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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayProjeté ce samedi au festival montréalais Fantasia, le court métrage La Pichenotte, réalisé par Antoine Boulanger, est finaliste aux Student Academy Awards, remis par l’Académie des Oscars – un potentiel tremplin pour ce jeune cinéaste déterminé et habité par une ferveur créatrice.
En nomination dans la catégorie Narrative, La Pichenotte est le seul film canadien à avoir été sélectionné – parmi 3000 productions venues du monde entier – aux Student Academy Awards, qui ont notamment récompensé Spike Lee et Robert Zemeckis par le passé.
Les prix seront décernés en septembre, lors du Festival international du film de Toronto. Si La Pichenotte remporte un prix, le film entrera automatiquement dans la course à l’Oscar du meilleur court métrage de fiction.
Pour ce film d’une durée de 28 minutes, Antoine Boulanger a réuni devant sa caméra trois acteurs bien connus : Hugo Giroux, Carmen Sylvestre et Michel Courtemanche.
Les comédiens qui ont embarqué sont tous tombés en amour avec le concept et avec leur personnage, se félicite le cinéaste âgé de 27 ans.
C’est un film d’une grande qualité et d’une grande maturité pour un réalisateur de cet âge, souligne Pierre Corbeil, PDG du festival Fantasia et programmateur des courts métrages québécois.
La Mort comme personnage principal
Oscillant entre drame et comédie noire, La Pichenotte met en scène un agent représentant la mort chargé de faire mourir Huguette, une femme âgée prête pour le grand voyage. Tu peux y aller, ma tablette n'a plus de jus de toute façon, lui dit-elle, alors qu’il s’apprête à lui administrer le geste censé être fatal.
Malgré tous ces efforts, Huguette reste en vie, à son grand regret, et une amitié se noue entre les deux êtres.

Carmen Sylvestre joue Huguette dans le film « La Pichenotte », d'Antoine Boulanger. (Photo d'archives)
Photo : Antoine Boulanger
Antoine Boulanger a imaginé cette histoire après que la mort s'est approchée de près de sa famille. Souffrant de problèmes de santé mentale, son père a tenté de se suicider à plusieurs reprises.
Pour rationaliser ça, j’ai créé, de fil en aiguille, un monde dans lequel la Mort est personnifiée et dans lequel une personne veut mourir, mais la Mort n’est pas capable de la faire mourir, explique le cinéaste originaire de Sherbrooke.
L’exercice s’est révélé cathartique pour Antoine Boulanger. Je ne le savais pas quand j’étais en train de créer le film, même si j’étais conscient du fait que l’inspiration venait [de mon histoire personnelle], raconte-t-il. C’est vraiment une fois le film complété que ça m’a permis de faire le deuil de certaines choses.
Bientôt une série?
Si l'audacieux La Pichenotte prend la forme d’un court métrage, son réalisateur a tellement développé l’univers du film qu’il aimerait le décliner en série, dont il a déjà les trois premières saisons en tête.
Je crois que l’histoire que je cherche à raconter et que l’univers que j’ai bâti sont assez riches pour pouvoir les extrapoler sur plusieurs heures, précise-t-il.
Antoine Boulanger a donc démarché des producteurs et des diffuseurs au Québec, mais aussi aux États-Unis et en Europe.
Au Québec, j’ai le sentiment que les maisons de production que j’ai approchées sont un peu frileuses vis-à-vis de quelque chose qui sort un peu de la norme, regrette-t-il.
J’espère que l’approbation de l’Académie des Oscars va peut-être en convaincre de prendre le risque d’aller vers quelque chose d’innovant pour renouveler un peu notre culture, ajoute-t-il.

L'acteur Hugo Giroux sur le tournage du film « La Pichenotte », d'Antoine Boulanger
Photo : Antoine Boulanger
Produire La Pichenotte lui a coûté 12 000 $. Pour y parvenir, il a mangé des sandwichs au beurre d’arachide et des spaghettis pendant plusieurs mois.
J’ai mis toutes mes économies dans ce projet, car j’ai décidé qu’il fallait que je croie en moi et que je crée ma propre chance parce que personne n’allait m’en donner véritablement une.
Je suis très content des retombées du film, poursuit-il. Ça met un baume sur tous ces mois de stress et d’angoisse à savoir si ça allait fonctionner.
Au printemps dernier, La Pichenotte a gagné le prix Pierre-Javaux, qui récompense le meilleur court métrage de l’Estrie, ainsi que le prix du public, lors du Festival cinéma du monde de Sherbrooke.
Une aide accessible
- Si vous ou l’un de vos proches avez des pensées suicidaires, une aide est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 en communiquant avec le 988 (1866 APPELLE au Québec), la ligne d’écoute nationale canadienne de prévention du suicide.
Un appel à créer
Si Antoine Boulanger a toujours voulu faire des films, c'est la pandémie qui lui a donné l’impulsion qui lui manquait. Il a alors travaillé comme assistant de production sur des plateaux de tournage avant d’intégrer, en 2023, l’École de cinéma Mel-Hoppenheim de l’Université Concordia.
Le fait que tout s’arrête pendant la pandémie, ça m’a remis en question, se souvient-il. Je me suis demandé quel genre de vie je voulais avoir et je me suis dit qu’il fallait juste que je me donne la confiance de me jeter à pieds joints dans ce qui m’allumait le plus.
Faire des films, c’est comme ça que je me sens profondément humain et aligné avec moi-même. [...] Je suis un peu obsédé par ça, je ne sais pas quoi faire d’autre, honnêtement. J’ai une rage de faire des films et de créer.

Antoine Boulanger fourmille de projets cinématographiques, mais il prépare également un livre pour enfants.
Photo : Antoine Boulanger
Trois films en préparation
Présentement, Antoine Boulanger planche sur pas moins de quatre projets : un long métrage, un court métrage, un documentaire sous forme de roman-photo sur son histoire familiale et un livre pour enfants.
Mêlant thriller, horreur et science-fiction, son long métrage, actuellement en cours d’écriture, racontera l’histoire d’une personne âgée graduellement prise en otage par un robot ménager.
Comme avec le personnage d’Huguette, ce film évoquera la solitude vécue par les aînés. On cherche à combler cette solitude avec la technologie, qui en fait une fausse solution, regrette-t-il. Je ne comprends pas comment, en tant que société, on est capable d’empiler nos personnes âgées dans des centres, puis d’attendre qu'elles décèdent.
Cette boulimie traduit la pulsion créatrice qui l’anime et que La Pichenotte a nourrie. Quand on crée à partir d’une émotion, qu’on l’extériorise et qu’on met des mots dessus, on se sent plus léger et libéré, explique-t-il, en référence à l’effet cathartique de La Pichenotte.
Samedi à 14 h 40, La Pichenotte sera présenté en première montréalaise au Cinéma du Musée, dans le cadre de la sélection Cinéma Vérité… et plus encore! du festival Fantasia.
Le film sera aussi projeté le 23 août, lors du Festival du film de Knowlton. Le public du Festival du film de Regina pourra également le découvrir en ligne du 12 au 16 août.


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