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Les céréales de l’espace viennent de... Toronto

1 month ago 24

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Parmi la poignée de produits alimentaires canadiens sélectionnés pour la mission Artemis II, on trouve une recette de deux amis d’enfance de Toronto. Après avoir failli ignorer l'invitation de l'Agence spatiale canadienne, ces entrepreneurs ont réussi à prouver que leur mélange de grains méritait sa place dans le garde-manger le plus exclusif de l'histoire.

Avant d'atterrir dans le bol de l'astronaute Jeremy Hansen à des milliers de kilomètres de la Terre, les céréales Goldy’s n’étaient qu’une idée locale portée par Daniel Carson et Daniel Schreiber.

Daniel Carson et Daniel Schreiber tiennent un sac de céréales super grains lavande et fraise de la marque Goldy's.

Les cofondateurs de Goldy’s, Daniel Carson et Daniel Schreiber, sont des amis d’enfance. Ils ont initialement conçu ces céréales pour offrir un déjeuner sain et rapide à préparer à leur famille.

Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe

L’aventure a commencé de manière plutôt inusitée. C'était un après-midi fatidique du mois d'août où j'ai reçu un courriel de l'Agence spatiale canadienne, raconte M. Schreiber en entrevue.

Je l'ai naturellement envoyé directement dans les pourriels, car qui reçoit un courriel de l'Agence spatiale canadienne?

Mais l'Agence les a relancés.

S'est ensuivi un rigoureux processus d'évaluation d'un an et demi au cours duquel cette agence gouvernementale a discrètement multiplié les commandes en ligne afin de soumettre le produit à divers tests avant de finalement confirmer sa sélection pour la mission Artemis II.

Exigences élevées

S'imposer au menu de l'espace n'est pas une mince affaire. L'entreprise a dû démontrer à de multiples reprises que son produit respecte les normes de l’Agence spatiale canadienne (ASC).

Ils cherchaient quelque chose de spécial pour leur mission, explique M. Schreiber. Ils voulaient un produit canadien et ils avaient une liste de critères.

Une des exigences principales pour toutes les missions spatiales est la durée de conservation [des aliments], explique M. Carson. L'apport nutritif est une autre préoccupation majeure : selon les cofondateurs, leurs céréales réhydratables offrent une forte densité de fibres et de protéines végétales dans une portion de seulement 30 grammes, un atout essentiel pour pallier les effets néfastes de l'apesanteur sur le corps humain.

En plus, il faut aussi que chaque aliment soit compact, léger et surtout sans miettes afin d'éviter que des particules flottantes n'endommagent l'équipement à bord.

Il faut aussi tenir compte du goût des aliments, ajoute M. Schreiber.

Daniel Carson tend un paquet de céréales supergrains de sa compagnie Goldy's.

Une fois que les céréales ont réussi à passer les contrôles de l'Agence spatiale canadienne, Daniel Carson explique que c'était aux astronautes de décider quels produits ils préféraient.

Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lawe

Selon les informations de l’ASC, lorsqu'il n'y a pas de gravité pour attirer le sang vers le bas, les liquides corporels des astronautes ont tendance à s'accumuler dans leur tête, ce qui congestionne leurs sinus et diminue grandement leur perception des saveurs.

Si la nourriture n’est pas délicieuse, [les astronautes] vont perdre leur appétit, ne mangeront pas et seront malnutris dans l’espace.

Il ressort de travaux de recherche psychologique menés sur des membres d'équipage travaillant dans un milieu confiné, comme à bord de vaisseaux spatiaux, que la variété, la qualité et la quantité des aliments consommés par les membres d'équipage ont une grande influence sur leur efficacité et leur bien-être général, peut-on lire dans un article de l'Agence spatiale canadienne intitulé Manger dans l'espace. (nouvelle fenêtre)

Malgré les exigences extrêmes des critères spatiaux de la NASA et de l'ASC, la recette torontoise est demeurée intacte. Nous n'avons rien changé. Nous avons été super chanceux. Ils l'ont prise exactement telle quelle, s'émerveille M. Carson.

L'ASC s'est simplement chargée de transférer le mélange dans des sachets spatiaux munis de velcro, où l'astronaute n'a qu'à injecter de l'eau grâce à un distributeur pour le réhydrater.

D'autres produits canadiens à bord

Outre les céréales de Goldy’s (Ontario), le menu canadien de la mission Artemis II comprenait les crevettes au cari de Happy Yak, les biscuits de Turkey Hill, le sirop d'érable de la coopérative Citadelle (Québec) ainsi que le saumon sauvage de SeaChange Seafoods (Colombie-Britannique).

Célébration tardive

Loin de sabler le champagne lors de l'annonce de leur sélection, les deux entrepreneurs ont accueilli la nouvelle avec une grande prudence. Le processus d'évaluation a été long et les imprévus techniques sont nombreux dans l'industrie aérospatiale, ce qui les a poussés à modérer leurs attentes.

Le tout s'est conclu par un courriel qui disait : "Félicitations, votre produit est approuvé pour le vol spatial et vous vous joindrez à nous pour la mission Artemis."

Les deux amis ont fait le déplacement en Floride pour le lancement d'Artemis II et ont décrit le décollage comme un moment envoûtant, teinté d'angoisse et d'émerveillement.

Nous n'avons jamais célébré jusqu'à ce que la fusée décolle. Mais en réalité, nous n'avons jamais célébré avant qu'ils rentrent à la maison, parce que la partie la plus importante, c'est qu'ils reviennent sains et saufs, confie M. Schreiber. C'est maintenant chose faite.

Ce sont finalement les réactions du public qui ont permis aux deux amis d'enfance de prendre la pleine mesure de leur accomplissement.

Nous avons constaté que beaucoup d'autres personnes étaient très heureuses pour nous. Des passionnés de l'espace étaient émerveillés par le fait que nous nourrissions les astronautes. L'enthousiasme des autres nous a portés, raconte M. Carson.

La mairesse de Toronto. Olivia Chow, a invité le duo à l'hôtel de ville afin de saluer son savoir-faire.

Mme Chow s'est dite très fière de l'exploit des deux entrepreneurs, d'autant plus que Goldy's a reçu l'appui d'un incubateur d'entreprises financé par la Ville.

Les deux hommes ont grandi dans la région et sont amis depuis plus d'une trentaine d'années. Ils espèrent désormais que leur parcours servira de catalyseur pour les jeunes Canadiens et stimulera leur intérêt pour les sciences et l'entrepreneuriat.

Deux hommes se tiennent debout devant la façade d'une école.

Les deux amis se sont rencontrés à l'école élémentaire Yorkhill, dans le nord de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lawe

Je pense que cela devrait inspirer les enfants, n'est-ce pas? Pas besoin de faire quelque chose d'énorme, comme construire une fusée. On peut aussi nourrir l’équipage, tout simplement, conclut M. Schreiber.

Nos céréales sont allées plus loin que toutes les autres céréales.

Avec les informations de Bienvenu Senga

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