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Les courbes de Lindy Ruff contre la rapide de Martin St-Louis

2 weeks ago 246

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Au balado Tellement Hockey, on se demandait après le match quelles leçons les jeunes joueurs du Canadien pourront tirer des deux éprouvantes séries de sept matchs qu’ils viennent de traverser. Honnêtement, la réponse à cette question ne coule pas de source.

La plus jeune équipe de la LNH a certainement réalisé à quel point l’issue d’une série peut se décider sur des événements ou des détails absolument fortuits.

Au premier tour, face au Lightning, Alex Newhook avait inscrit le but gagnant du septième match en récupérant à la volée un tir que Lane Hutson avait expédié dans la baie vitrée derrière Andrei Vasilevskiy. Puis, lundi soir, Newhook a déjoué Ukko-Pekka Luukkonen d’un faible tir papillon. Pour la deuxième fois, une série âprement disputée s’est donc décidée en faveur du CH sur une zézette.

Et que dire des Sabres, qui avaient remporté le quatrième match grâce à un bond inusité de la rondelle dans la baie vitrée surplombant l’une des portes d’accès de la resurfaceuse du Centre Bell?

Les hockeyeurs restent les mêmes hockeyeurs pendant les séries éliminatoires. Outre la férocité accrue des batailles pour la rondelle et l’application plus constante et méticuleuse des systèmes défensifs, leur tâche reste toutefois essentiellement la même durant les séries.

Quand on y pense à deux fois par contre, le mandat des entraîneurs change considérablement quand le tournoi printanier commence. Et après deux séries au cours desquelles il a affronté deux vétérans qui ont vu neiger (Jon Cooper et Lindy Ruff), on pourrait arguer que c’est probablement Martin St-Louis qui pourrait tirer les plus précieux enseignements de la moitié de parcours que vient de faire son équipe.

***

La série Canadien-Sabres, c’est assez clair, ne se serait jamais rendue jusqu’à un septième match si Lindy Ruff n’avait pas tordu et retordu son alignement aussi efficacement pour en soutirer jusqu’à l’ultime goutte de performance.

Disons les choses comme elles sont. Au deuxième tour, les Sabres n’ont pas joué comme une équipe qui avait dominé la LNH depuis le mois de décembre. Ils ont disputé seulement deux bons matchs, soit le sixième et le septième. Malgré cela, ils sont passés à un cheveu d’éliminer le CH lundi soir, et c’est essentiellement grâce à Ruff.

Quelques exemples?

Après le deuxième match, Ruff a remanié ses deux unités d’avantage numérique. Elles avaient été catatoniques au premier tour face aux Bruins (1-en-24, soit 4,2 %) et Ruff savait que son équipe n’allait pas survivre au CH en poursuivant dans cette voie.

À partir de ce moment, du troisième jusqu’au sixième match, l’avantage numérique des Sabres a fonctionné à un rythme hallucinant de 43,8 % (7-en-16).

Quand son équipe tirait de l’arrière 1-2 dans la série, Ruff a eu l’audace de remplacer Alex Lyon par Ukko-Pekka Luukkonen devant le filet. Et ce dernier a répondu avec une victoire pour replacer son équipe dans la série. Quand Luukkonen a faibli au match suivant, l’entraîneur est revenu avec Alex Lyon. Et alors que la survie de son équipe était en jeu, Ruff n’a pas hésité à chasser Lyon du sixième match après seulement quatre tirs samedi dernier pour redonner le filet à Luukkonen. À compter de ce moment, les Sabres ont complètement renversé la vapeur.

Toujours dans le quatrième match, Ruff a décidé de faire une place au centre de 20 ans Konsta Helenius dans son alignement. Ce dernier n’avait jamais disputé un match de séries. En plus, son insertion dans l’alignement avait pour effet de brûler une année de contrat et de lui valoir une année d’ancienneté.

À compter de ce quatrième match, Helenius s’est avéré l’un des trois plus menaçants attaquants des Sabres. Il a littéralement donné vie à un troisième trio qui ne produisait aucun pouls et il a inscrit deux buts.

Samedi dernier lors du sixième match, l’entraîneur des Sabres a pris sa décision la plus spectaculaire en mutant son centre numéro un (et meilleur marqueur) Tage Thompson à l’aile droite en compagnie du jeune Zach Benson et du centre Josh Norris.

À Montréal, l’équivalent de cette décision aurait été de muter Nick Suzuki à l’aile avec Jake Evans et Zachary Bolduc dans un match où le Canadien aurait fait face à l’élimination! Les lignes ouvertes des stations radiophoniques auraient fonctionné 24 heures sans interruption.

Thompson connaissait jusque-là une série absolument catastrophique. Il présentait notamment un bilan défensif de moins 9 à forces égales. Or, ce soir-là, Thompson a marqué un but, fourni trois mentions d’aide et bouclé sa soirée de travail à plus 3. Et les Sabres, eux, se sont retrouvés avec une occasion inespérée de disputer un septième match devant leurs partisans.

Des joueurs des Canadiens de Montréal, vêtus de leur uniforme blanc de match à l'extérieur, sautent de joie et s'enlacent sur la glace pour fêter leur victoire. Au centre du groupe, le joueur Alex Newhook est visible de dos, portant le numéro 15 sur son chandail.

Les joueurs des Canadiens de Montréal célèbrent leur victoire en prolongation lors du 7e match de la série de deuxième tour des séries éliminatoires de la Coupe Stanley de la LNH contre les Sabres de Buffalo, le 18 mai 2026, à Buffalo.

Photo : Associated Press / Jeffrey T. Barnes

***

Pour un partisan du CH, chacune de ces décisions prises par Lindy Ruff relève presque de la science-fiction parce que Martin St-Louis privilégie la stabilité. Parfois jusqu’à l’entêtement, diront certains.

À titre d’exemple, le premier trio du CH n’a presque pas été retouché depuis le début des séries (sauf un bref épisode face au Lightning) malgré le fait que Cole Caufield (un but) et Juraj Slafkovsky (une mention d’aide) aient récolté seulement un point chacun à 5-contre-5 lors des 14 matchs éliminatoires de l’équipe.

La carrière d’entraîneur de St-Louis est nettement plus jeune que celles de Jon Cooper (1043 matchs) et de Lindy Ruff (1938 matchs). Et St-Louis gère probablement son personnel de la même manière qu’il aimait être dirigé quand il jouait. Chacun a droit à sa philosophie et l’une n’est pas nécessairement meilleure que l’autre. Claude Julien, entre autres, a connu énormément de succès à Boston en privilégiant la stabilité.

Mais dans le cas précis de ce duel entre Ruff et St-Louis, c’est la méthode et l’audace du vieux routier qui ont le plus changé la trajectoire de la série. Si l’entraîneur des Sabres ne s’était pas ajusté aussi souvent et s’il ne s’était pas autant débattu pour grappiller des miettes de productivité ici et là, son équipe aurait été éliminée tôt la semaine dernière.

Au bout du compte, il est extrêmement intéressant de constater que les deux vieux sages qui ont affronté Martin St-Louis lui ont constamment lancé des balles courbes pour secouer leur formation. Et que de façon générale, sauf dans le crucial cinquième match face au Lightning, l’entraîneur du Canadien a préféré miser sur la prévisibilité de sa balle rapide.

Voyons où ça le mènera face aux Hurricanes de la Caroline.

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