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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayDu point de vue des quelque 700 dauphins à bosse qui peuplent les eaux du golfe Persique, la guerre contre l’Iran, déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février dernier, s’est d’abord traduite par un énorme vacarme.
En temps de paix, vivre dans cette mer hautement industrialisée, considérée comme l'un des plus importants corridors énergétiques du monde, n’est déjà pas de tout repos pour les cétacés, tant le trafic maritime y est dense.
La guerre, de son côté, a apporté d’autres nuisances, telles que les sonars des bateaux militaires, dont les basses et moyennes fréquences affectent les cétacés.
Lorsque la marine américaine utilise des sonars pour détecter l’éventuelle présence de mines sous-marines, le bruit devient insupportable, souligne le bio-acousticien français Olivier Adam.

Des requins-baleines vivent dans les eaux du golfe Persique.
Photo : AP / Alie Skowronski
Or, chez les cétacés, l’audition est un sens fondamental, rappelle ce professeur de Sorbonne Université Abu Dhabi, qui s’intéresse depuis 25 ans à l’univers sonore des mammifères marins, de Gibraltar à Madagascar, et aujourd’hui au large d’Abou Dhabi, où il s’est installé.
Les sons accompagnent toutes leurs activités, de la reproduction à l’alimentation, en passant par la navigation et les interactions sociales, explique-t-il.
Les cétacés à dents, comme les dauphins et les orques, possèdent en plus la faculté d’émettre des vocalisations pour trouver des proies, avoir des informations sur leur environnement immédiat; ce qu’on appelle l’écholocalisation, ajoute ce spécialiste.
Or, tous ces sons peuvent être masqués par la pollution sonore sous-marine issue des activités humaines en mer, poursuit le chercheur.
Pour les cétacés, les fréquences envoyées par les sonars militaires sont de l’ordre du harcèlement. Ces sons sont constants et se déplacent dans toutes les directions, donc il est difficile d’y échapper.
Ils n’ont souvent pas d’autres choix que de fuir, mais se trouvent parfois obligés de rester dans la zone parce qu'ils en sont dépendants pour survivre, souligne Olivier Adam.
Difficile cependant de saisir la façon dont les cétacés sont réellement affectés par le conflit en cours – aucune équipe de recherche ne peut évidemment aller en mer en ce moment.
La deuxième population en importance de dugongs
Souvent perçu par la lorgnette des intérêts économiques et des conflits géopolitiques, le golfe Persique est un sanctuaire insoupçonné pour plus de 2000 espèces marines qui ont su s’adapter au climat extrême de la région.
L'Union internationale pour la conservation de la nature a d’ailleurs classé la partie sud de cette mer peu profonde, le long des côtes des Émirats d’Abou Dhabi et de Dubaï, non loin du détroit d’Ormuz, comme une aire marine d'importance pour les mammifères marins.
En plus des dauphins à bosse, espèce considérée en danger d’extinction, ses eaux abritent la deuxième population mondiale en importance de dugongs, aussi connus sous le nom de vaches de mer. Ces cousins des lamantins, dont la population oscille entre 5500 et 7000 individus, se nourrissent de l’herbier marin, autre trésor de l’écosystème local.

Le golfe Persique abrite une de plus grandes populations mondiales de dugongs, mammifères marins qui appartiennent à la même famille que les lamantins.
Photo : Getty Images / cinoby
D’autres mammifères marins ont également fait du golfe Persique leur habitat : des marsouins et des grands dauphins, ainsi que des baleines à bosse, qui viennent dans les eaux peu profondes de cette mer semi-fermée depuis la mer d’Arabie, de l’autre côté du détroit d’Ormuz.
En avril, des requins-baleines y migrent habituellement en grand nombre.
En été, le golfe Persique devient l'une des mers semi-fermées les plus chaudes du monde, ce qui en fait une zone de première importance pour les biologistes, qui peuvent y étudier l’adaptation de certaines espèces à la hausse des températures causée par les changements climatiques.
Le laboratoire de biologie marine de l’Université de New York à Abou Dhabi s’intéresse par exemple aux coraux, les seuls au monde à pouvoir survivre à des températures aussi élevées. Ailleurs, les coraux, très sensibles aux variations de température, résistent rarement à une eau supérieure à 32 degrés Celsius.
La résilience des coraux du Golfe persique est ainsi susceptible de fournir des informations précieuses sur la faculté d’adaptation au réchauffement des océans.
La crainte d’une marée noire

Cette carte représente les pétroliers en attente de traverser le détroit d'Ormuz. Elle n'inclut pas les autres navires transportant d'autres cargaisons que du pétrole.
Photo : Radio-Canada
Pour Aaron Bartholomew, professeur de biologie marine à l’Université américaine de Sharjah, la faune marine du golfe Persique devrait se sortir du conflit sans trop de dommages, à condition qu’il n’y ait pas de marée noire.
La menace est bien réelle au vu du nombre de pétroliers actuellement coincés à proximité du détroit d’Ormuz, dont certains ont été la cible d’attaques. Près de 2000 navires marchands sont toujours bloqués dans le golfe, transportant environ 21 milliards de litres de pétrole, selon CNN.
Une marée noire pourrait polluer d’importants sites de ponte pour les tortues imbriquées et les tortues vertes, situés sur des îles qui se trouvent à proximité du détroit d’Ormuz, commente le professeur de biologie. La tortue imbriquée est une espèce en danger critique d’extinction, précise-t-il.
Le pétrole étant plus léger que l’eau, une grosse fuite de pétrole affecterait principalement les écosystèmes de surface. Elle polluerait notamment les mangroves qui bordent le littoral sur les deux rives, refuges de nombreux oiseaux et d’espèces de poissons.

Les oiseaux marins avaient énormément souffert de la guerre du Golfe en 1991, qui avait provoqué une des plus importantes marées noires de l’histoire. (Photo d’archives)
Photo : afp via getty images / BOB PEARSON
Les conséquences d’un tel déversement, les biologistes peuvent l’anticiper en s’appuyant sur l’histoire. En 1991, lors de la guerre du Golfe, l’armée en déroute de Saddam Hussein avait délibérément déversé l’équivalent de 8 millions de barils de brut dans le golfe Persique, un acte de terrorisme environnemental qui avait causé une catastrophe écologique majeure.
Il avait fallu des années aux écosystèmes pour s’en remettre, d’autant que cette mer peu profonde, reliée à l’océan Indien par le détroit d’Ormuz, ne renouvelle que très lentement ses eaux.
300 incidents environnementaux
Aucune fuite majeure n’a été recensée jusqu'ici, selon Doug Weir, directeur de l’ONG britannique The Conflict and Environment Observatory, une organisation qui s’est spécialisée dans la documentation des conséquences environnementales des conflits.

Bien que le Golfe persique soit un des milieux marins les plus extrêmes du monde, il est riche en biodiversité.
Photo : Radio-Canada / Amélie Mouton
Cependant, grâce à l’analyse d’images satellites, son organisation a pu constater toute une série de pollutions de moindre ampleur.
Le 5 mars 2026, au tout début de l’opération Fureur épique (Epic Fury), l’armée américaine diffusait des images montrant la destruction d’un navire du Corps des Gardiens de la révolution, un porte-drone nommé Shahid Bagheri, qui s’est échoué près de l'île de Qeshm.
Nous avons pu voir une nappe de carburant s’échappant de l’épave. D’une vingtaine de kilomètres de long, elle se déplaçait vers une aire marine protégée, rapporte Doug Weir.
Son organisation a répertorié près de 300 incidents environnementaux depuis le début de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran.
Les États-Unis ont affirmé avoir coulé plus d’une centaine de navires de la marine iranienne, et la plupart d'entre eux devaient transporter du carburant. Il est très important d’identifier les sites des échouages et de déterminer les fuites.
Ce travail d’enquête est cependant compliqué en raison de l’accès limité aux images satellites et de la censure : les informations diffusées sur les réseaux sociaux sont en effet une importante source de renseignements ouverts pour l’organisation. Or, l’Iran a fortement limité l’accès à Internet, et les monarchies du Golfe, de leur côté, ont introduit des lois très strictes concernant le partage d'informations.
Il y a certainement un grand nombre d’incidents que nous n’avons pas pu documenter, estime ainsi Doug Weir.
De manière générale, la question des conséquences écologiques des conflits n’est pas un sujet sur lequel il est facile d’attirer l’attention, constate-t-il, bien que, dans le cas de la guerre contre l’Iran, le bombardement d’installations pétrolières, et la pollution spectaculaire qui a touché Téhéran, ont permis au public de faire le lien entre la guerre et le problème environnemental.
C'était très visuel et tangible. On comprend alors à quel point on a besoin d’air pur et d’eau propre.
Il n'y a pas que les animaux : les êtres humains dépendent aussi de la mer pour la pêche et leur approvisionnement en eau potable. Aux Émirats arabes unis, par exemple, les usines de dessalement fournissent 80 % de l’eau consommée.


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