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Jeu de survie à l’Assemblée nationale

1 month ago 19

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La politique ressemble souvent à un feuilleton, ou même, à une téléréalité. Le Parti québécois vient d’ailleurs d’annoncer le recrutement d’un ex-participant à l’émission Survivor Québec dans son équipe de candidats. Une anecdote, direz-vous, mais qui illustre plutôt bien cette dernière rentrée parlementaire avant les élections générales prévues le 5 octobre.

Sur la page web de ce jeu de téléréalité, on peut y lire que les participants doivent user de stratégies pour survivre aux éliminations. Vous conviendrez que les parallèles sont nombreux en ce moment avec les partis politiques à Québec.

Prenez la Coalition avenir Québec (CAQ). Sa survie à l’Assemblée nationale est en jeu, si on se fie aux sondages, mais ses élus espèrent maintenant pouvoir éviter l’élimination grâce à un renouvellement opéré par la première ministre Christine Fréchette.

Tournez la caméra vers le Parti libéral du Québec (PLQ) et vous verrez une autre formation qui retrouve peu à peu des appuis. Elle qui était encore hantée par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et orpheline de chef il y a six mois à peine.

En chute dans les intentions de vote, Québec solidaire (QS) est aussi en train de démontrer qu’il parvient encore à attirer des candidatures reconnues, comme celle du député fédéral Alexandre Boulerice.

Ruba Ghazal et Sol Zanetti.

Ruba Ghazal et Sol Zanetti, les co-porte-parole de Québec solidaire (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Quant au Parti québécois (PQ), on a prédit sa mort plus d’une fois. Pourtant, depuis sa défaite en 2014, on ne l’a jamais vu aussi vivant. Même le Parti conservateur du Québec (PCQ) est parvenu à se maintenir en vie depuis la levée des mesures sanitaires de la pandémie, en misant dorénavant sur les baisses de taxes.

À quatre mois du déclenchement de la campagne électorale, on ne peut prédire l’élimination d’aucun parti. Chacun se bat pour sa survie, si ce n’est pour le pouvoir.

Tous les scénarios envisagés

En fait, les cinq formations politiques luttent pour assurer leur pérennité sur un échiquier politique où le vote des électeurs se divise maintenant entre plusieurs partis. Avec cette multiplicité, tous les scénarios électoraux sont devenus possibles.

C’est pourquoi les intérêts politiques priment à l’approche d’une campagne électorale. Le premier projet de loi que choisit de déposer le gouvernement Fréchette en est un exemple évocateur.

Christine Fréchette se rendant au Salon rouge pour son discours d'ouverture, accompagné de son vice-premier ministre Ian Lafrenière.

Christine Fréchette a pris la parole à titre de première ministre pour la première fois mardi après-midi au Salon rouge.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Alors qu’elle prône un leadership féminin et rassembleur, et que son premier discours au Salon rouge débutait par un hommage aux femmes, Christine Fréchette aurait pu faire de la « loi Gabie Renaud » un symbole de son arrivée au pouvoir. La nouvelle première ministre aurait probablement pu tirer bénéfice d’une adoption unanime de ce premier projet de loi.

Face au triste bilan de neuf féminicides commis au Québec depuis le début de l’année, tous les partis se disent en faveur d’un projet de loi inspiré de la « loi de Clare » au Royaume-Uni, pour permettre aux femmes de savoir si leur partenaire a des antécédents de violence. Son adoption s’annonçait rapide et facile. Mais Mme Fréchette a fait un autre choix, tout en promettant de le déposer bientôt.

Son premier geste à l’Assemblée nationale ressemble plutôt à une tactique partisane pour obliger son adversaire libéral à se débattre. Son gouvernement a décidé de déposer un projet de loi pour renouveler dès maintenant la disposition de dérogation visant à protéger la loi 96 sur la protection du français.

La manœuvre a certainement de quoi embarrasser le chef du PLQ, Charles Milliard, coincé entre sa volonté de gagner la faveur des francophones pour former le prochain gouvernement et sa promesse de préserver les droits des anglophones, une partie importante de sa base militante. Il y a un mois, il a eu de la difficulté à expliquer sa position à ce sujet, ce qui n’est pas passé inaperçu pour ses adversaires.

Charles Milliard en conférence.

Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard (Photo d'archives)

Photo : The Canadian Press / Christopher Katsarov

Bien que le gouvernement qualifie de geste fort le dépôt de ce projet de loi pour protéger le français, il n’y avait aucune urgence à le déposer, puisque la disposition de dérogation n'arrivait pas à échéance maintenant. Christine Fréchette avait le luxe d’attendre une année pour reconduire ce mécanisme permettant de contourner la Charte canadienne des droits et libertés et protéger la loi d’une contestation devant les tribunaux.

En plus de déconcerter son concurrent, elle cherche visiblement à rallier sa propre aile nationaliste. Il existe encore des caquistes nostalgiques du leadership de François Legault, qui déplorent la mollesse de Christine Fréchette sur le front identitaire. Elle répète sur toutes les tribunes que des partenariats avec le gouvernement fédéral s’avèrent la meilleure solution à ses yeux pour faire des gains rapides, plutôt que de privilégier l'affrontement.

Preuve qu’elle dispose de très peu de temps pour faire sa marque, Christine Fréchette a axé son discours d’ouverture de la session parlementaire sur l’annonce de mesures concrètes pour aider les Québécois en difficulté, en raison du coût de la vie. Toutes ses promesses pourraient se retrouver dans une plateforme électorale.

17 jours pour gagner la bataille de l’opinion publique

La rivalité qui s’intensifie entre le gouvernement et les partis d’opposition n’est pas seulement attribuable au calendrier électoral. Le calendrier parlementaire y est aussi pour quelque chose, puisqu’il ne reste maintenant que cinq semaines. En soustrayant les congés et les journées prévues en circonscription, c’est l’équivalent d’à peine 17 jours.

Vous trouverez peut-être qu’on accorde trop d’importance à cette brève période parlementaire...

Il ne faut pas oublier qu’il s’agira du seul endroit où toutes les formations politiques auront la garantie d’une visibilité nationale d’ici le déclenchement de la campagne électorale. C’est aussi un lieu qui donne une légitimité aux partis qui en ont besoin et une envergure à ceux qui veulent diriger le Québec.

Paul St-Pierre Plamondon.

Le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Après, les élus devront principalement parcourir la province s’ils veulent s’adresser aux Québécois, dont l’écoute risque d’être un peu distraite durant les vacances. Déjà, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon en profite pour les mettre en garde contre 12 ans de gouvernement caquiste. Laisse-t-il entendre que la CAQ pourrait menacer des gains électoraux potentiels pour le PQ?

Vous trouverez peut-être aussi qu’on accorde trop d’importance au jeu préélectoral usuel auquel on assiste à peu près tous les quatre ans...

Il ne faut pas oublier qu’à la dernière campagne, en 2022, seul le PQ luttait pour sa survie. Cela ne semble plus être un enjeu pour lui aujourd’hui, contrairement à la CAQ. Des projections réalisées à partir de sondages sur les intentions de vote n'accordent pour le moment aucun siège à la CAQ le 5 octobre.

La survie de la gauche politique fait aussi l’objet de débats partout dans le monde en ce moment. QS n’y échappe pas.

Aux dernières élections, le PLQ n’a pratiquement pas survécu à l’extérieur de l’île de Montréal, où se trouve maintenant la très grande majorité de ses circonscriptions. Il ne doit pas rater sa chance de renaître en région pour espérer gouverner.

Éric Duhaime répond à une question lors d'une conférence de presse.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Enfin, après avoir tenté plus d’une fois de faire son entrée à l’Assemblée nationale, Éric Duhaime pourrait se retrouver en danger comme chef du PCQ s’il échoue encore. Avec sa volonté de faire élire une douzaine de députés en octobre, les attentes des militants sont élevées, mais leur indulgence ne l’est peut-être pas.

En définitive, le déclenchement officiel de la campagne électorale, à la fin du mois d’août, s’annonce presque une formalité. Officieusement, les partis semblent déjà l’avoir commencée. Et aucun scénario ne peut être écarté à ce moment-ci.

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