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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ l’autre bout de la ville, Pierre Jacques Nestor fait couler un café dans la cuisine de son appartement d’Ahuntsic-Cartierville, où il réside depuis trois ans. Âgé de 36 ans, il travaille dans la cuisine d’un restaurant et vient d’acheter une voiture d’occasion argent comptant, précise-t-il avec fierté.
Je suis plus autonome, je travaille, j’occupe mes journées, explique cet homme d’origine haïtienne. Je les appelle [les gens chez Diogène], ils m’aident à payer l’appartement, ils m’aident à gérer mon budget, ce que je n’arrivais pas à faire dans le temps, quand je consommais. J’étais tout le temps pressé d’aller acheter un sac de speed.
Pierre Jacques Nestor a reçu un diagnostic de schizophrénie. À une époque trouble, il vendait des amphétamines, et sa dépendance à ces drogues ne faisait qu’exacerber ses problèmes psychologiques.
Les dénombrements de l’itinérance à l’échelle du pays démontrent que 47 % des personnes à la rue ont à la fois des problèmes de santé mentale et des problèmes de consommation, selon Logement et Infrastructures Canada.
Sur le terrain, Jessica Soto constate l’augmentation de la consommation de drogues chimiques qui affectent rapidement le cerveau et une dépendance beaucoup plus rapide à ces produits de synthèse.

Pour couper les ponts avec ce milieu, il a fait une cure de désintoxication de deux semaines en 2020, soutenu par son intervenante sociale. Depuis ce temps, il se tient loin des amphétamines.
Quand j’ai commencé à consommer, ça m’a beaucoup éloigné de ma famille et des gens qui comptaient vraiment à mes yeux, regrette-t-il. Je ne veux pas que mon fils me voie dans cette vie-là, être sale, puis lui demander 20 piastres pour aller acheter une puff de crack ou du speed. Ce n’est pas une expérience ni pour moi ni pour lui.
« J’ai réussi à m’en sortir. Je bois un espresso, j’apprends à apprécier chaque journée. C’est juste ça qui m’importe. »
Dans le cadre du programme « Toit d’abord », une personne sera logée autant de fois que nécessaire, puisque ses difficultés peuvent être cycliques, indique Jessica Soto.
Depuis l’avènement de cette initiative, en 2015, l’organisme Diogène a sorti 574 personnes de la rue. La directrice évalue que dans 87 % de ces interventions, la personne itinérante a fini par s’établir dans un logement à long terme.
Ce qu’on a observé ces dix dernières années, c’est que si les personnes ne sont pas accompagnées sur le long terme, elles retournent à la rue et on doit tout recommencer, souligne-t-elle. C’est de plus en plus difficile et elles perdent espoir. Donc, tant qu’à faire, il faut bien le faire.

Au fil du temps, cet organisme a solidifié sa relation avec ceux et celles qui lui transmettent des dossiers à évaluer : infirmières, travailleurs sociaux, psychiatres, équipes de proximité sur le terrain. Certains propriétaires privés sont même devenus des partenaires et n’hésitent plus à louer leurs logements aux personnes accompagnées par Diogène.
Aujourd’hui, on est dans une position privilégiée, parce que les bailleurs de fonds nous font confiance, estime Jessica Soto. On livre la marchandise pour laquelle on est financés.
Toutefois, les organismes qui œuvrent en itinérance ou en santé mentale n’ont pas tous la même chance, déplore-t-elle. Être financé par projet empêche ces acteurs sociaux de planifier à long terme et même de retenir certains professionnels d’expérience dans leur équipe.

Pour le moment, L.B. Hurst ne pense pas à ces considérations, puisqu’il réfléchit à la disposition de son petit salon. Depuis qu’il a sorti la tête de l’eau, il reconstruit tranquillement sa relation tumultueuse avec sa fille. Celle-ci attend un bébé au mois d’août prochain. Le futur grand-père veut que tout soit prêt pour pouvoir accueillir son petit-enfant.
J’aperçois la lumière au bout du tunnel en ce moment, dit L.B. Hurst. Tu sais, je n’irai jamais bien, mais j’irai mieux.


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