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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLes Canadiens adhèrent de plus en plus aux théories conspirationnistes depuis la pandémie, selon un nouveau rapport de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent (UNESCO-PREV).
Près d’un Canadien sur trois (29,7 %) soupçonne les autorités de dissimuler les risques liés aux vaccins, et plus d’un sur quatre (25,9 %) adhère à l’idée que l’immigration est organisée délibérément par les élites politiques, intellectuelles et médiatiques pour remplacer la population canadienne.
Le rapport se base sur un coup de sonde réalisé par la firme Léger, à la mi-2025, pour le compte de la Chaire UNESCO-PREV, dont la méthodologie a été validée de façon indépendante par Radio-Canada. Il a recensé le taux d’adhésion des Canadiens à plusieurs énoncés conspirationnistes, ainsi que plusieurs caractéristiques sociologiques et psychologiques permettant de mieux comprendre le profil des adhérents et des non-adhérents.
Ce sondage a eu lieu quatre ans après que la Chaire eut mené un exercice semblable. Cela permet aujourd’hui d’observer l’évolution des convictions conspirationnistes de la population canadienne et d’en tirer des observations, dans un rapport qui sera bientôt rendu public.
Le taux d’adhérents convaincus des conspirations a augmenté de manière significative depuis 2021. Il se situe désormais à 18,8 %, soit une augmentation de 7,2 points de pourcentage en quatre ans. Le taux d’indécis face aux conspirations a lui aussi augmenté, passant de 8,8 % en 2021 à 14,6 % en 2025.
Il y a une consolidation de gens qui adhèrent aux théories conspirationnistes et le doute progresse, résume David Morin, coauteur du rapport et cotitulaire de la Chaire UNESCO-PREV. Il y a donc de plus en plus de gens qui se disent : "Telle théorie a peut-être du sens. Peut-être qu'elle n'est pas inexacte, et je ne suis pas convaincu qu'elle soit fausse."
Les chercheurs reconnaissent dans leur rapport que les termes conspirationnisme et complotisme ont une connotation négative et stigmatisante, mais que, malgré tout, ce sont eux qui décrivent le mieux le phénomène qu’ils tentent de documenter.
Il y a des gens qui adhèrent à une vision du monde selon laquelle l'immense majorité des phénomènes sociaux s'expliquent par des complots ourdis en secret par des entités ou des gens malveillants qui veulent avant tout défendre leurs intérêts. C'est une vision du monde qui existe, et donc nous, en tant que chercheurs, ça nous intéresse.
Il est important aussi de reconnaître qu’il existe des complots, nuance le chercheur. Ça existe, de grandes entreprises qui s'entendent entre elles pour fixer le prix du pain. Ça existe, des chercheurs qui sont payés par les industries pour produire des rapports qui leur sont largement favorables.

David Morin est le codirecteur de la Chaire UNESCO-PREV.
Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Cloutier
Un phénomène alimenté par la méfiance à l'égard des institutions
Selon le sondage, l'adhésion aux thèses conspirationnistes est corrélée à une forte érosion de la confiance dans les institutions – dont les médias traditionnels, les organisations internationales, les grandes entreprises et les gouvernements.
Le manque de confiance dans les institutions n’explique pas tout, mais ça explique beaucoup de choses. La question principale qu’il faut se poser, c’est comment on rebâtit le lien de confiance avec la population envers ses institutions, observe David Morin.
Le chercheur nuance quelque peu ces résultats en précisant que la confiance dans les institutions demeure plus élevée au Canada qu’ailleurs dans le monde. La proportion de répondants ayant confiance dans les scientifiques a par exemple baissé de 11 points de pourcentage depuis 2021 (64,9 %), mais demeure assez élevée, selon le chercheur.
Le portrait est moins rose pour les autres institutions : 37 % des répondants font confiance aux médias traditionnels (-3,6 % depuis 2021), 26,7 % font confiance aux organisations internationales (-10,1 % depuis 2021) et 17,6 % font confiance aux grandes entreprises (-7,6 % depuis 2021).
Le fait que le secteur privé fasse passer ses intérêts parfois corporatistes avant ceux de la société est une explication parmi d'autres, opine David Morin. Il aurait intérêt à prendre connaissance du fait qu’il inspire peu confiance à beaucoup de nos concitoyennes et concitoyens.
La confiance envers tous les ordres de gouvernement est aussi en baisse. Elle se situe à environ 36 % pour le gouvernement fédéral (-4,4 % depuis 2021) et pour le gouvernement provincial (-7,3 % depuis 2021).
Le rapport montre notamment du doigt l’hésitation des gouvernements à réaliser un bilan en bonne et due forme, ou en tout cas sous une forme publique, de leur gestion de la pandémie.
L’absence d’une telle évaluation de l’action publique a sans doute contribué à nourrir davantage le sentiment de méfiance d’une partie de nos concitoyennes et concitoyens à l’endroit des institutions, peut-on y lire.
Dans le terrier du lapin
Léger a sondé quelque 6795 Canadiens de partout au pays pour recueillir les données. La firme a mesuré l’adhésion aux théories conspirationnistes à partir de six énoncés.
Chacune de ces idées est plus populaire dans le nouveau coup de sonde qu’elle l’était en 2021. Celles qui ont gagné le plus d’adhérents sont celles sur l’immigration et sur le pédosatanisme, qui ont progressé de 5,4 points de pourcentage en quatre ans.
L'étude met d’ailleurs en lumière la nature monologique de la pensée conspirationniste : adhérer à l’une de ces thèses se traduit généralement par une adhésion à l’ensemble d’entre elles.
Les jeunes hommes sont les plus conspirationnistes
Quatre groupes d’âge ont vu une hausse de 10 points de pourcentage dans l’adhésion aux idées conspirationnistes depuis 2021 : les hommes et les femmes de 18-34 ans, ainsi que les hommes et les femmes de 35-54 ans.
Les hommes de 18-34 ans forment toutefois le groupe qui compte le plus d’adhérents convaincus des conspirations. Le deuxième groupe le plus convaincu est celui des hommes de 35-54 ans, suivi des femmes de 35-54 ans.

Quatre groupes d’âge ont vu une hausse de 10 points de pourcentage dans l’adhésion aux idées conspirationnistes depuis 2021.
Photo : Chaire UNESCO-PREV
Au-delà de la confiance dans les institutions, le sondage établit d’autres facteurs corrélés avec la pensée conspirationniste du Canada, bien que leur influence soit plus modérée.
Le sondage incluait également des questions liées à la réalité psychosociale. Les données recueillies montrent que le niveau d’adhésion au conspirationnisme des répondants est clairement corrélé à des symptômes de détresse et d’isolement, selon les données.
Pour s’informer sur l’actualité, les adhérents convaincus d'idées conspirationnistes consultent nettement moins les médias d’information écrits, la télévision et la radio que les non-adhérents. En contrepartie, ils consultent davantage les réseaux sociaux pour s’informer que les non-adhérents (76,5 % contre 62,1 %).
La langue et la ferveur religieuse influencent aussi les résultats. Si les francophones sont les moins enclins à adhérer à ces théories (8,8 %), le taux grimpe chez les anglophones (21,1 %) et les allophones (25,6 %). Le sondage révèle également que plus la religion est au coeur de la vie d'une personne, plus la propension de cette dernière à adhérer aux théories du complot est élevée.
Le sondage Léger de 2021 a été réalisé en ligne auprès de 4263 Canadiens, et celui de 2025, auprès de 6795 Canadiens. Il s'agit de sondages non probabilistes. À titre comparatif, des sondages probabilistes ayant un échantillonnage similaire auraient des marges d'erreur respectives de 1,5 % (sondage de 2021) et de 1 % (sondage de 2025). À noter que la marge d’erreur augmente dans les sous-groupes et varie de 1 à 7 points de pourcentage selon leur taille.


3 weeks ago
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