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Orgo-Life the new way to the future Advertising by Adpathway« C'est ici que tout se passe », annonce le maire Richard Gauthier. La halle du parc du Carré-Royal est le cœur de Massueville, en Montérégie.
Cet espace communautaire, surplombé par l'église, accueille, par exemple, deux grands marchés annuels ou encore les festivités de la Saint-Jean-Baptiste, qui s'étirent sur plusieurs jours.
Autrefois, c'était le point de ralliement de la paroisse de Saint-Aimé qui comprenait le village de Massueville et les rangs aux alentours, où se trouvent aujourd'hui des fermes prospères.
Depuis 1903, les rangs et le village sont deux municipalités différentes, mais, en pratique, la communauté demeure soudée.
Saint-Aimé entoure Massueville, qui est donc enclavée. J'appelle ça une frontière invisible, s'exclame l'édile, qui dirige un petit territoire de 1,2 km2, constitué essentiellement de résidences.

L'hôtel de ville de Massueville, en Montérégie, une localité qui compte 540 habitants.
Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier
Depuis la pandémie et l'inflation qui a suivi, boucler son budget est devenu un véritable casse-tête. Les taxes municipales ont grimpé en flèche, avec un sommet à 7 % d'augmentation l'an dernier.
On arrive carrément dans un mur, s'inquiète Richard Gauthier. Cette année, il faut trouver 95 000 $ pour équilibrer le budget; on ne sait pas comment on va faire.
À la recherche de solutions, en 2024, il a proposé à ses voisins de fusionner leurs municipalités. La valeur foncière de Saint-Aimé s'élève à 342 millions de dollars, contre 74 millions pour Massueville.
Pour une maison moyenne de 270 000 $, les citoyens de Saint-Aimé [paieraient] 1200 $ de moins en taxes; c'est à peu près le double qu'à Massueville. C'est certain qu'il y a une économie à faire si on fusionne.

En 2025, la richesse foncière uniformisée (RFU) s'élevait à 342 millions $ à Saint-Aimé, un territoire composé majoritairement de propriétés agricoles. Dans le village de Massueville, la RFU était de 74 millions $.
Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier
Saint-Aimé ferme la porte
La proposition de fusion est loin de séduire les élus de Saint-Aimé. Ils ont immédiatement refusé de lancer une étude de faisabilité. Le maire de la municipalité, Denis Benoît, déplore que ce regroupement proposé soit motivé essentiellement par l'argent.
La seule chose que ça va nous apporter, c'est de payer leur déficit. C'est dur à vendre à nos citoyens.
Denis Benoît se dit solidaire de ses voisins et il regrette de passer pour le méchant de l'histoire. Mais, selon lui, il s'agit avant tout d'une question de bonne gestion, d'autant que sa ville participe déjà aux services partagés avec Massueville.
Par exemple, les coûts sont partagés à parts égales pour le parc du Carré-Royal. Les services incendies et le réseau d'aqueduc sont en gestion commune au sein d'une régie intermunicipale.
Qu'est-ce qui va changer si on est regroupés? Ça va être les mêmes services, ça va être les mêmes citoyens, constate Denis Benoît.
Il souligne par ailleurs que sa municipalité paie bien plus pour les services de la Sûreté du Québec (SQ). Les redevances sont calculées en fonction de la richesse foncière. Ainsi, pour la SQ, Saint-Aimé a versé l'an dernier 225 000 $, contre 37 000 $ pour Massueville.
Le maire Benoît a l'intuition qu'au bout du compte, personne ne serait vraiment gagnant. Son homologue de Massueville lui répond qu'il faudrait faire une étude avant de sauter aux conclusions. Richard Gauthier remet régulièrement le dossier de fusion sur la table, mais sans succès.

Denis Benoît, maire de Saint-Aimé
Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier
Un héritage du 19e siècle
Le cas est compliqué parce qu'on peut faire des mariages de raison, mais un mariage d'amour, c'est quand même mieux, souligne, en guise d'allégorie, le professeur de science politique à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) Yann Fournis.
M. Fournis pense que le projet de regroupement gagnerait à être élargi au-delà de la question financière. Il pourrait englober une stratégie territoriale incluant, par exemple, des politiques en urbanisme, en culture ou en sports et loisirs.
Ce serait un peu plus positif, et puis peut-être que ça dénouerait des résistances, explique ce spécialiste du monde municipal, tout en notant que cette histoire n'a rien d'unique.
Le contexte est similaire à Trois-Pistoles et à Notre-Dame-des-Neiges, une autre enclave où un projet de fusion divise la population. Là aussi, le découpage est un héritage des pratiques du 19e siècle, au moment où les municipalités ont été créées. À l'époque, le cadre juridique était souple, pour épouser les besoins et les désirs des communautés locales.
Yann Fournis explique que le noyau villageois était généralement composé d'ouvriers ou de salariés qui demandaient un minimum de confort, comme des aqueducs, du pavage ou des trottoirs. De leur côté, les agriculteurs, dans les rangs, ne voulaient pas payer pour ces services qu'ils utilisaient peu. Les paroisses étaient donc scindées en deux entités.
Un siècle et demi plus tard, on se retrouve avec des noyaux villageois qui ne sont pas très cohérents.

L'ancien hôtel de ville de Saint-Aimé, transformé en bibliothèque, est situé sur le territoire de Massueville. Le bâtiment appartient toujours à Saint-Aimé, mais les dépenses de gestion de la bibliothèque sont partagées entre les deux municipalités.
Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier
Québec se tient à distance
Québec a tenté de réorganiser certains territoires avec les projets de fusion au début des années 2000, mais peu de situations ont été réglées. Cet épisode a tellement marqué les esprits que le ministère des Affaires municipales et de l'Habitation ne veut plus forcer la main des municipalités, même en cas de dysfonctionnement, parce que le sujet est potentiellement explosif.
Dans un courriel à Radio-Canada, l'attaché de presse Sébastien Gariépy rappelle que le ministère offre des ressources et un accompagnement aux municipalités qui souhaitent se regrouper.
M. Gariépy reconnaît que de petites municipalités font face à des défis budgétaires importants et ajoute que, dans le respect de l’autonomie, il revient à chaque municipalité de gérer sainement ses finances.
Le chercheur Yann Fournis note que cette posture polie, mais distante, ne contribue pas à régler les problèmes financiers des petites municipalités qui en arrachent depuis la pandémie.
Il observe un mouvement de précarisation des collectivités qui peinent parfois à fournir les services aux citoyens. On est dans une logique, au moins de fragilisation, voire, pour certaines, d'extinction, se désole M. Fournis. Il y a un impressionnant ensemble de pressions sur les épaules des maires. C'est vraiment un don de soi.
Un point de vue que partage le maire de Massueville, qui se fait le porte-parole des petites municipalités en difficulté.
C'est un appel à l'aide, c'est un appel à la solidarité, c'est un appel à l'entraide. C'est un cri du cœur, pas simplement pour ma ville, mais pour la province, parce qu'on n'est pas les seuls.
Son homologue de Saint-Aimé suggère que la solution passe peut-être par une fusion à trois, à quatre ou à cinq municipalités, une manière de diluer les conflits potentiels et de rationaliser les dépenses.


3 weeks ago
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