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L’itinérance explose dans les couronnes de Montréal

1 month ago 186

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Si le nombre de personnes en situation d'itinérance à Montréal semble relativement stable, dans les banlieues de la métropole, c'est une autre histoire. À Laval seulement, le nombre de personnes qui vivent dans la rue a augmenté de près de 60 % en trois ans.

C'est ce que révèlent les résultats préliminaires d'une opération de dénombrement de l'itinérance visible dans la province, présentés par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

En moyenne, dans 13 régions du Québec, on mesure une hausse de 20 % du nombre de personnes en situation d'itinérance visible entre 2022 et 2025, écrit-on dans un rapport rendu public jeudi après-midi.

Cinq régions ont connu une hausse de plus de 50 % : l’Abitibi-Témiscamingue, les Laurentides, la Côte-Nord, Laval et le Saguenay–Lac-Saint-Jean. On remarque ainsi que l’itinérance s’étend au-delà des grandes villes, ajoute-t-on.

Dans les Laurentides seulement, on note une hausse de 25 %, ce qui équivaut à 331 personnes de plus dans la rue en trois ans, la plus forte augmentation en nombre absolu.

« La pointe de l'iceberg »

Ces données sont issues d'une opération qui a eu lieu le 15 avril 2025, lors de laquelle des agents du ministère ont compté le nombre de personnes en situation d'itinérance visible dans 15 régions de la province. C'est la troisième opération du genre (nouvelle fenêtre) depuis 2018.

Cet exercice de dénombrement a permis d’estimer à 12 077 le nombre de personnes en situation d’itinérance visible dans les 15 régions qui ont participé à l’exercice, soit 1873 personnes de plus qu’en 2022, précise-t-on.

C'est un chiffre minimum, affirme James Hughes, directeur de la Mission Old Brewery, à Montréal, qui rappelle qu'il s'agit d'une estimation.

C'est la pointe de l'iceberg, renchérit Annie Savage, du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). C'est l'itinérance visible, l'itinérance qui dérange, celle qu'on voudrait cacher.

Nous, sur le terrain, on voit l'iceberg au complet. [On] travaille [non seulement] avec les personnes qui font partie du dénombrement mais aussi avec toutes celles qui passent inaperçues et dont la situation s'est complexifiée.

C'est certainement beaucoup plus, ajoute James Hughes. Ce sont seulement les gens qu'on a pu compter, identifier. Mais 12 000 [personnes], sachant qu'il y a trois ans, c'était 10 000, on voit bien la tendance.

Augmentation moins forte à Montréal, mais...

Dans cette sombre déferlante de nouveaux chiffres, James Hughes parvient tout de même à déceler un peu de lumière.

S'il y a une bonne nouvelle là-dedans, c'est à Montréal, où il y a une augmentation moins importante, dit-il.

Portrait de James Hughes.

James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

En effet, on chiffre la hausse de l'itinérance à Montréal à 6,7 %, ce qui contraste avec le taux de 119,1 % de l'Abitibi-Témiscamingue.

Toutefois, en nombre absolu, on compte 295 personnes de plus dans les rues de la métropole depuis 2022.

Mais James Hughes demeure optimiste. Il y a quelque chose qu'on fait visiblement un peu mieux à Montréal, dit-il. On est très fiers [...], mais il faut comprendre pourquoi.

La posture de l'administration actuelle aide vraiment à ouvrir le dialogue, dit Annie Savage. On voit qu'il y a une proactivité.

M. Hughes appelle néanmoins à des investissements transformationnels afin d'inverser la tendance. Ça va dans la mauvaise direction. On doit tous réagir avec la même conclusion : il faut faire mieux qu'avant.

Je suis assez positive pour ce qui s'en vient à Montréal, ajoute Annie Savage. Mais il n'en demeure pas moins qu'on dépend du gouvernement du Québec et du fédéral, de leurs investissements, d'une vision commune pour agir en prévention et en réduction du phénomène.

On se demande vraiment ce que ça prend de plus, dit-elle.

La mairesse de Montréal, qui affirme vouloir s'attaquer en priorité à la crise de l'itinérance depuis le début de son mandat, n'a quant à elle pas semblé surprise par ces nouvelles données. Nous, on le sentait sur le terrain, a affirmé Soraya Martinez Ferrada.

Tous les paliers de gouvernement mettent de l’argent dans [la lutte contre] l’itinérance. Ce que ça démontre, c’est qu’il faut se coordonner mieux, il faut travailler mieux ensemble, a-t-elle avancé.

On ne peut plus être juste dans les haltes-chaleur et sauver des vies de l’hiver. Il faut sortir les gens de la rue. Il faut vraiment s’attaquer à ça. Et ça va demander tout le monde autour de la table, tous les partenaires, qu’ils soient publics ou privés.

Un « point de rupture », selon l'UMQ

Par voie de communiqué, l'Union des municipalités du Québec (UMQ) évoque un « point de rupture ».

Les municipalités ne disposent pas de leviers pour intervenir sur les causes structurelles qui mènent à l'itinérance, notamment les inégalités socioéconomiques et le manque d'accès aux ressources de santé et de services sociaux, mais elles doivent en gérer les conséquences.

La réponse à l'itinérance doit désormais reposer sur une vision nationale claire, cohérente et concertée, mobilisant l'ensemble des partenaires gouvernementaux, municipaux et communautaires, plaide l'UMQ.

On s'attend maintenant à un coup de barre, à ce que chaque parti politique présente des solutions qui changeront la donne, sans quoi ils ne répondront pas aux besoins des Québécoises et des Québécois, a déclaré Bruno Marchand, président du comité sur l'itinérance de l'UMQ et maire de Québec.

Avec des informations de Marie-Isabelle Rochon

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