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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayLe rejet de l'entente Aishkat par les habitants de Pessamit – les Pessamiulnut – dimanche dernier est difficile à avaler pour le chef sortant René Simon. Même s'il comprend les critiques, notamment sur la courte durée dont les gens disposaient pour comprendre correctement le texte, il espérait laisser un legs aux prochaines générations après 50 ans de vie politique et 10 mandats. Garder la confidentialité d’une telle entente a été « difficile ».
L’entente aurait permis à Hydro-Québec de construire une centrale hydroélectrique, d'installer des éoliennes et d'établir des lignes de transport d'électricité sur le territoire ancestral de la communauté.
Pour le conseil de bande, Aishkat aurait contribué à réparer les erreurs du passé ainsi qu'à générer des retombées économiques pouvant aller jusqu'à 7 milliards de dollars sur un demi-siècle.
Espaces autochtones est allé à la rencontre de René Simon à Pessamit, quelques jours après le référendum du 12 juillet. La saga Aishkat aura été le chant du cygne de sa carrière politique, lui qui ne se représentera pas aux prochaines élections prévues le 17 août.
Espaces autochtones : Que pensez-vous des résultats du référendum et quelles sont les prochaines étapes avec le gouvernement et Hydro-Québec?
René Simon : J’accepte le résultat du référendum, car la population a parlé. Puis elle voulait être informée des négociations. Je suis conscient que nous n’avons pas donné beaucoup de temps à la population pour y réfléchir et c’est ce qui nous a fait un peu mal, je crois.
Depuis le référendum, j’ai eu un appel téléphonique de la part du vice-premier ministre du Québec, Ian Lafrenière, qui a suggéré de laisser la poussière retomber. Il a souligné l’importance de continuer à travailler ensemble et a dit qu’il ne fallait pas abandonner les avancées des négociations entreprises ensemble. J’attends toujours un retour de leur part, ils doivent définir les prochaines étapes entre eux, d'autant plus que le gouvernement du Québec sera en élection prochainement.
En 1998, nous avons décidé d’entreprendre des poursuites et nous avons été inspirés par le travail des Cris qui ont signé la Paix des braves en 2002. Nous avons rappelé au gouvernement du Québec et à Hydro-Québec la destruction du territoire et son occupation pendant 70 ans sans recevoir ni bénéfices ni redevances alors qu’Hydro-Québec fait 2,5 milliards de dollars par année. C’est la raison pour laquelle ils ont accepté de négocier.
Les revenus se partagent entre Hydro-Québec, le Québec ainsi que les municipalités de la province, mais aucun montant n’est alloué à la communauté de Pessamit, alors que ce sont nos terres. Innu nenu utassi Nutshimit. Le territoire est aux Innus.
Il y a deux ans, François Legault a accepté d’entreprendre les négociations. Nous avions comme levier la cause Bet-1 dans laquelle Pessamit poursuit les gouvernements du Canada et du Québec ainsi qu'Hydro-Québec à la hauteur de 500 millions de dollars pour les inondations, la déforestation et la destruction des terres ancestrales des Pessamiulnut.
En tant que chef, je me suis toujours donné le mandat de travailler pour la population et d’améliorer les conditions de la communauté de Pessamit. Nos conditions de vie doivent s’améliorer.
Le financement provenant de l’entente, nous voulions le mettre en fiducie afin qu’il génère des intérêts pour les générations futures. On voulait que les jeunes aient de meilleures conditions et une meilleure vie pour leurs enfants aussi.

Pessamit compte 4283 membres inscrits et 2850 membres résidents dans la communauté.
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
EA : Il y a avait plusieurs montants évoqués. Combien le Québec et Hydro-Québec ont-ils mis sur la table exactement?
RS : Pour la destruction de nos terres depuis les années 50, nous aurions reçu environ 7 milliards de dollars pendant 50 ans.
Les membres ont eu du mal à comprendre l’entente Aishkat et je les comprends. Quand nous nous sommes assis pour négocier Aishkat, nous avions la poursuite Bet-1 comme levier. La partie adverse nous a demandé de mettre cette poursuite de côté pour avoir une entente et nous avons accepté cette demande. Par contre, nous ne pouvions pas poursuivre Hydro-Québec ni le Québec pendant 50 ans.
L’entente ne comprenait aucune cession de droits ancestraux, comme les Cris ont fait dans la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, ni de vente de territoire.
EA : Le temps des consultations était très court, 10 jours, et le référendum a eu lieu à la fin de votre mandat. Pourquoi avez-vous donné à votre population une courte durée pour réfléchir sur l’entente Aishkat?
RS : Les derniers changements apportés à l’entente ont été faits pendant la première semaine de juillet. Donc, quand on parle des 10 jours de réflexion, on venait tout juste de finir de négocier. Le vote a eu lieu le 12 juillet et le gouvernement du Québec avait jusqu’au 15 juillet pour signer un décret à la suite du référendum si le oui l'avait emporté.
Je comprends quand les gens disent qu’ils n’ont pas eu beaucoup de temps pour y réfléchir. Nous avons fait du mieux que nous avons pu et c’est le résultat qu’on a eu.
EA : Vous ne pouviez pas en parler à votre population avant les consultations du référendum?
RS : Quand on est en négociation avec le gouvernement et sa société d’État, on nous demande la confidentialité pour ne pas l'ébruiter dans les médias. Notre crainte est que les allochtones disent : Ils donnent encore beaucoup d’argent aux Innus de Pessamit et nous ne voulions pas briser l’entente. Nous ne voulions pas cacher l’information, mais le Québec et Hydro-Québec ont donné comme directive de ne pas en parler.
Je peux vous avouer que ça a été difficile. Hydro-Québec et le gouvernement sont très durs en négociation. Honnêtement, j’aime le contenu de l’entente et les victoires que nous avons obtenues au fil des négociations.
EA : Est-ce que cette entente était, pour vous, un héritage à laisser après 50 ans de vie politique?
RS : C’est comme ça que je le voyais. J’aurais aimé que les Innus acceptent. Il y aurait eu beaucoup d’argent qui aurait pu entrer dans la communauté. Pour l’instant, c’est le statu quo à Pessamit.
Aishkat représente le type d’entente que je recherchais en tant que politicien. J’espérais un jour que les Pessamiulnut aient une autonomie gouvernementale et financière afin qu’ils subviennent eux-mêmes à leurs besoins sans céder leurs droits ancestraux.
On l’avait entre les mains et c’est ce que je regrette un peu. Je peux dire que ça me fait mal. Que puis-je faire maintenant? La population a rejeté l’entente.
Cette entrevue s’est faite entièrement en innu-aimun. Elle a été éditée à des fins de clarté et de concision.


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