chiffrés à 19,6 milliards de dollars américains et les pertes humaines sont estimées à près de 5400 morts.

Des secouristes fouillent les décombres de bâtiments.

Des équipes de secours et des bénévoles recherchent des corps parmi les décombres d’un immeuble effondré à Caraballeda, au Venezuela, le 3 août 2026.

Photo : Getty Images / FEDERICO PARRA / AFP

M. Rubio a lancé mardi un appel à la patience quant à l’évolution de la situation politique au Venezuela, espérant qu’elle se déroulera sur des mois, pas des années.

Il est évident qu'il reste beaucoup à faire pour jeter les bases d'une élection, a déclaré M. Rubio devant les journalistes lors d’une cérémonie de signature d’un accord sur l’énergie nucléaire civile avec le Paraguay.

Bénéficiant de l'appui de l'administration Trump, l'ancienne alliée du président vénézuélien Nicolas Maduro, capturé par les États-Unis en janvier, risque de consolider sa position et, à moyen terme, il est très difficile d'imaginer un changement radical de la situation, constate Jean Daudelin, professeur à l'Université Carleton, à Ottawa, et spécialiste de l'Amérique latine.

Selon la constitution nationale, l'ex-vice-présidente pouvait assumer temporairement la présidence pendant 90 jours, un intérim qui a été renouvelé par l'Assemblée législative pour 90 jours supplémentaires.

À la fin de cette période maximale de six mois, la vacance du pouvoir est considérée comme permanente et des élections doivent alors se tenir dans un délai de 30 jours. Cela devait donc se faire le 5 août 2026.

Or, il ne serait pas exceptionnel de voir le gouvernement Rodriguez violer la constitution ou simplement esquiver les obstacles légaux en adoptant une loi bidon, par exemple, d'après M. Daudelin.

Delcy Rodriguez s'adresse aux médias.

Delcy Rodriguez, présidente par intérim du Venezuela, s’exprime lors d’une conférence de presse concernant la situation au Venezuela après le double séisme qui a frappé le pays, le 2 juillet 2026 à Caracas.

Photo : Getty Images / Jesus Vargas

Dans cette optique, l'opposition semblerait assez peu susceptible de pouvoir reprendre le contrôle effectif du pays, ajoute le spécialiste.

Les Américains ont les cartes en main

Questionné sur les débouchés possibles de ces négociations, M. Daudelin tranche : Non, ça ne semble pas du tout prometteur.

Selon le spécialiste, les États-Unis, qui contrôlent actuellement le gouvernement vénézuélien par appétit pour son or noir, n’ont aucun intérêt à organiser des élections dans un avenir proche.

En effet, c'est beaucoup plus avantageux pour [les Américains] de maintenir Mme Rodriguez, une dirigeante totalement dépendante d’eux, au pouvoir.

La leader de l'opposition compte sur des appuis importants et c'est quelqu'un qui pourrait ne pas être aussi flexible que son adversaire, explique M. Daudelin.

Maria Corina Machado prend la parole lors d’un rassemblement de Vénézuéliens.

Maria Corina Machado prend la parole lors d’un rassemblement de Vénézuéliens au Panama, le 23 mai 2026.

Photo : Getty Images / Enea Lebrun

Quelques semaines après l'enlèvement de M. Maduro, Caracas a approuvé une réforme législative visant à privatiser le secteur pétrolier. Celle-ci vise à attirer des investissements étrangers pour rénover les infrastructures pétrolières vieillissantes et négligées depuis des décennies.

Toutefois, les séismes ont considérablement endommagé les infrastructures, les rendant plus en ruine que jamais, souligne le spécialiste de l’Amérique latine. L'idée qu'il y aurait un grand flux d'investissements étrangers à court terme pour relancer l'économie vénézuélienne, je pense que ça semble très peu probable.

Une torche de gaz brûle dans une raffinerie.

Des années de sous-investissement, de défaillances d’équipement et de pénuries ont entravé la production de carburant au Venezuela.

Photo : Reuters / Gaby Oraa

Un paysage politique fragmenté

Outre la crise humanitaire, les divisions internes au sein de l’opposition et de la gauche chaviste pourraient entraver la progression vers une démocratie, croit M. Daudelin.

Les multiples manifestations et contre-manifestations organisées dans le pays au cours des derniers mois mettent en évidence les fractures qui persistent au sein de la société.

Jean Daudelin souligne que, sous la présidence de Nicolas Maduro, il y a eu un appauvrissement accéléré de la population. C'est dans ce contexte qu'est arrivée la crise politique.

C'est très difficile de voir comment le dialogue qui a été amorcé est susceptible de contribuer à la résolution de cette crise-là, affirme le professeur.

Avec les informations de Agence France-Presse

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